XXXV

 

 

    – Bon, je contacte Hoyddings pour savoir où il en est, dit Zavid. Ensuite nous le rejoignons et reprenons notre quête du colonel Flocoche.

    – Ah non, snif ! intervient Snaf.

    – Comment ça, non ? rétorque Zavid en approchant la main de son fouet-laser.

    C’est fou comme c’est devenu un réflexe conditionné avec le temps, cette manie. J’ai envie de remplacer discrètement son fouet-laser par… hum… un bouquet de fleurs, par exemple. Son aura menaçant en prendrait un sacré coup, et elle aurait l’air fin, ce qui ne gâterait rien.

    Mais je pense que je vais quand même m’abstenir. Ce serait dangereux pour ma santé de tenter une telle substitution. Je suis à peu près certain que même durant son sommeil, Zavid est capable de tuer quelqu’un sans s’en rendre compte.

    – Bah oui ! C’est mon vaisseau et j’en suis le pilote, snif. Et vous deux, vous savez piloter ?

    – Oui, qu’on répond à l’unisson, Zavid et moi.

    – Oh… je sais ! Il y a des systèmes de sécurité pour se servir de mon vaisseau, snif !

    – Quel genre ? demande Zavid.

    – Scan rétinien !

    – Bah, un œil, ça s’arrache de son orbite. Ensuite, il suffit de le conserver au réfrigérateur et hop, le tour est joué !

    Étrangement, suite à cette sortie de Zavid, je me rends compte que j’ai faim.

    – Ah mais c’est pas tout ! En plus, il y a un scan d’empreintes digitales, snif !

    – Ce n’est pas un souci. On peut trouver une place pour ta main coupée dans le réfrigérateur, entre les petits pois et les steaks congelés.

    Là, Snaf Snof se décompose. Oh, mais j’y pense ! S’il ne nous est plus d’aucune utilité, Zavid pourrait le tuer et moi récupérer son vaisseau pour le vendre. Voire trouver un accès à ses comptes bancaires pour les piller et me remettre à flots, au moins en partie !

    Brillante idée ! Tue-le, Zavid !

    – Il y a une troisième sécurité, balbutie Snaf. Commande vocale, snif.

    Là, pas sûr que Zavid puisse garder la voix de Snaf dans le frigo. En plus, il serait déjà rempli avec les autres organes.

    – Bon, d’accord, fait Zavid après avoir haussé les épaules. Parlons de manière rationnelle, alors, vu que la violence ne résout rien, pour une fois. Pourquoi veux-tu t’opposer à notre enquête, Snuf ?

    – Nan, c’est Snaf. Je ne veux pas m’opposer à quiconque, surtout envers le bienfaiteur qui m’a rendu riche, snif.

    Pendant qu’il parle, il colle un regard limite langoureux sur moi ! Non mais il est fou, lui, cette espèce d’immonde allumette géante, avec le dessus de sa tête tout rouge. Sans encore il avait été une femelle… mais non, mille fois non ! Je réprime un frisson de dégoût.

    – Alors quoi ? demande Zavid.

    – Je veux que nous allions d’abord récupérer ma femme et mon fils, esclave de Gaga la Graucelimasse.

    – Joli surnom, que j’acquiesce. Mais c’est quoi le vrai ?

    – C’est le vrai.

    – Ah.

    – Vous n’avez jamais entendu parler de lui et de son clan ?

    – Nan.

    – Gaga la Graucelimasse a la réputation d’être fou. Son père, Papa la Graucelimasse, a eu plusieurs enfants : Baba, Caca, Dada, Haha, Lala, Mama, Nana, Tata.

    – Ça en fait du monde, que je dis.

    – Oui. Baba dirige le racket de l’alcool, avec une préférence pour le rhum. Caca doit son nom à la couleur de sa peau à sa naissance. Dada s’occupe du racket dans le monde hippique. Haha a rompu avec sa famille et mène une carrière de comique. Lala tente de percer dans le monde de la chanson. Mama voudrait devenir mère mais elle hésite quant au choix de son partenaire. Et Nana a toujours préféré s’exhiber sous la forme d’une femelle. Tata n’a jamais su choisir son appétence sexuelle, malgré un choix de base masculin.

    – Charmante famille, que je commente.

    – En effet. Mais Gaga est le pire, snif. Il est considéré comme le fou officiel de la famille.

    – Ça promet…

    – Bah, ne vous inquiétez pas, tout se passera bien : à partir du moment où j’ai l’argent pour racheter et affranchir ma femme et mon fils – encore merci, Nomis, j’insiste, snif ! – ce sera du gâteau !

    – Ils sont sur quelle planète ? demande Zavid.

    – Althètis.

    – Jamais entendu parler.

    Pfeuh, quelle inculte, cette Zavid. Moi j’ai tout de suite tilté en entendant ce nom !

    – Althètis, la planète des athlètes ? que je fais.

    – Oui, snif.

    – Athlètes qui tous les quatre ans remportent les Jeux Olympiques Galactiques ?

    – En effet. D’ailleurs cette année, les JOG s’y déroulent et… tiens, ça commence demain, maintenant que j’y pense, snif ! J’espère qu’on n’aura pas trop de mal pour se garer.

 

    C’est là qu’une immense lueur d’espoir m’envahit, genre lumière blanche qu’il faut suivre pour arriver au paradis. Enfin non, quand même pas, vu qu’il paraît qu’on ne voit cette lumière blanche que quand on meurt. Et que je ne suis pas croyant. Enfin si, mais je ne crois qu’en une seule divinité supérieure de l’univers : moi-même.

    Bref, l’espoir est le suivant : qui dit JOG dit journalistes, et qui dit journalistes dit Empire Actualités. Nul doute que certains de mes collègues se trouvent sur place. D’ici à ce que je les trouve, qu’ils me cachent et que je puisse enfin rentrer avec eux à Planèteville, il n’y a qu’un pas que je compte franchir allègrement !

 

    Adieu Zavid, espèce de folle ! Moi, je serai bientôt de retour à la maison…