Le plan

Récemment, sur le forum d’Heilénia, de l’ami A.J. Crime, je pointais du doigt ce que j’estimais être un gros défaut chez nous, membres de cette petite communauté, en matière d’écriture . Ce défaut est le travail en amont que nous effectuons avant de nous lancer dans l’écriture proprement dite, à savoir le plan.

J’ai été, comme bien d’autres, confronté à des problèmes de plan, à partir du moment où celui-ci n’est que vaguement esquissé. Ce qu’on a tendance à faire, c’est un plan chapitré, ce qui se passant dans chaque chapitre étant dessiné à gros traits, par le biais de quelques phrases ou d’un simple concept. Le problème est qu’en travaillant de cette manière, on s’aperçoit souvent qu’en cours d’écriture du texte, on n’a pas assez réfléchi en amont à certains problèmes, de cohérence ou d’intrigue, et il n’est pas rare qu’en outre, de nouvelles idées pointent le bout de leur nez… allant jusqu’à parfois remettre en cause la trame même du plan initial.

Je vois donc deux manières de faire un plan : celle où le plan n’est qu’une succession de vagues idées tenant a priori à peu près la route, et laissant une large place à une improvisation ou à des modifications. Problème : en travaillant ainsi, on sait comment commence le texte, mais on ne sait pas comment il va se finir, ni même la longueur qu’il fera au final. Autre écueil très important : on risque de perdre le fil de notre histoire, de se retrouver dans une impasse, à tel point qu’il pourrait être tentant de laisser le manuscrit de côté un certain temps. En ce qui me concerne, c’est le meilleur moyen pour avoir un projet inachevé sur les bras, car il n’est pas rare que j’en ai délaissé quelques-uns en cours de route pour cette raison. Certes, je termine toujours mes histoires, quand je vois le temps qu’il me faut parfois pour m’y remettre jusqu’à apposer le mot “fin”, il est certain qu’il y a un manque de rigueur. Néanmoins, le point positif à travailler de cette façon, c’est qu’il est parfois assez exaltant de se laisser conduire par sa propre histoire : c’est comme si on ne la contrôlait pas mais l’inverse, avec toutes les surprises qu’elle dévoile presque naturellement. C’est un moment très intéressant où l’on voit, presque à son corps défendant, notre imagination prendre les commandes.

La deuxième manière de faire un plan consiste à le dresser avec une toute autre rigueur : il s’agit de vivre mentalement chaque chapitre, chaque scène même, en prenant d’innombrables notes concernant le plus de détails possibles, afin de voir si l’histoire tient la route. C’est à ce moment-là que les nouvelles idées et les incohérences doivent se dévoiler. L’intérêt étant qu’une fois l’écriture en elle-même lancée, le citron a tellement pressé en amont qu’aucune surprise ne se produira, que la narration suivra le plan à la lettre. De ce fait, avec un plan pointu en guise de guide, on connaît précisément son histoire et on sait exactement où elle va nous conduire. Si je devais pointer un inconvénient à cette manière de procéder, c’est qu’on perd le charme de l’improvisation… du moins à première vue, car si on l’aura perdu à l’écriture, on l’aura gagné pendant l’élaboration du plan.

En outre, j’ajouterais qu’il est aisé de faire un plan, c’est quelque chose qui prendra toujours moins de temps que l’écriture en elle-même. Donc il me semble plus logique, plus réfléchi d’y passer plus de temps, afin de raccourcir d’autant le temps d’écriture par la suite.

Pourquoi je parle de tout ça ? Parce que dans le cadre de mon roman “Leo”, je suis comme de juste confronté au problème. Par manque de rigueur pendant l’élaboration de mon plan, je ne me suis pas aperçu à ce moment-là que quelques-uns des chapitres prévus ne tenaient pas la route, par manque de contenu. Ce qui m’amène à modifier le chapitrage : désormais, l’histoire devrait compter 23 chapitres et non plus 26, rien moins que trois d’entre eux étant amenés à fusionner.

Le premier jet

Il avance lentement, trop lentement, même, mais c’est un souci récurrent chez moi, un manque de rigueur contre lequel j’essaie de lutter. Au post précédent, j’avais écrit 5 pages word. Aujourd’hui, le premier jet en compte 15, avec deux chapitres complets et le troisième en cours.

Si je suis globalement satisfait d’avancer un tant soit peu, cela ne m’empêche pas d’avoir déjà décelé deux défauts dans le texte.

D’une part, un problème de style, qui doit impérativement être simplifié. Il est très facile de faire des phrases alambiquées, et c’est un problème qui est dû à un manque de vocabulaire et de construction grammaticale. En d’autres termes, à force d’écrire “comme ça vient”, “à l’instinct”, on se crée un style. Enchaîner les phrases finit par se faire naturellement, on est content de ce qu’on fait. Sauf que si le style en question n’a rien de folichon à la base, on perfectionne un mauvais style. Comment s’en redre compte ? Très simplement : il suffit d’ouvrir n’importe quel bouquin, d’en lire quelques paragraphes et de se poser la question : est-ce que je suis capable de tels passages ? Dès qu’on se rend compte que la réponse est négative, on ne peut que s’émerveiller de l’ingéniosité des auteurs à enchaîner des phrases claires, limpides et épurées au maximum dans un souci d’efficacité maximale. Voilà à mes yeux l’un des principaux enjeux de “Leo” : parvenir à développer un style que je qualifierais de “publiable”, au sens “du même niveau qu’un auteur publié”. Les places pour être publié sont très chères, même avec un style correct. Avec une mauvaise mise en forme, je pense que ce ne serait même pas la peine de tenter sa chance…

Concernant le deuxième défaut, je serai nettement plus court. Il s’agit d’un manque évident de dialogues dans mes deux premiers chapitres, défaut dont il vaut mieux se rendre compte dès le départ. Il en résulte à mes yeux un déséquilibre dans le texte. Autant j’aime bien pondre des pavés narratifs, autant il ne faut pas perdre de vue qu’un bon dialogue, s’il est bien mené, peut d’autant mieux personnaliser les personnages, si j’ose dire, et décrire de manière très claire et très simple une situation. Exactement comme les dialogues le font au cinéma ou dans les séries.

jeudi 10 février 2011