XCII

 

 

    Beaucoup écarquillent les yeux, et je dois avouer que moi aussi. À mes côtés, Saint-Lazare réfrène à grand mal son rire.

    – Non seulement vous tentez de les noyez, mais en plus vous leur avez lancé des requins ?

    – OUI, TCHIP !

    – Vous êtes sûr que les requins, c’était une bonne idée ? On parle de Mandaloriens, dotés d’une armure de beskar, le fer le plus solide l’univers ou presque ? Ils risquent pas d’y laisser leurs dents, vos requins ?

    Saint-Lazare pouffe à nouveau.

    – Voyons voir ça !

    Sur les écrans, les Mandaloriens, passés le moment initial de tension, se relâchent. Un requin pourrait tenter en vain de les mordre pendant des heures, tout au plus pourraient-ils légèrement rayer les armures.

    Le groupe de Zavid, en revanche, n’en mène pas large et pointe leur arsenal vers l’eau à leurs pieds, dans toutes les directions. Kiki gémit comme un chaton n’aimant pas l’eau.

    Les Mandaloriens continuent de se moquer de leur congénère, dont le poitrail est désormais emprisonné entre les mâchoires d’un requin.

    – Sors une fourchette et un couteau !

    – Je t’apporte la mayonnaise !

    – Si tu as des intérêts dans un cabinet de dentiste pour requins, tu vas faire fortune tellement nos armures sont impénétrables !

    Et là… bien sûr, ai-je envie d’ajouter… le requin referme sa mâchoire sur le Mandalorien, dont l’armure résiste autant que si elle avait été en carton : à savoir pas du tout. Elle est aussitôt broyée et le bonhomme dedans avec, dont les fluides divers et variés jaillissent par où ils peuvent, bref je vous épargne les détails. Je ne les connais pas et, même si un auteur se doit d’être réaliste dans ses descriptions, pour ce coup-là, ne comptez pas sur moi.

    Là, Saint-Lazare éclate de rire.

    – J’ai modifié les requins, tchip ! Ils ont des dents en beskar. Attention, pas en beskar dilué pour fabriquer les armures mandaloriennes, mais en beskar pur donc plus solide, tchip ! Les Mandos vont tous mourir, et qui plus est dans d’atroces souffrances, mouhahahaha !

    Je reste pétrifié d’admiration. Ce type cessera-t-il donc un jour de penser à tout ? À un moment, ça force le respect, et je crois que dès lors, le mien lui est acquis à jamais. J’envisage même sérieusement de le laisser me transformer en homme-poulet, c’est pour dire !

    – Hoy, les Mandos sont plus en danger que nous !

    – Ah bon, et pourquoi donc ? demande le colonel Covelian.

    – Même s’ils ont été modifiés, ce sont des requins-tigres-du-bengale-marteaux, connus pour se battre entre eux. À leurs yeux, affronter des adversaires en armures de beskar est beaucoup plus intéressant que de simples êtres de chair et de sang comme nous.

    – Culture faunesque impressionnante, reconnaît Sylmort. Plus que sexy, même.

    Je vois à son air perdu que Hoyddings n’a rien compris à la phrase, mais quand Sylmort se jette sur lui pour l’embrasser à pleine bouche, j’enrage à l’intérieur. Pas lui, quand même ! N’importe qui mais pas lui !

    – Mais que… parvient-il à articuler.

    – Te pose pas de questions, dit Sylmort. C’est les hormones…

    En guise de réponse, voilà Hoyddings qui hurle de douleur.

    – Un requin ? demande Sylmort, inquiète,  ses armes à la main.

    Hoyddings sort sa main de l’eau. Au bout du petit doigt, il y a un poisson qui tente de le mordiller, la queue frétillante.

    – Piranha, on dirait, fait-il.

    – Et eux, ils vont plutôt s’attaquer à des types en armure ou à des gens qui en sont dépourvus, comme nous ?

