Épisode 4

 

 

    Quoi, déjà un nouveau chapitre alors que le dernier date d’il y a un mois ? Bah oui. C’est qu’il s’en passe des choses, avec ces petites bêtes qui poussent, qui poussent, qu’on dirait des mauvaises herbes.

 

    V’là qu’il commence à causer, ce bougre de Barbatruc. Pas des vrais mots, hein, faut pas déconner non plus, mais des trucs qu’il met bout à bout à tel point que ça ressemble à un point cohérent, bien qu’incompréhensible.

    Alors de deux choses l’une : soit il est possédé par l’esprit du démon et qu’il parle de ce fait une langue venue tout droit de l’Enfer, soit c’est du Portugais – bah oui, pourquoi pas, il en descend par sa mère ! Mais en fait non, je lui ai demandé, à ladite mère –, soit il parle une langue morte genre… je sais pas, l’Araméen ou l’Atlante.   C’est con, vu que c’est des langues éteintes, il est le seul à se comprendre.

    Pour ceux qui ont bien suivi le paragraphe précédent, vous aurez bien sûr remarqué que l’auteur de ces lignes, boute-en-train, a marié trois « soit » avec « de deux choses l’une » : Ah ! Ah ! Ah ! Qu’est-ce qu’on se marre ! Ahem… Enfin bref…

 

    Mais avec sa bouche, il ne fait pas que parler. Enfin, je parle des sons, hein, parce que sinon il bave autant qu’un clébard devant un os à moëlle et il chambre tout le monde en se mettant les pieds dans la bouche, avec son air de dire « Alors, les vieux raides tout décrépits, vous n’êtes pas foutus de réussir ça, hein ? ».

    Donc au niveau son, il se lance dans… dans quoi, au fait ? Perso, je parierai pour des ultrasons ou un truc du genre. Soit c’est un fan du superhéros Le Hurleur de chez Marvel (des X-Men, même), soit, tel une mini-Castafiore, il teste s’il ne peut pas péter ou une deux vitres grâce à ses cris inhumains, soit il a tout bonnement décidé de péter les tympans de ses parents, activité pour laquelle il a l’air bien parti. Et encore, son père s’estime pas trop mal loti, vu qu’il est déjà à moitié sourd d’une oreille.

 

    Sinon, il commence à apprendre à danser : ça lui prend de se tortiller en rythme plusieurs fois, de temps en temps. Faut que je chope un formulaire pour l’inscrire à l’émission « Danse avec les bébés ». Hein ? Quoi ? Cette émission n’existe pas ? Dommage. J’aurais cru, tellement on trouve de la merd… euh… n’importe quoi, voulais-je dire, dans cette télé de m… de n’importe quoi.

 

    Il peut également envisager une carrière de lutteur ou de catcheur : il se bat très souvent avec ses doudous, mais je ne suis pas toujours certain qu’il l’emporte sur eux. Ça doit être pour ça qu’il pleure quand on le couche. « Non, papa, ne me remets pas dans le lit avec Nounours-le-Killer-de-Chicago, il frappe sous la ceinture, cet enfoiré ! ». « Oui mais bon, je te signale que toi tu lui bouffes l’oreille, fils, donc au niveau fair-play, je ne suis pas certain qu’il y en ait un pour rattraper l’autre ». Oui, cette conversation ne se déroule que dans ma tête. Et non, je n’éprouve pas le besoin de consulter, pourquoi cette question saugrenue ?

 

    À moins qu’il ne fasse militaire ? Comme je l’ai dit, il latte ses doudous, mais c’est pas tout : il s’entraîne à faire des pompes ! Bon, pas tout à fait, certes, mais pas loin quand même : à quatre pattes, il pousse sur les bras plusieurs fois d’affilée. Dommage que je ne connaisse pas de chants guerriers, ça l’aurait peut-être inspiré…

 

    Pour ce qui est de la bouffe, le petit sournois commence à apprécier les bouillies. C’est bien, me direz-vous, aussi pourquoi le traiter de petit sournois ? Sa mère a bien fait la leçon à ses filles et à l’auteur de ces lignes, comme quoi il ne faudra jamais – je dis bien JAMAIS – lui apprendre à souffler quand il prend des bouillies. Et j’aime autant vous dire qu’on l’a écouté. Je crois bien que quand elle parlait, on a vu en arrière-plan, genre représentation physique de sa mentalité à ce moment-là, Rambo II le retour, il revient et il est pas content.

    Petit sournois, donc, parce que le coup de souffler et d’en mettre partout, il l’a appris tout seul, le-petit-boulet-que-décidément-je-pense-qu’il-tient-trop-super-bien-de-son-père. Je crois qu’on est mûr pour tourner dans les pubs pour lessive avec les gosses qui font plus de taches avec un petit pot de bouillie qu’un peintre professionnel en un mois de boulot.

 

    Pour finir, je crois que je n’ai jamais vu quelqu’un me sourire avec autant de spontanéité et de sincérité. Et cherchez pas l’ironie dans cette phrase, y’en a pas. Ouaip, ça m’arrive.

 

    Bisouilles jusqu’aux prochaines aventures du Barbatruc…