Chapitre XII : L’avenir de Redengton

– Aurais-je l’occasion de lui faire mes adieux, ainsi qu’à mes enfants ? murmura Ryudug.
– Bien entendu, répondit Kerdan. Je ne suis pas un monstre.
Le Vigo se contenta d’opiner du chef et tourna les talons, ses hommes dans son sillage.
– Le Conseil Jedi nous attend, Majoline, rappela Tchoo-Nachril.
– Il me reste un dernier point à régler, ainsi que des gens à saluer, et je serai alors tout à toi.
Les Jedi étant censés être des parangons de patience, Tchoo-Nachril se retint de soupirer. Il emboîta le pas de Kerdan, qui remontait déjà dans la limousine-speeder afin de rassurer dame Brennala.
– Vous êtes désormais libre, madame. Votre mari s’est rendu à mes arguments.
– Je m’en veux tout de même que les choses se terminent ainsi. Malgré tout, je l’aime toujours !
– Et c’est un sentiment qui vous honore, madame. J’ai promis à Ryudug qu’il pourrait vous revoir une dernière fois. Je pense que ce sera une bonne chose pour vous deux.
– Mille mercis, monsieur Majoline.
– Êtes-vous prête pour le destin que vous vous êtes choisi ?
– Oui. Je veux réparer autant que je peux le mal commis par les gangs, et je compte commencer ici, dans le quartier de Redengton, là où Évanie a été tuée. Je dispose d’un compte en banque bien garni grâce à Ryudug, et j’estime que ce ne sera que justice si cet argent peut servir à aider les habitants.
– Concrètement, que prévoyez-vous ?
– Je ne sais pas trop, mais j’ai bien envie de créer une école, pour les enfants comme pour les adultes. L’éducation, voilà ce qui peut changer des vies et préparer l’avenir !
– Cela ne suffira pas.
– Comment cela ?
– Une simple école ne serait qu’une goutte d’eau, vite balayée par la misère qui sévit ici. Vous devriez voir plus large, dame Brennala. Créez des associations, culturelles ou sportives, financez des commerces afin de créer des emplois. Bref, voyez grand : transformez radicalement ce quartier !
– Je crains que mes finances ne soient pas aussi importantes, monsieur Majoline.
– Je vous assure que si. J’ai comme qui dirait écarté… et escroqué au passage l’un des gangs qui avait le quartier sous sa coupe, les Lunes Pourpres. Je leur ai confisqué quelques dizaines de millions de dataris, que j’ai fait virer sur un compte.
Kerdan ouvrit sa mallette et en ressortit une datacarte qu’il tendit à Brennala.
– N’ayez aucun scrupule à utiliser cet argent. Tout comme le vôtre propre, il vient des gangs.
– Je… Je ne sais comment vous remercier, monsieur Majoline !
– Vous le faites déjà en étant vous-même, madame. J’ai recruté un administrateur pour votre nouvelle fortune, un homme en qui j’ai toute confiance. Il s’occupera de concrétiser tous les projets que vous jugerez bon de mener à bien.
Quand dame Brennala éclata en sanglots face à tant de magnificence, Kerdan et Tchoo-Nachril, gênés, ne surent pas où poser le regard. Leurs yeux se croisèrent et Kerdan fit signe au Jedi qu’il était temps pour eux deux de tirer leur révérence.
Brennala saisit la main de Kerdan et resta le regarder en silence, très émue. Lui n’osa pas lui dire qu’elle lui broyait la main et supporta ce supplice en s’appliquant à rester stoïque. Puis il hocha la tête et sortit de la limousine-speeder, Tchoo-Nachril à ses côtés.
– N’as-tu pas oublié un détail, Kerdan Majoline ? demanda le Whiphid.
– Je ne pense pas, mais dis toujours.
– Ce quartier est misérable et dangereux, les choses ne vont pas changer d’un coup de baguette magique. Il me semble à peu près certain que d’autres gangs vont venir occuper le terrain à leur tour.
– Ils ne feront pas long feu.
– Comment peux-tu en être aussi sûr ?
– Tu crois peut-être que Ryudug va rester les bras croisés quand il va apprendre que sa femme s’installe ici ? Au contraire, il va tout faire pour assurer sa sécurité, même si elle ne le soupçonnera sans doute jamais.
– Tu marques un point, Majoline.

Il ne fallut pas plus d’une heure à Kerdan et à Tchoo-Nachril pour rendre les trois visites que l’humain tenait à faire avant de quitter les lieux. Au commissariat, ils annoncèrent au capitaine des lieux un avenir meilleur. Ils trinquèrent avec Énanchor Phileas dans la cantina de ce dernier. Enfin, Kerdan alla saluer sa cousine Nevella.

Dès lors, ils prirent un taxi-speeder qui les mena au Temple Jedi, et se retrouvèrent bientôt face à la porte derrière laquelle siégeait le Conseil. Elle ne tarda pas pivoter sur elle-même. Ils entrèrent…