L

 

 

    [note de l’auteur : donc « L » c’est « 50 » ? Intéressant, je le note. Je note également la progression, qui se décline donc en taille de fringues, par ordre décroissant. Du coup, y’a des chances que « 60 » en chiffres romains soit « S », et « 70 » « XS ». L’avenir nous le dira !]

 

    Contre toute attente, nous voilà arrivant finalement à la porte du hangar à vaisseaux. Le miracle va-t-il se produire ? Allons-nous réussir à fuir la vindicte de Gaga la Graucelimasse ?

    En tout cas, la chance continue à nous sourire. Il y a bien un garde, mais il est à quatre pattes, nous gratifiant de la vue de son postérieur, et en train de gratter quelque chose au sol.

    On s’approche et on l’entend marmonner :

    – Si seulement je tenais le sagouin qui a osé jeter son chewing-gum par terre. C’est dégoûtant, et si Gaga voit ça, nul doute que ça signera mon arrêt de mort.

    Flocoche et moi échangeons un regard et on hoche la tête. Je ne peux empêcher un frisson d’excitation de parcourir mon corps : on agit exactement comme dans les séries-3DHD, à la cool, tout en efficacité. Mais comme c’est Flocoche le barbouze et qu’à la vérité, je n’ai aucune idée de la signification de notre hochement de tête, je le laisse passer devant, curieux de savoir comment il va se débarrasser de l’ennemi.

    Va-t-il à nouveau me gratifier d’une démonstration d’art martial époustouflante ? Laisser parler le maître de jui-jutsi qui sommeille en lui ? Utiliser une prise de dujo de niveau 137ème dan ceinture noire ?

    Flocoche s’approche subrepticement de sa cible, tel le félin fondant sur l’innocente petite souris qui, prenant le soleil au petit matin, pousse des petits « Iiiik ! iiiik » de ravissement pour saluer le jour nouveau.

    Arrivé à portée, il tend sa jambe en arrière, et administre un monumental coup de pied aux fesses du garde qui, poussé en avant, percute violemment le mur. Sans avoir le temps de dire « ouf », le voilà assommé pour le coup.

    – Pas mal, hein ? me fait Flocoche, fier de lui.

    – Manque total de classe, que je réponds. Mais néanmoins efficace, que je rajoute vu que son regard vient de s’assombrir.

    Ce serait dommage que notre si belle entente prenne déjà fin, et qu’il m’abandonne là. Parce que, et j’en ai bien conscience, à partir du moment où je l’ai libéré, il n’a plus besoin de moi pour s’enfuir.

    Heureusement, cet imbécile semble se tenir à la parole donnée, au respect des engagements, des promesses, toussa. Quel sentimentalisme naïf ! Moi, à sa place…

    – Suivez-moi, Nomis ! Voici exactement le vaisseau qu’il nous faut pour fuir !

    Le navire qu’il me montre ressemble énormément à un fer à friser. Flocoche m’explique :

    – C’est le Praydèvache-32, conçu par Bovinum Systems Engineering. Face au succès du Praydèvache-31 qu’ils avaient conçu auparavant et qui ressemblait tant à un fer à repasser, ils se sont dit « Pourquoi ne pas continuer dans la même veine, avec un vaisseau qui cette fois-ci ressemblera à un fer à friser ? ».

    – Une logique élémentaire, que je concède.

    – Il se murmure même que leur prochain modèle ressemblera à un sèche-cheveux.

    – Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, en effet.

 

    Mais alors que nous nous dirigeons vers le vaisseau, notre chance semble nous abandonner, sous forme d’un :

    – Haut les mains ou je tire, les gars !

    On s’exécute avant d’être exécutés, et on se retourne pour voir à qui on a à faire. Le type est seul, moche avec des excroissances sur le crâne et une espèce de grosse queue qui part de sa nuque et pendouille dans son dos. L’évolution a donc oublié de dire à cette race que les queues, ça se place en bas du dos pour des questions d’équilibre ?

    – Hey, je vous reconnais, vous ! qu’il fait à l’intention du colonel. Vous êtes Flocoche, notre prisonnier des SSI ! Quant à vous, vous êtes Nomis. Ma fortune est faite !

    Ni une ni deux, mon génie naturel parle à ma place et je prends les choses en main.

    – Je peux vous parler en privé ? que je demande, avant de hocher la tête à l’intention de Flocoche.

    Celui-ci fait mine de comprendre et imite mon geste.

    – Euh, ouais. Mais pas d’entourloupe, hein ? Sinon je te massacre.

    Il me fait signe d’approcher, relâche son emprise sur son pistolaser mais extirpe de son ceinturon une lame crantée aussi longue que mon avant-bras.

    – Ce sera plus pratique que mon pistolaser si je dois me défendre à courte portée, m’explique-t-il alors que je déglutis et sens la sueur dégouliner de mon front.

    Cette réaction physiologique de ma part doit forcément être due à la chaleur, même s’il ne doit pas faire plus de trois degrés dans le hangar. Quelle autre explication pourrait-il y avoir sinon ?

    – Je t’écoute, qu’il me fait en léchouillant sa lame, dans un geste de sadisme étudié pour me faire peur.

    Je dois reconnaître que ça marche, du moins jusqu’à ce qu’il sursaute et dise :

    – Aïe, le con ! Je me suis coupé ! Oui, bon, bref, tu veux quoi ?

    Je le sens énervé, je n’ai pas intérêt à me trouer dans l’exécution de mon plan pour me débarrasser de lui. Si je n’ai pas les capacités physiques – que je ne reconnaîtrai jamais comme étant impressionnantes, même sous la torture, et même si je le pense – d’un Flocoche, je dispose en revanche d’un atout primordial dont il ne bénéficiera jamais : un cerveau. Et quel cerveau !

    – Alors voilà, je le lui dis à voix basse. Le colonel Flocoche, que tu vois là avec un stupide air bovin, est recherché pour 10 000 crédits. Si on le capture, on se partage la prime, moitié-moitié, et en échange, tu me laisses partir, OK ?

    – Je serai idiot de faire ça, vu que toi tu vaux un million !

    – C’est vrai, que je dis, je vaux un million. Mais tu n’as pas bien dû écouter. Cette somme n’est pas en crédits galactiques, mais en roulbes.

    – En roulbes ? Tu parles bien de la monnaie du Secteur Moscovien ?

    – Exactement.

    – Mais alors tu vaux…

    – Cinq crédits galactiques, oui.

    – Ah oui, forcément, c’est nettement moins intéressant, qu’il concède.

    Après avoir réfléchi, il me fait :

    – Bon, OK, je marche. Comment on fait ?

    – Sors ton pistolaser discrètement. Je suis entre toi et Flocoche, il ne verra rien. Dès que je m’écarte, tu le flingues et il s’évanouit. Tu deviens un héros, tu me files mes 5 000 crédits, je pique un vaisseau et on ne se connaît plus.

    Il réfléchit à nouveau. Un long moment. Soit il réfléchit à un niveau conceptuel que je ne peux imaginer, genre la théorie des dix-huit cordes et du pendu, dernière théorie en vogue dans le domaine de l’astrophysique, soit ses neurones ont du mal à se connecter pour former des pensées cohérentes. Je penche pour cette dernière hypothèse.

    – OK, je marche, qu’il finit par dire.

    On met notre plan à exécution. Je m’écarte, marche sur mon lacet et m’étale par terre pendant que le garde tire sur Flocoche.

    Le colonel s’écroule en criant :

    – Mais que… ?

    Oui, même quand il tombe évanoui, le colonel Flocoche n’a pas beaucoup de répartie.