Oui, je sais, voilà un sujet qui n’est guère réjouissant. Et pourtant, il cache une réalité : avant la Révolution, des gens étaient exécutés à Lanvaudan !
Les premières cartes à peu près précises de la France datent du XVIIIème siècle, ce sont les cartes de Cassini. C’est sur le feuillet 158 que l’on trouve Lanvaudan, feuillet élaboré entre 1789 et 1815. Un jour que j’étudiais cette carte, voilà que je découvre dessus un nom qui ne correspond à aucun village connu. Nom qui d’ailleurs n’évoque pas un nom de village. Ce nom, c’était « Justice », suivi d’un sigle qui m’était inconnu.

Après quelques recherches, « Justice » et le sigle attenant se sont avérés représenter un gibet, comme on peut le voir dans cette petite synthèse, qui les recense tous :

Qui dit « gibet » dit « droit de haute justice », le seul droit habilité à rendre des sentences de mort. Et qui dit « droit de justice » dit tribunal. Ça tombe bien, il en existe un à Lanvaudan : celui de la seigneurie de Kerolain, aux mains des Jegado du 15ème au 17ème siècle puis des Bahuno. Bien des archives se sont perdues, mais celles du tribunal de Kerolain existent encore pour la période de 1767 à 1790. Nous avons donc sans nul doute à faire au gibet de la seigneurie de Kerolain.
Pouvons-nous déterminer plus exactement où se trouvait le gibet ? La réponse, fournie par les archives cadastrales, est oui ! Car en effet, une étude du nom des parcelles de la commune nous apprend l’existence d’un « Lann Justice », typique des endroits où la justice (ou plutôt les exécutions) était rendue.
C’est ainsi que nous découvrons l’endroit, entre Kervénic Ihuel et Kergrand, seigneurie créée au 16ème siècle :

Sur cette photo, on peut voir la mise perspective de Lann Justice, représentée par les parcelles entourées de bleu. On constate qu’aucune route ou presque ne passe là de nos jours, alors que les gibets sont censés être exposés de manière très visible, en tant qu’avertissements pour de potentiels contrevenants à la loi. L’explication est fort simple : ces chemins marginaux d’aujourd’hui (si tant est qu’ils existent encore de nos jours !) étaient autrefois des routes, et Lann Justice se trouvait à leur carrefour, sans doute assez fréquenté : exposer les morts sur les gibets, c’est donner à réflexion à de potentiels criminels, donc il faut qu’ils soient bien visibles. Donc sur une route importante. Ces routes étaient celles menant de Cléherne à Kervénic et de Kervénic au Bourg.
Sur les cartes IGN actuelles, on constate que le chemin menant à Kergrand puis au bourg existe à peu près toujours à la même place. En revanche, celui menant à Cléherne a disparu ; ne reste que le tronçon à l’est de Kervenic-Ihuel menant à la Guerne.

Pour en finir avec les plans des lieux, en voici un issu du cadastre napoléonien et datant de 1843. On y distingue clairement les deux chemins encore en service à l’époque.

On peut penser que le chemin menant à Cléherne est plus ancien car il ne coupe aucune parcelle, au contraire de celui qui traverse Lann Justice, sans doute créé a posteriori.






