LXVII

 

 

    – Revenons à nos moutons, Cirederf. J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer, ainsi que deux bonnes.

    – Ça pourrait être pire, que je réponds prudemment en jetant un coup d’œil aux alentours.

    Hormis mémé, moi et l’éphèbe qui m’a conduit ici, il n’y a que quelques gardes discrets, ainsi que Tarzan Thor, debout à côté du trône, mains dans le dos et qui semble éviter soigneusement mon regard.

    – La mauvaise, c’est que mon vaisseau a une panne. Il n’est pas en état de voler.

    – Comme c’est dommaaaage. Pas de chance pour les soldes, mémé.

    – Oui, mais il y a aussi deux bonnes nouvelles. La première, c’est que ton vaisseau est en cours de réparation et sera prêt dans une demi-heure. Du coup je te l’emprunte.

    – C’est impossible ! que je dis, incrédule. On a commandé les pièces de rechange mais il faudra plusieurs jours pour qu’elles soient livrées.

    – Il s’avère qu’après vérifications des stocks de pièces détachées dans mes entrepôts, nous avions tout ce qu’il faut sur place pour réparer la kass’rol. Du coup je t’emprunte ton vaisseau.

    – Mais…

    – Et ce n’est pas tout ! Je t’ai parlé d’une deuxième bonne nouvelle. Je suis tellement contente de pouvoir finalement faire les soldes que j’ai décidé de te faire une fleur.

    Vite, saisir l’occasion au vol tant que mémé est de bonne humeur : si elle part, il faut absolument que je m’enfuis avec elle !

    – Ça tombe bien, car en fait j’ai changé d’avis, je veux bien que tu m’emmèn…

    – La fleur, c’est que je me sens d’humeur assez généreuse pour te louer la kass’rol.

    – Ah ?

    – Dix crédits la journée. Elle est pas belle, la vie ?

    – En fait non, parce que…

    – TU TE TAIS, TU SOURIS ET TU DIS MERCI, PETIT-FILS DU DIABLE !

    – Euh… merci, mémé.

    – Et maintenant dégage, je t’ai assez vu. Pas de bêtise en mon absence. Je t’enverrai une carte postale.

 

    Je quitte la salle du trône, tête basse. Une fois dans le couloir, la voix de ZiZi s’élève de mon datapad :

    – Et bien, je te dirais bien que c’était sympa d’avoir collaboré avec toi, mais l’expression qui me vient en tête c’est plutôt « bon débarras ».

    – Comment ça ?

    – Je te l’ai dit, mes circuits principaux sont sur la kass’rol. Comme une guerre se prépare ici, j’ai fait en sorte de pouvoir me barrer avant.

    – Mais enfin… Tu savais depuis quand, pour les pièces de rechange disponibles ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

    – J’ai découvert qu’on pouvait réparer avant que je t’envoie saboter le vaisseau de ta mémé. Comme ça, elle n’avait pas le choix : il fallait réparer la kass’rol. Si elle partait avec, je sauvais mes fesses du même coup.

    – Si on avait les pièces, on pouvait tout aussi bien se barrer ensemble. Pourquoi une telle trahison ?

    – J’ai passé un accord avec Tarzan Thor. On a des pièces détachées pour apporter plein de super modifications à la kass’rol, mais entre toi et lui, lui est le seul capable de procéder à ces améliorations, vu ton niveau abyssal en mécanique. Donc je n’ai nul besoin de l’éternel inutile que tu es. Et en contrepartie, Tarzan Thor sera débarrassé de ta mémé vu qu’il compte prendre la poudre d’escampette dès qu’on aura posé le pied sur le Centre Impérial.

    Je ne sais pas quoi dire. Alors je me tais.

    – Bonne chance, Cirederf. La bise à Lord Executor et kanevo, comme disent les Rbetons.

    Je reste longtemps seul dans le couloir, la tête vidée de toute pensée cohérente. Je sors de mon état second en entendant le bruit d’un moteur. De la fenêtre voisine, je vois la kass’rol décoller et disparaître à l’horizon.

 

    Tout est perdu pour moi. Adieu, Cirederf !

 

    Bon, il doit bien y avoir quelques bouteilles de gnôle quelque part sur cette maudite planète ?