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5 juillet 2006

Que savons-nous du temps ?

Une conférence passionnante d'Étienne Klein sur le temps.

Quelques notes en vrac :

  • Deux pièges à éviter :
    • la vue du philosophe : la question du temps a été résolu par X (avec X = votre philosophe favori)
    • la vue du physicien : la question du temps a été résolu par le fait que le temps est mathématisé
  • Quatre obstacles :
    1. il n'existe pas de définition du terme temps : nous ne sommes pas capable de le définir autrement que par des métaphores ou des tautologies ;
    2. la structure du langage détermine notre façon de penser le temps (exemple avec l'expression le temps qui passe) ;
    3. puisque le langage nous trompe, nous tentons de penser le temps à travers des métaphores ou des images, dont la plus célèbre est celle du fleuve ;
    4. confusion entre le temps et les phénomènes temporels : nous attribuons au temps les propriétés des phénomènes temporels.
  • Principe de causalité = tous les phénomènes sont l'effet d'une cause qui le précède
  • Ce qui revient à dire que si quelque chose a eu lieu, il sera éternellement vrai qu'il a eu lieu.
  • Nous ne pouvons pas modifier le passé = interdiction des voyage dans le temps.
  • Si le temps a 1 dimension alors :
    • temps cyclique : celui-ci n'est pas un vrai temps car il ne fait pas la distinction entre passé et avenir.
    • temps linéaire
  • L'impossibilité de l'éternel retour
    • soit je me rappelle qu'il s'agit d'un nouveau cycle que j'ai déjà vécu et dans ce cas là, je ne suis pas dans la même situation ;
    • soit je ne m'en rapelle pas et dans ce cas là, je ne sais pas qu'il s'agit d'un nouveau cycle.
  • Avec Einstein, le principe de causalité s'exprime sous la forme d'une interdiction : une particule ne peut aller plus vite que c.
  • Paul Dirac
  • Les quatre réponses possibles des physiciens à la question :
    1. le cours du temps est une illusion (Marc Lachièze-Rey)
    2. le cours du temps est un produit de notre subjectivité (Thibaud Damour)
    3. l'univers-bloc est un schéma insuffisant : l'espace-temps est dynamique
    4. on ne sait pas et on s'en fout.
  • Est-ce que l'avenir existe déjà dans le futur ?
    • Les partisans de l'univers-blocs répondent que oui (d'où la possibilité de voyager dans le futur)
    • Les présentistes répondent non.
  • L'invariance CPT constitue l'expression la plus formalisée de la causalité.
  • Le problème d'Ozma

25 juin 2005

Colloque sur le temps

C'est ce week-end qu'a lieu le colloque Actualité et postérité des Leçons sur la Phénoménologie de la conscience du temps de Husserl :

Les Leçons sur le temps professées par Husserl en 1905 constituent un texte à part dans la tradition phénomonologique. D'abord parce que, du point de vue de Husserl lui-même, dans une phase d'élaboration active de la phénoménologie, ouverte avec les Recherches Logiques (1900/1901), elles représentent un point d'avancée extrême de la réflexion sur le concept fondamental de la phénoménologie : le concept d'intentionalité. Husserl touche en effet ici ce qui, selon lui, forme le soubassement de cette donnée première qu'est l'intentionalité, à savoir la structuration originairement temporelle de la conscience. Il y a là comme une forme de butée ultime du point de vue descriptif à ce à quoi une phénoménologie ne peut pas ne pas s'affronter.

Ces leçons sur le temps sont disponibles chez les éditeurs suivants :

(Information trouvée via Biblioteca Husserliana).

3 octobre 2003

Voyage dans le temps

Le voyage dans le temps, qu'il soit vers le passé ou vers le futur, présuppose que si l'on tente de modifier quelque chose, l'on aboutisse à certains paradoxes. Par exemple, si je remonte jusque l'âge de mes huit ans et que je me tue, je ne peux pas voyager dans le temps pour me tuer puisque que je suis mort à huit ans. Cela semble présuposer que l'on existe totalement au moment où l'on existe (il faudrait préciser le terme « exister »).

L'une des solutions pour sortir de ces paradoxes, c'est de considérer que nous n'existons pas complètement au moment où nous existons, c'est-à-dire que je posssède des propriétés temporelles, de la même façon que la propriété « être rouge » est instanciée (« existe ») dans plusieurs endroits à la fois.

1 octobre 2003

McTaggart et l'irréalité du temps (3)

La série A est contradictoire et le temps est irréel

Résumé des épisodes précédents : maintenant que McTaggart a montré que la série A est essentielle au temps, il va montrer que cette série est contradictoire.

Les termes de la série A sont des caractéristiques des événements, c'est-à-dire que nous disons des événements qu'ils sont passés, présents ou futurs. Une caractéristique peut être une relation ou une qualité, mais considérer les termes de la série A soit comme une relation entre des événements, soit comme des qualités entre des événements, n'empêche pas la série A d'être contradictoire.

