« Je suis séropositif depuis 1987, ce qui veut dire que j’ai tout de suite pensé que je ne vivrai pas très longtemps. Mes ennemis pensent vraiment que j’aurais dû crever et d’autres auraient dû survivre, ça aurait été plus juste. Manque de bol. Je trouve ridicule de réaliser que j’ai passé presque la moitié de ma vie à anticiper ma mort. Si on ajoute qu’à 5 ans, je pensais déjà me sacrifier pour que ma mère revienne à la maison et que j’ai tenté de me suicider à 17 ans parce que c’était décidément trop difficile d’être gay dans le Lot et Garonne, j’ai passé toute ma vie à m’habituer à l’idée de quitter ce monde. Je ne prétends pas dire que le passage sera facile, mais ce que je veux dire, c’est que malgré cette persistance de la mort dans ma vie, le concept de mort, chez moi, c’est quelque chose qui est pratiquement domestiqué. Je m’en branle totalement quand des gens célèbres crèvent. Je ne suis pas triste quand des personnes de ma famille décèdent. Je trouve normal que mes amis sidéens disparaissent après des années de souffrance. Le seul truc qui m’effondre, c’est de voir mes amis séronégas se suicider. »
20 juin 2010
J’espère être mort en 2020
15 mai 2010
Le critère de la vie philosophique
« L’époque philosophique est souvent dans la duplication de la vulgate deleuzienne qui fait du philosophe l’inventeur de nouveaux concepts ou de personnages conceptuels. Ce prurit conduit à multiplier les néologismes afin de donner l’impression d’une réelle profondeur et d’une pensée véritable. La publication d’un 789 néologismes de Jacques Lacan montre qu’à cette aune on finit par prendre la glossolalie pour de la philosophie.
Où sont les concepts de Montaigne ? Nulle part. On ne trouve dans les Essais que des méditations sur l’amour et la mort, le rire et les larmes, l’amitié et la souffrance, le père et l’enfance, les cannibales et le pouce, la sagesse et les jardins, les femmes et l’amour, les passions et la religion, le vin et les huîtres, la santé et le sommeil, la musique et la lecture, le cheval et le voyage - autrement dit, la vie… Avec le professeur Deleuze, l’élève Montaigne aurait eu une très mauvaise note !Michel Onfray, Le critère de la vie philosophique.
13 mai 2010
À l'attention de nos lecteurs et abonnés
Une triste nouvelle pour une revue de belle facture :
« La dix-septième livraison de la RiLi ne paraîtra pas, du moins dans l’immédiat. Nous ne disposons pas aujourd’hui de la trésorerie nécessaire à l’impression et à la diffusion de notre revue. Nous subissons comme beaucoup de nos confrères les effets de la crise économique qui perdure. Les solutions à court terme que nous avons envisagées ces derniers jours pour passer ce mauvais cap se sont révélées impraticables. Il nous faut réorganiser notre activité plus radicalement. »
8 avril 2010
Le saint moral
La revue Implications philosophiques nous offre une traduction de l’article « Moral Saint » de Susan Wolf :
« Des saints moraux, je ne suis pas sûr qu’il en existe. Mais si tel est le cas, je suis heureuse que ni moi, ni ceux dont je me soucie le plus, n’en soyons. Par saint moral, j’entends une personne dont l’action est aussi moralement bonne que possible, c’est-à-dire une personne qui possède le maximum de valeur morale possible. Bien que dans un instant je m’en aille dresser le portrait varié des types de personnes que l’on pourrait convoquer pour satisfaire à cette description, il me semble qu’aucun de ces types puisse fournir, sans équivoque, un modèle personnel irrésistible. En d’autres termes, je crois que la perfection morale, dans le sens de sainteté morale, ne constitue pas un modèle de bien-être personnel vers lequel il serait particulièrement rationnel ni même bon ou souhaitable de tendre pour un être humain. »
Susan Wolf, Le saint moral.
1 avril 2010
Une non-introduction à l'éthique
Sentiment mitigé également après lecture de l’Introduction à l’éthique : le déséquilibre de l’ouvrage est frappant.
« Comme l’auteur le reconnaît, la structure de l’ouvrage est inattendue : au lieu de se diviser en trois parties, une pour chaque grand courant, l’ouvrage se compose de deux parties. La première est entièrement consacrée au conséquentialisme, et principalement à sa variante la plus connue : l’utilitarisme, tandis que la seconde est supposée présenter les deux « autres », la déontologie et l’éthique des vertus, en les opposant au conséquentialisme. C’est là, déjà, l’un des points faibles de cette introduction : sur 240 pages, 164 sont consacrées au conséquentialisme et aux arguments anti-utilitaristes, 54 à la déontologie et seulement… 22 à l’éthique des vertus. Pour le coup, l’ouvrage aurait presque pu s’intituler « Introduction au Conséquentialisme ». »
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