XXXI

 

 

    – Bon, reprend finalement Zavid, je suppose que nos chemins se séparent ici, Nomis. Bosser avec toi aura été un plaisir. C’est même presque dommage que tout s’arrête ici, on formait une bonne équipe.

    Et là, j’explose :

    – Une bonne équipe ? Non mais c’est une blague ! Depuis que je t’ai rencontré, j’ai failli me faire bouffer par Kiki, failli être brûlé vif, failli mourir sous des tirs de laser, me suis fait frappé, et je suis sur la paille ! Je vais te dire une bonne chose, Zavid : tu es la pire plaie que j’ai jamais rencontrée !

    En prononçant cette dernière phrase, sans même m’en rendre compte, je me suis approché d’elle et je la pousse du doigt. Et après avoir prononcé ladite phrase et m’être aperçu des conséquences qu’elles vont déclencher sur ma santé, je fais :

    – Enfin, je veux dire… c’est comme ça que certains pourraient voir les choses… mais je ne suis pas comme ça, hein ! Je… je déconnais…

    – Rhooooo, c’est émouvant, tout cet amour qu’on sent entre vous, même pendant une dispute, snif !

    Le vendeur nous regarde en essuyant ses larmes. Mais d’où a-t-il sorti le gros gobelet de pop-corn qu’il tient en main ?

    Zavid s’avance vers moi, calmement. Je me crispe. Comment va-t-elle me tuer ? D’une manchette qui va me décapiter ? En brisant mes cervicales avec deux doigts ? En me donnant en pâture à Kiki ? Adieu la vie ! Adieu la galaxie, qui ne me verra jamais lui faire bénéficier de mon plein potentiel d’être exceptionnel ! Elle le regrettera, ça c’est sûr ! Adieu mon banquier… ouf, enfin une bonne nouvelle, finalement !

    Zavid pose sa main sur mon épaule. Aïe ! Elle va l’arracher d’une torsion ? Pourtant non, elle n’a même pas l’air en colère.

    – Nomis, c’est la première fois que je te vois te comporter en homme depuis qu’on se connaît.

    – Ah ? Euh… merci.

    Là, son fulgurant crochet du droit m’explose la tempe et je me retrouve à terre, groggy.

    – Mais tu ne me parles plus jamais sur ce ton ou je t’arrache les yeux, les oreilles, le nez, les doigts, les moignons de bras et les jambes !

    – Alouette, snif !

 

    Je reste assis, hébété. Mais comme Cirederf Nomis restera toujours Cirederf Nomis, je me reprends vite. Quoi qu’il arrive, je me relève toujours ! Enfin pas là. Je préfère rester assis pour éviter un éventuel nouveau coup de poing. Je me remets quand même debout : après tout, elle peut toujours me filer des coups de pied si je reste à terre.

    Zavid a l’air de s’être calmée. Elle dit :

    – Bon, je présume que je n’ai plus qu’à me servir du compte secret des SSI auquel j’ai accès, même si ça m’embête d’attaquer cette réserve d’un million de crédits.

    – QUOI ? TU AS ACCÈS À UN MILLION DE CRÉDITS ET TU NE ME L’AS JAMAIS DIT ?

    Oui, là c’est moi, et c’est peut-être moi qui vais lui arracher les membres après avoir appris cette nouvelle.

    – GRRRRRRR… fait Kiki.

    – Couché, Kiki, fait David.

    – Rhoooo, quelle belle famille unie, je me pâme, snif, fait le vendeur.

    Comme je sais n’avoir aucune chance en tentant de tuer Zavid, je tends les bras vers le vendeur pour l’étrangler. Sauf qu’il y dépose un nouveau papier.

    – Qu’est-ce que c’est ?

    – Un nouveau message sorti du terminal de paiement. Je crois que c’est encore votre banque.

 

    Cher Cirederf Nomis,

 

    Il s’avère qu’après examen plus attentif de votre situation financière, le conseil d’administration de votre banque dévouée a décidé que vous ne serez jamais capable de faire face aux échéances de remboursement qui vous ont été proposées.

 

    Aussi le prêt en votre faveur est-il par la présente annulé, et une prime d’un million de crédits a été mise sur votre tête. Votre banque dévouée respectant scrupuleusement les voies légales, l’avis de recherche vous concernant a été transmis en bonne et due forme à la Guilde des Chasseurs de Primes.

 

    Anciennement toujours à vos côtés,

    Votre ancien dévoué banquier,

 

    Tablazhar Sicpou.

 

    PS : la bonne nouvelle est que la prime ne vaut que si vous êtes capturé vivant. Vous comprenez bien qu’en montrant à nos clients récalcitrants les longues scènes de torture que vous allez subir une fois entre vos mains, votre exemple les poussera à respecter les exigences de leur banque dévouée.

  

    – Mes chers amis, je sens bien que vous êtes en détresse, snif. Le tragique de votre situation désespérée m’émeut. Je tiens, à vous aider, snif. Vraiment !

    – Ah oui ? demande Zavid tandis que je reste sans réaction, le cerveau remplacé par un trou noir.

    – Oui, snif. Et puis je peux bien faire ça pour vous. Après tout, c’est grâce à vous que je vais retrouver ma famille, snif. Jamais je n’avais cru sérieusement pouvoir vous vendre ce minougroar pour dix fois son prix, snif.

    – Dix fois ? que je demande, sortant de ma torpeur.

    – Oui, snif. J’ai de quoi payer la libération des miens et vivre comme un nanti sur une planète arriérée de la Frange Lointaine. Alors si vous voulez, je peux vous déposer quelque part, snif.

    – Dix fois ? que je redemande.

    – Parfait, commente Zavid. Ton Ipadphone, Nomis, il faut que je contacte Hoyddings pour savoir où il se trouve.

    – Dix fois, que je murmure en lui tendant machinalement mon pad.

    Elle l’allume, un message s’affiche sur l’écran :

 

    Merci de vous être connecté, monsieur Cirederf Nomis. Désormais, nous savons où vous vous trouvez. Merci de nous faciliter la tâche en ne quittant pas votre position actuelle, car tous les frais de poursuite vous seront facturés lors de votre prise en charge par nos soins.

 

    Cordialement,

    La Guilde des Chasseurs de Primes.

 

    – Il faut qu’on bouge ! décrète Zavid. Nomis, tu viens avec nous !

    – À quoi bon ? que je demande. Je suis perdu, quoi qu’il arrive. N’essaye pas de me sauver, Zavid, il est trop tard pour cela.

    – Rhooooo, quelle belle solidarité entre vous, snif. Vous êtes éblouissants de classe, c’est trop émouvant, snif.

    – Rien à voir, rétorque Zavid. Nomis vaut un million de crédits. En cas de problème, on pourra toujours le livrer pour toucher la prime.

    Je n’ai même pas la force de répondre. Zavid m’empoigne le bras et elle suit le vendeur qui s’en va déjà, direction l’astroport. Kiki saute gaiement autour de nous.

    – Au fait, c’est quoi ton nom ? que demande Zavid au vendeur.

    – Snaf Snof.