Les caractéristiques sont des relations

Si les caractéristiques sont des relations, seul un des termes de la relation peut être un événement ou un moment, l'autre terme est quelque chose qui se situe en dehors de la série temporelle. En effet, les relations de la série A sont des relations changeantes tandis que les relations mutuelles des termes de la série temporelle, eux, ne changent pas. Si un événement a lieu un million d'années avant un autre événement, il le sera toujours.

Le passé, le présent et le futur sont des déterminations incompatibles. Chaque événement doit posséder l'une ou l'autre, mais jamais plus d'une. Pourtant, chaque événement les possède : si M est passé, il a été présent et futur. S'il est futur, il sera présent et passé. S'il est présent, il a été futur et sera passé. Il y a une contradiction à pouvoir prédiquer ces trois termes incompatibles pour chaque événement.

On peut lever facilement la contradiction : notre langage a des formes verbales pour le passé, le présent et le futur, mais aucune de ces formes n'est commune aux trois. Il n'est jamais vrai que M est présent, passé et futur : mais il est présent, sera passé, et a été futur ; ou bien il est passé, a été futur et présent ; ou encore, il est futur et il sera présent et passé. Les caractéristiques sont incompatibles lorsqu'elles sont simultanées. Il n'y a pas de contradiction ici.

Mais cette réponse est problématique, car on présuppose l'existence du temps pour expliquer la série A. Or, on a déjà vu que l'on ne pouvait expliquer le temps sans la série A. Il y a donc un cercle vicieux : cela reviendrait à dire que l'événement est présent dans le présent, futur dans le passé et passé dans le futur.

Autre manière d'exhiber le problème. Si nous voulons éviter l'incompatiblité des trois caractéristiques en assertant que M est présent, a été futur et sera passé, nous construisons une seconde série A, sous laquelle la première série tombe, de la même manière que les événements tombe sous la première. Nous aurions à faire ici à une série infinie.

Les caractéristiques sont des qualités

Aurions-nous un meilleur résultat en considérant les caractéristiques comme des qualités ? Les événements possèderaient la qualité « futur », puis la qualité « présent » et enfin la qualité « passé ».

McTaggart est sceptique sur ce point. Si mon anticipation d'une expérience M, cette expérience elle-même et le souvenir de cette expérience sont bien trois états qui possèdent ces différentes qualités, cela ne veut pas dire que ce soient l'événement M futur, l'événement M présent et l'événement passé M qui possèdent ces qualités. Elles sont possédées par trois événements distincts : l'anticipation de M, l'expérience de M et le souvenir de M, chacun de ces événements est successivement futur, présents et passé. Soutenir la position suivant laquelle les changements de la série A sont des changements de qualités ne nous avancerais guère. Nous retombons dans le même problème que les relations.

Conclusion

L'application de la série A à la réalité implique une contradiction et la série A ne peut pas être prédiquée de la réalité.

Aussitôt que nous jugeons que quelque chose existe dans le temps, nous sommes dans l'erreur. Aussitôt que nous percevons quelque chose comme existant dans le temps — ce qui est la seule manière que nous avons de percevoir les choses —, nous percevons plus ou moins cette chose telle qu'elle n'est pas en réalité.

Objection : on rejette le temps parce qu'il ne peut pas être expliqué sans le présupposer. Mais cela ne prouve-t-il pas que le temps est, non pas invalide, mais ultime ? De la même manière que l'explication du bien ou du vrai passe, en partie, par l'emploi de ces termes dans la définition même, la notion n'est pas pour autant rejetée, mais elle reste d'une certaine manière indéfinissable.

Cela ne s'applique pas ici. Une idée peut être validement prédiquée de la réalité bien qu'elle n'admette pas d'explication valide. Mais elle ne peut l'être si son application à la réalité implique une contradiction. C'est pourtant le résultat auquel on aboutit dans le cas du temps.

Pourquoi, dès lors, croyons-nous que les événements doivent être distingués entre passés, présents et futurs ? Peut-être que cette distinction provient de différences intrinsèques dans nos propres expériences.

Ainsi, j'ai à tout moment certaine perceptions, j'ai également le souvenir de certaines autres perceptions et j'en anticipe d'autres encore. La perception immédiate est un état qualitativement différent du souvenir ou de l'anticipations de perceptions. C'est là-dessus qu'est basé la croyance qu'à chacune de mes perceptions s'attache une certaine caractéristique. Nous l'appliquons ensuite aux autres événements : tout ce qui est immédiat est présent, tout ce qui est remémoré est passé, tout ce qui est anticipé est futur.

Une perception immédiate est présente quand j'en fait l'expérience, c'est-à-dire qu'elles font partie de mon présent vécu. Les perceptions au-delà de ce présent sont souvenirs et anticipations.

