Chapitre 32
samedi, avril 18 2015 | Cirederf Nomis
Tous les héros traversent une mauvaise passe à un moment ou à un autre…
XXXII
Résumons.
Je suis fauché de chez fauché. Des chasseurs de primes sont sur mes traces : je vaux un million de crédits. Plus jamais une banque ne me prêtera ne serait-ce qu’un centième de crédit.
Je suis embarqué dans une folle mission – à mon corps défendant – dirigée par une non moins folle, prête à me livrer aux autorités pour toucher la prime si je ne lui suis plus d’aucune utilité. Et elle un minougroar, capable de me transformer en viande hachée en une femtoseconde s’il prend son temps.
Jojo-Bébert de NobleMaison, mon pire ennemi, est devenu mon patron : ma carrière est brisée. D’autant plus que j’ai échoué à écrire mon article sur la cunicultrice Ancor Niedy. Smaugh ne va pas me louper.
Le pire serait que le colonel Flocoche revienne. La dernière fois qu’on s’est croisé, je l’ai laissé croupir, ligoté et bâillonné. Si on le retrouve, et on le fera parce que je sens désormais que je ferai partie de l’expédition de secours jusqu’à ce qu’on mette la main sur lui, son premier geste sera de me faire exécuter pour trahison. Ce en quoi il n’aurait pas tort.
À moins bien sûr que le lieutenant Zavid ait ma peau avant. Sauf s’ils décident de s’allier afin de me faire mourir lentement après de longs mois voire années de tortures raffinées.
Si encore j’avais femme et enfants, ou femmes et enfants, ou femmes et enfant, ou encore femme et enfant, pour me soutenir, me consoler, me faire aller de l’avant… mais non. Je n’ai jamais été capable de bâtir une relation solide et durable. En fin de compte, je ne suis qu’un raté.
Seule la mort pourra me libérer de mes tourments.
Quoi ? Pessimiste option dépressif, moi ? Bah oui. Parce que si on y regarde bien, que se passerait-il si je parvenais à survivre à tous les dangers qui me guettent et qui n’attendent qu’un faux-pas de ma part pour m’écraser, me broyer, me détruire, m’écrabouiller, m’ébouillanter, me suffoquer, me noyer, me déchirer, me démembrer, me… Bon, d’accord, on a compris l’idée générale. Que se passerait-il, disais-je donc ?
C’est très simple. Je serais obligé de vivre caché, probablement dans les pires niveaux des bas-fonds de Planèteville. Vêtu de haillons informes, je perdrais mon humanité et ferais les poubelles pour survivre. Du moins si j’arrivais à avoir accès à leur contenu, pour lequel je serais contraint de me battre avec des non-humains et des animaux… si tant est qu’il y ait une différence entre les deux.
J’évoluerais et vivrais parmi les miasmes, les infections, les germes, les odeurs putrides de décomposition. Je ne serais plus qu’un informe ancien humain, un amas de cellules en déliquescence, un mort en sursis qui perdrait peu à peu la raison et des morceaux de chair à chaque pas.
Si j’ai de la chance, si on peut dire, peut-être qu’une créature difforme mettra fin à ma misérable existence, ou que des revendeurs d’organes du marché noir viendront récupérer les morceaux de choix me composant ?
Mais que dis-je ? Comme si ne serait-ce qu’une molécule de mon être pouvait intéresser quelqu’un ! Il est évident que je vaux moins qu’une défécation de bactérie unicellulaire !
Je me rends compte à ce moment que je suis traîné par Zavid et Snaf Snof. Ils se donnent beaucoup de mal pour rien, m’est avis. Ils devraient tout bêtement me laisser crever sur place, voire m’achever s’ils voulaient faire preuve de miséricorde et de compassion. Ce serait me rendre service, et sans nul doute aussi à la galaxie entière, peut-être même à l’univers.
Et c’est là que je la vois. Oui, je la vois. Traîné par les mains, pieds raclant le trottoir, tête tournée vers le sol, mes yeux tombent sur elle. LA vision. D’un avenir possible, que dis-je, d’une renaissance certaine !
Je saute sur mes pieds et me débats pour que Snaf Snof et Zavid me lâchent.
– Ooooooh, il revient à la vie, c’est beau un être qui s’éveille, snif !
– Tu fous quoi, Nomis ?
Je les repousse violemment sans répondre : ils n’ont rien vu, pas question qu’ils s’en emparent avant moi ! Ô oui, elle est à moi ! Je me jette sur le sol, lui fait un rempart de mon corps et me relève.
Là, je tends vers le ciel l’objet que j’ai ramassé et reste subjugué par cette vue magnifique qui ouvre tellement de perspectives vertigineuses !
– Tu fais quoi avec cette pièce d’un centime de crédit, Nomis ?
Zavid. Désespérante Zavid. Mais bon, comment penser qu’elle soit capable de se servir de sa tête, hormis pour donner des coups de boule, comme la barbouze qu’elle est à la base ?
Je soupire avec condescendance et lui explique :
– Tu ne comprends pas, Zavid ? Ce centime de crédit est l’élément-clé, le début du recommencement ! Avec lui, je vais rebâtir ma fortune, recommencer ma vie ! C’est le socle d’un futur qui ne peut s’annoncer que radieux !
– Rhooooo, quelle détermination ! C’est si émouvant, snif !
– T’es complètement taré, Nomis.
– Ils ont cru m’avoir mis à terre ? Ils ont cru m’avoir abattu, moi ? Je suis Cirederf Nomis, et Cirederf Nomis se relève toujours ! Grâce à ce centime, je vais reconquérir l’univers entier, mouhahahahaha !
– Tu la fermes ou je t’en colle une.
– Euh… OK, Zavid.
Mais peu importe ce qu’elle peut me dire pour me refroidir. Rien ni personne n’en a le pouvoir. Mais si ça l’amuse de penser qu’elle a un quelconque ascendant sur moi, je veux bien le lui laisser croire. Et puis elle a un redoutable punch, aussi, il faut bien l’admettre.
L’univers n’a qu’à bien se tenir, Cirederf Nomis est de retour !
Et vous, ça va, au fait ?