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29 octobre 2005

Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie (5)

2. La relation intentionnelle

On aurait naturellement tendance à concevoir la relation intentionnelle comme

  1. une relation entre deux vécus, au sein même de la conscience,
  2. une relation réelle entre deux choses de la nature.

Effectivement, si l'on considère la relation intentionnelle comme la liaison de deux éléments entre eux, dont l'un des termes est une inexistence, mais en concevant alors l'inexistence comme quelque chose qui n'existe pas, on serait enclin à dire que l'objet à quoi se rapporte la conscience est un objet dans la conscience. Husserl entend dénoncer cette hypothèse idéaliste et sa contrepartie réaliste qui conçoit la relation intentionnelle sur le modèle de deux entités naturelles.

Des précisions terminologiques sont prises pour éviter d'ajouter à la confusion : Husserl n'emploiera ni le terme de phénomène psychique, tributaire de la problématique brentanienne, il n'a plus de sens dans l'analyse husserlienne, ni le terme de phénomène, suffisamment équivoque pour pouvoir s'appliquer aussi bien au vécu intentionnel qu'à l'objet apparaissant en lui.

D'autres expressions peuvent induire en erreur : parler d'objectivité immanente, d'existence mentale ou intentionnelle d'un objet, dire que les objets entrent dans la conscience ou que la conscience contient en elle quelque chose comme objet amènent à penser la relation intentionnelle comme une relation entre deux choses de la conscience, à savoir un objet considéré comme immanent à la conscience et un vécu, intentionnel celui-là, qui se rapporterait à cet objet immanent. Même si nous ne pouvons éviter d'employer le terme de relation, ce terme induit la fausseté de cette conception.

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18 octobre 2005

W. E. Johnson, Logic

Via Semantics etc., je découvre la mise en ligne la Logic de W. E. Johnson ! Un bonheur ne venant jamais seul, je viens de trouver et d'acheter La psychologie du point de vue empirique de Franz Brentano, dans sa dernière traduction française, celle du second trimestre 1944. J'ai plus d'espoir pour Carl Stumpf.

8 octobre 2005

Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie (2)

Les trois concepts de conscience

La conscience comme flux de vécus

La première définition de la conscience est élaborée à partir du concept phénoménologique de vécu qui est lui-même déterminé à partir de son sens courant et de son sens psychologique. Il existe une légère différence entre les deux éditions : en 1901, la conscience c'est tout d'abord

l'ensemble des données phénoménologiques du moi spirituel (conscience = moi phénoménologique en tant que « faisceau » ou entrelacement des vécus psychiques).

La définition de 1913 ajoute le terme de réel et caractérise le moi, non plus comme spirituel, mais empirique :

l'ensemble des composantes phénoménologiques réelles du moi empirique, c'est-à-dire  [qu'elle est le]  tissu des vécus psychiques dans l'unité du flux des vécus.

Si nous laissons provisoirement de côté ces nuances, la comparaison entre les deux éditions souligne la continuité de la définition lorsque nous en décomposons les termes : les composantes et les données phénoménologiques, le moi empirique et le moi spirituel (ou moi phénoménologique), l'emploi métaphorique de termes comme tissu, flux, faisceau ou entrelacement de vécus psychiques. C'est cette série de termes que déploie Husserl en s'interrogeant tout d'abord sur le vécu.

Qu'est-ce qu'un vécu psychique ?

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1 octobre 2005

Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie

Introduction

Celui qui, pour la première fois, aborderait la phénoménologie de Husserl, se heurterait assez rapidement à deux obstacles de taille : il n'y découvrirait pas, en effet, un système philosophique, au sens traditionnel du terme, ni même un merveilleux palais de la vérité, à l'intérieur duquel siégerait une réalité figée et désincarnée. Bien au contraire, la phénoménologie, par son style et sa démarche descriptifs, lui semblerait se délayer en analyses minutieuses, laissant ainsi s'évanouir son unité. Cela ne veut pas dire, évidemment, qu'elle manquerait de cohérence ; mais la rigueur de Husserl, sa volonté de se confronter aux choses mêmes, à ce qui est donné en personne, le conduisent à un travail permanent de réécriture, suggérant une phénoménologie à l'état inachevé et au ton programmatique comme si, en fin de compte, elle n'était qu'un préambule. Husserl ne dit pas autre chose quand il explique que :

Ces convictions de l'auteur se sont raffermies toujours davantage au cours de l'élaboration de son oeuvre devant l'évidence de résultats s'édifiant graduellement les uns sur les autres. S'il a du pratiquement ramener l'idéal de ses aspirations philosophiques à celui d'être un vrai commençant, il est, au moins en ce qui le concerne, parvenu dans son âge mur à la pleine certitude d'avoir droit au nom de véritable commençant. Si l'âge de Mathusalem lui était accordé, il oserait presque espérer devenir encore un philosophe […] L'auteur voit s'étendre devant lui l'immense territoire de la vraie philosophie, la « terre promise » que lui-même de son vivant ne verra pas cultivé.

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23 octobre 2004

L'intentionnalité

Pierre Jacob vient de publier L'intentionnalité aux Éditions Odile Jacob, prolongement de son article Intentionality écrit pour la fabuleuse Encyclopédie philosophique de l'université de Stanford :

Qu'est-ce que penser ? Qu'est-ce que la pensée ? À quelles conditions un être est-il conscient ? Une douleur, une expérience olfactive, une perception visuelle, une intention, une croyance et un remords ont-ils une nature mentale commune ? Si oui, la science peut-elle la découvrir ?

Le concept de l'intentionnalité est un outil qui peut nous permettre de répondre à ces questions. On peut dire que toute la philosophie de l'esprit discute encore de ce passage de Brentano, publié en 1874 :

Tout phénomène psychique est caractérisée par ce que les scolastiques du Moyen Âge ont appelé l'inexistence intentionnelle (ou encore mentale) d'un objet, et ce que nous pourrions appeler, bien qu'avec des expressions quelque peu équivoques, la relation à un contenu, l'orientation vers un objet (par quoi il ne faut pas entendre une réalité) ou l'objectivité immanente. Tout phénomène psychique contient en lui-même quelque chose comme objet bien que chacun le contient à sa façon.

On connaît cette thèse en France sous la forme d'un slogan que l'on trouve dans n'importe quel manuel des classes Terminales, à la rubrique « La conscience » : toute conscience est conscience de quelque chose. Plus précisément, la thèse de Brentano peut se formuler de la façon suivante : tous les phénomènes mentaux possèdent l'intentionnalité. On voit tout de suite le double problème qui découle d'une telle thèse : la distinction entre l'acte et l'objet intentionnel et le fait que d'autres phénomènes puissent posséder eux aussi cette caractéristique. Le livre de Jacob est une approche non continentale de cette question. J'y reviendrai.

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