    – Là, je crains que ce ne soit pour nous, soupire-t-il.

    Bientôt, le chaos règne dans les couloirs, entre les Mandaloriens qui se font bouffer par les requins, et le groupe de Zavid qui tire dans l’eau pour tuer les piranhas, à une telle intensité que c’est surtout l’eau qui est vaporisée. Et pendant ce temps, bien sûr, l’eau continue à monter, elle atteindra bientôt les épaules…

    – Ils ne peuvent pas s’en sortir, tout est fini, annonce Saint-Lazare, très content de lui. J’avoue que je ne m’attendais pas à ce qu’ils me donnent autant de mal, tchip.

    – Heureusement, vous avez des ressources et pas des moindres, que je reconnais.

    – Le génie du génie ne peut être que génial, ajoute-t-il.

    Je ne peux qu’être d’accord avec lui.

    Sur les écrans, tous les couloirs sont désormais sous l’eau, et les caméras ne montrent plus grand-chose, du coup, si ce n’est du sang bien rouge qui se répand peu à peu… tiens, y’en a aussi un peu de vert !

    Puis je distingue Zavid qui, collée à un plafond, reprend son souffle, et je souris. Elle n’en a plus pour longtemps, son couloir sera bientôt totalement immergé à son tour. La tête de Kiki surgit aussi. Les piranhas et les requins ne l’ont pas encore bouffé, celui-là ?

    Et voilà qu’apparaissent à leur tour les têtes et les épaules de Hoyddings, Covelian et Sylmort.

    – Où sont nos autres agents ? demande Zavid.

    – Je crains qu’ils ne soient morts, annonce Covelian. Tombés comme des braves à la piscine du champ d’honneur.

    Hey… une minute ! Comment se fait-il que je distingue les épaules de tout ce pas beau monde ? L’eau n’était pas plus haute il y a un instant ? Un bruit parvient à mes oreilles, genre l’eau de la baignoire qui gronde en filant par la bonde, en plus fort.

    Je me tourne vers Saint-Lazare. Comme prévu suite à ce nouverau rebondissement, il est blême. Il bredouille :

    – Ce n’est pas possible. Tout mais pas ça… Toute cette belle eau précieuse à trois crédits galactiques le mètre cube…

    Bientôt, toute l’eau s’est retirée, laissant derrière elle des corps déchiquetés, des restes d’armures qui feront le bonheur d’un ferrailleur, des piranhas qui font des bonds désordonnés dans l’air, et des requins qui s’agitent dans tous les sens.

    Il y a de l’agitation sur un écran. Je vois plusieurs types musclés, bronzés et en pagne, qui portent un gros cercle noir muni d’une chaîne en son centre.

    – Les salauds, ils ont enlevé la bonde géante, dit Saint-Lazare.

    Quant à moi, je sais que je suis plus que jamais dans la mouise : j’ai déjà rencontré ce genre de typer, et récemment, en plus. Je sais d’où ils viennent et aux ordres de qui ils sont. Et justement, une silhouette menue apparaît derrière eux, avec des palmes et un tuba. Elle se débarrasse de son équipement et dit d’une voix aussi sèche que son cœur :

    – Bon, il est où ce petit-fils maudit, que je le torture et l’écorche vif ?

    Mémé Nomis. Encore une qui ne m’avait pas manqué.

    – ÇA VA S’ARRÊTER UN JOUR, CES ÂNERIES ? que je crie de désespoir.

    – Monsieur Saint-Lazare, fait une voix dans l’interphone, un vaisseau est en approche de la planète.

    – Détruisez-le, on a assez à faire ici comme ça.

    – C’est que… C’est l’Executor de lord Vador. On peut toujours l’attaquer, mais vu son vaisseau et vu la puissance de nos lasers, autant sortir les lance-pierres, on serait tout aussi efficaces.

    – NON, ÇA NE VA DÉCIDÉMENT PAS S’ARRÊTER ! que je crie à nouveau.