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21 novembre 2004

IVG : Le constat d'un échec collectif

Alors que l'on va bientôt fêter les 30 ans du vote de la loi française concernant l'interruption volontaire de grossesse, un Projet de loi relatif à l'interruption volontaire de grossesse et à la contraception de 2001 dressait un bilan effarant de la situation :

  1. le nombre d'IVG n'a pas significativement diminué depuis 1976 ;
  2. la France ne s'est pas dotée d'une véritable politique d'information sur la sexualité et la contraception ;
  3. la France ne s'est pas davantage donnée les moyens d'appliquer correctement la loi Veil.

C'est bien entenu la défaillance d'une politique d'information sur la sexualité qui est le point central ici :

Le nombre et la proportion de femmes qui recourent à l'IVG dans notre pays sont supérieurs à ceux d'autres pays d'Europe (nombre estimé à plus de 200 000 par an, dont 170 000 déclarés, soit près d'une grossesse sur cinq), ce qui est inacceptable et blesse tant l'esprit que la lettre de la loi de 1975. Une politique de santé publique responsable ne saurait donc s'exonérer à bon compte de la question posée par la détresse vécue par des milliers de femmes chaque année. Ce n'est pas en érigeant des interdictions temporelles ou des barrières légales que la question sera résolue, mais plutôt en faisant tout pour faciliter, dans un cadre éducatif institutionnel ou associatif, l'accès à la connaissance de la vie affective et sexuelle, du sens de la relation, de la maternité et de la paternité. C'est sur cette base que devrait être dispensée l'information sur la contraception pré et post-rapport sexuel et sur les risques psychologiques et organiques d'une IVG.

Et ce morceau de choix pour finir :

Le Gouvernement n'a pas essayé d'analyser les raisons pour lesquelles un certain nombre de femmes sont contraintes de partir à l'étranger. Il répugne à formuler une analyse qui conclurait à la carence des politiques publiques.

7 novembre 2004

À demain le bon sexe

Notes sur l'introduction de La volonté de savoir de Michel Foucault, premier tome de Histoire de la sexualité (réponse faite à une question posée sur fr.sci.philo).

Dans l'introduction intitulée « Nous autres, victoriens », Foucault part d'un constat, celui d'une répression de la sexualité : à une certaine franchise des pratiques sexuelles au XVIIème siècle succède un rapide crépuscule au XIXème

jusqu'aux nuits monotones de la bourgeoisie victorienne. La sexualité est alors soigneusement renfermée. Elle emménage. La famille conjugale la confisque. Et l'absorbe toute entière dans le sérieux de la fonction de reproduire. Autour du sexe, on se tait. Le couple, légitime et créateur, fait la loi. Il s'impose comme modèle, fait valoir la norme, détient la vérité, garde le droit de parler en se réservant le principe du secret. Dans l'espace social, comme au c½ur de chaque maison, un seul lieu de sexualité reconnu, mais utilitaire et fécond : la chambre des parents.

Foucault, La volonté de savoir, 10

La seconde partie du livre — comme son titre l'indique — est consacrée à l'analyse de ce constat, cette « hypothèse répressive ». Cette répression à l'époque puritaine prend trois formes :

  • l'interdiction (la condamnation à disparaître),
  • l'inexistence,
  • le mutisme (l'injonction au silence).

Mais elle est toutefois forcée de faire de la place aux sexualités illégitimes (c'est-à-dire en dehors de la chambre des parents) :

La maison close et la maison de santé seront ces lieux de tolérance : la prostituée, le client et le souteneur, le psychiatre et son hystérique semblent avoir subrepticement fait passer le plaisir qui ne se dit pas dans l'odre des choses qui se comptent ; les mots, les gestes, autorisés alors en sourdine, s'y échangent au prix fort. Là seulement le sexe sauvage aurait droit à des formes de réel, mais bien insularisées, et à des types de discours clandestins, circonscrits, codés.

Foucault, La volonté de savoir, 10

Selon Foucault, on pose cette hypothèse de la répression de la sexualité pour deux motifs. Le premier est un motif économique, il est lié à l'apparition du capitalisme :

Si le sexe est réprimé avec tant de rigueur, c'est qu'il incompatible avec une mise au travail générale et intensive ; à l'époque où on exploite systématiquement la force de travail, pouvait-on tolérer qu'elle aille s'égailler dans les plaisirs, sauf dans ceux, réduits au minimum, qui lui permettent de se reproduire ?

Foucault, La volonté de savoir, 12

Le second est politique, il est lié à la transgression :

Si le sexe est réprimé, c'est-à-dire voué à la prohibition, à l'inexistence et au mutisme, le seul fait d'en parler, et de parler de sa répression, a comme une allure de transgression délibérée.

Foucault, La volonté de savoir, 13

Contre une telle hypothèse, Foucault va soulever trois doutes (page 18) :

  • la répression de la sexualité est-elle une évidence historique ?
  • la mécanique du pouvoir est-elle bien pour l'essentiel de l'ordre de la répression ?
  • le discours critique qui s'adresse à la répression vient-il croiser pour lui barrer la route un mécanisme de pouvoir qui avait fonctionné jusque-là sans contestation ou bien ne fait-il pas partie du même réseau historique que ce qu'il dénonce en l'appelant « répression » ?

Et c'est à partir de ces doutes qu'il va examiner les rapports entre pouvoir, savoir et sexualité :

Le point important sera de savoir sous quelles formes, à travers quels canaux, en se glissant le long de quels discours le pouvoir parvient jusqu'aux conduites les plus ténues et les plus individuelles, quels chemins lui permettent d'atteindre les formes rares ou à peine perceptible du désir, comment il pénètre et contrôle le plaisir quotidien.

Foucault, La volonté de savoir, 20

La suite au prochain numéro.

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