Varia

26 mai 2009

Colloque | Wilfrid Sellars : Science et métaphysique

Aujourd’hui et demain au collège de France, un colloque sur Wilfrid Sellars avec les interventions, entre autres, de Jacques Bouveresse, Robert Brandom et Frédéric Nef (via @Yzabel2046).

Certains textes de Sellars sont disponibles en ligne sur l’excellent site Ditext.com.

25 mai 2009

La situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage

Un îlot de finesse au milieu d’une époque médiocre et grotesque.

« C’est l’aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d’instruction, des interrogatoires où l’on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L’insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L’insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d’État bolchevique d’octobre 1917, puisqu’il est mentionné dans L’insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s’était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d’un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l’accusation de terrorisme, nous concernant, c’est le soupçon de la coïncidence d’une pensée et d’une vie ; ce qui fait l’association de malfaiteurs, c’est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l’héroïsme individuel, mais serait l’objet d’une attention commune. Négativement, cela signifie que l’on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions ; l’injure est de taille.Malheureusement, je ne suis pas l’auteur de L’insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J’en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai mieux compris la hargne hystérique que l’on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c’est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s’avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s’avère, sous les dehors d’une “crise économique”, d’un “effondrement de la confiance”, d’un “rejet massif des classes dirigeantes”, c’est bien la fin d’une civilisation, l’implosion d’un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l’ordre politique, la religion ou l’organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n’offrira de remède. »

Entretien de Julien Coupat donné au journal Le Monde

21 mai 2009

Doves, Kingdom Of Rust

♥ pour J. ♥


Doves - Kingdom Of Rust

20 mai 2009

On ne naît pas femme mais on ne naît pas mâle non plus

2009 :

« Une des phrases du XXe siècle aux conséquences les plus déplorables : “On ne naît pas femme, on le devient”. Non certes parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle suggère que l’homme, lui, serait créé et non façonné. Idée aberrante que véhiculent mille autres perles beauvoiriennes moins souvent citées, ainsi : “La dispute durera tant que les hommes et les femmes ne se reconnaîtront pas comme des semblables, c’est-à-dire tant que se perpétuera la féminité en tant que telle”. »

Nancy Huston, On ne naît pas homme

1972 :

« « On ne naît pas femme, on le devient » : je reprends à mon compte cette formule qui exprime une des idées directrices du Deuxième Sexe. Certes, il existe entre la femelle humaine et le mâle des différences génétiques, endocriniennes, anatomiques : elles ne suffisent pas à définir la féminité ; celle-ci est une construction culturelle et non une donnée naturelle : le scientisme fumeux de Mme Lilar n’a pas entamé cette conviction. Elle est au contraire fortifiée par les études de plus en plus poussées qui ont été consacrées à l’enfance pendant ces derniers années ; toutes prouvent que ma thèse est exacte et demanderait seulement à être complétée : « On ne naît pas mâle, on le devient ». La virilité non plus n’est pas donnée au départ. »

Simone de Beauvoir, Tout compte fait.

19 mai 2009

Derek Parfit et le paradoxe des générations futures

« Aucun système d’éthique fondé exclusivement sur l’arbitrage d’intérêts d’individus présents et à venir, ne peut influer sur les décisions actuelles, et ne peut donc modifier les effets qu’entraînent ces décisions sur les individus futurs, tout simplement parce que les décisions environnementales actuelles déterminent l’identité des individus qui existeront dans le futur. L’argument de Parfit consiste à souligner que les décisions actuelles concernant la consommation ont pour effet de déterminer combien d’individus naîtront dans le futur, et qui seront ces derniers. Une politique de croissance démographique rapide et de consommation élevée aura pour conséquence de déterminer l’apparition dans un siècle d’individus différents de ceux qui pourraient voir le jour si la génération actuelle adoptait une politique de croissance ralentie et de consommation modérée.

Supposons à présent que l’on admette, suivant en cela l’exemple de nombreux environnementalistes, qu’une politique de croissance rapide et de consommation élevée conduise à doter ceux qui vivront dans le futur de conditions de vie inférieures à celles qui auraient pu être les leurs si une politique de croissance plus modérée avait été adoptée. Les individus dont la naissance résulte, d’une certaine manière, de cette politique de croissance immodérée ne pourront pas se plaindre en disant qu’ils auraient été mieux nantis si la politique de croissance n’avait pas été ce qu’elle a été - car ils n’auraient tout simplement pas vue le jour si une politique de croissance modérée avait été adoptée.

Autrement dit, ce que montre le paradoxe de Parfit, c’est que la politique actuelle ne peut pas être décidée au moyen d’une référence aux dommages que l’on fait subir aux intérêts des individus qui vivront dans le futur, parce que cette politique détermine qui seront ces individus et quels intérêts seront les leurs. Les efforts qui visent à régir les comportements affectant le futur éloigné ne peuvent donc pas se régler sur l’idée des intérêts individuels des personnes qui vivront dans le futur, dans la mesure où l’existence même de ces individus est suspendue aux décisions qui seront prises. »

Bryan G. Norton, L’éthique environnementale et l’anthropocentrisme faible, Environmental Ethics Journal, vol. 6, 1984. Traduction française Hicham-Stéphane Afeissa disponible dans l’anthologie Éthique de l’environnement, Vrin, 2007.

Norton fait référence à l’article Energy policy and the further future: the identity problem, pas disponible en ligne. Je renvoie à la quatrième partie consacrée aux générations futures, de Reasons and Persons. La page française de Wikipédia sur Derek Parfit indique la traduction de cet ouvrage a été stoppée : quelqu’un en connaît-il la raison ?

Derek Parfit fait circuler un manuscrit Climbing the Moutain (fichier PDF), aujourd’hui renommé On What Matters (fichier PDF). Un groupe de lecture s’était constitué autour de ce manuscrit sur le carnet PEA Soup. Voir également une bibliographie de Derek Parfit.

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