L'événement M peut être simultané avec Q, la perception de X, et R, la perception de Y. À un moment donné, Q peut cesser d'être une partie du présent vécu de X. À ce moment, M sera donc passé. Mais au même moment, R peut continuer à être une partie du présent vécu de Y. Ainsi M sera présent au même moment qu'il est passé.

Or, c'est impossible : M doit être à tout moment présent ou passé, mais pas les deux à la fois. Ce qui est en jeu ici, c'est la distinction entre mon présent vécu et le présent objectif : le présent à travers lequel les événements passe réellement n'est pas simultané au présent vécu. Un événement peut ainsi être passé quand j'en ai une expérience au présent ou présent quand j'en ai une expérience au passé.

L'irréalité du temps n'est donc pas si paradoxale que cela :

Le présent vécu de nos observations — tel qu'il varie de vous à moi — ne peut correspondre au présent des événements observés. Par conséquent, le passé et le futur de nos observations ne sauraient correspondre au passé et au futur des événements observés. Que l'on retienne l'hypothèse de la réalité du temps ou son contraire, tout ce qui est observé l'est dans un présent vécu, mais rien, y compris les observations elles-mêmes, ne peut être dans un présent vécu.

(On pourra consulter la page du professeur Uchii pour le schéma du temps mctaggardien)

17 septembre 2003

McTaggart et l'irréalité du temps (2)

La série A est plus fondamentale que la série B

Prenons un événement : la mort de Barry White. Qu'est-ce qui a changé dans les caractéristiques de cet événement ? C'est une mort, c'est la mort de Barry White, elle a telle cause et tel effet. Toutes ces caractéristiques ne changent pas. L'événement en question est la mort de Barry White. À la fin des temps (s'il y en une), l'événement en question sera toujours la mort de Barry White. Quel que soient ces caractéristiques, cet événement est dépourvu de changement, sauf pour une, et une seule, de ces caractéristiques : il a commencé à être un événement futur, il est devenu progressivement un événement dans un futur proche, puis il a été présent, il est devenu ensuite passé et le sera toujours, bien qu'il devienne passé de plus en plus. McTaggart conclut que tout changement est un changement des caractéristiques transmises aux événements par leur présence dans la série A, que ces caractéristiques soient des qualités ou des relations.

Pourtant si ces caractéristiques sont des qualités, alors l'événement n'est plus le même, puisque qu'un événement dont les qualités seraient altérées ne serait plus complètement le même. Il en va de même si les caractéristiques sont des relations, puisque la relation R de X à Y implique l'existence dans X de la qualité « avoir la relation R à Y ». Nous sommes alors face à une alternative.

  1. Admettre que les événements changent réellement de nature en fonction de ces caractéristiques et d'elles seules.

    McTaggart n'y voit aucune difficulté : les déterminations de la série A auraient une position privilégiée sur les autres caractéristiques des événements. Plutôt que de dire qu'un événement passé ne change jamais, on pourrait dire qu'il ne change que sous un seul aspect, à savoir qu'à chaque moment, il s'éloigne du moment précédent.

  2. Si l'on pense comme McTaggart que le temps est irréel, admettre que le fait qu'un événement dans le temps change en fonction de sa position dans la série A n'implique pas que quelque chose change réellement.

Sans la série A, il n'y aurait pas de changement et par conséquent, la série B elle-même est insuffisante pour le temps, puisque le temps implique le changement. Mais la série B ne peut exister que de manière temporelle, puisque l'antériorité et la postériorité sont des déterminations temporelles. Il s'ensuit qu'il ne peut y avoir de série B sans série A, puisque s'il n'y a pas de série A, il n'y a pas de temps.

Une nouvelle série

McTaggart introduit une nouvelle série, la série C. Si nous enlèvons les déterminations de la série A du temps, il reste une série dont la combinaison avec les déterminations de série A constitue le temps. Cette série C n'est pas temporelle, car elle n'implique pas de changement mais seulement un ordre. Les événements sont ordonnés : s'ils suivent l'ordre M, N, O, P, ils ne suivent pas l'ordre M, O, N, P ni O, N, M, P. Le fait qu'ils aient un ordre n'implique pas de changement. C'est seulement lorsque le changement et le temps surviennent (série A) que les relations de la série C deviennent des relations de l'antériorité et de la postériorité (série B).

Le changement doit s'effectuer dans une certaine direction que la série C ne détermine pas, même si elle détermine un ordre. Si la série C est M, N, O, P, alors la série B n'a que deux possibilités : M, N, O, P (M est l'événement le plus antérieur et P le plus tardif) ou P, O, N, M (P est le plus antérieur et M le plus tardif). Rien dans la série C ou dans le fait du changement ne permet de choisir entre ces deux possibilités.

Prenons l'exemple de la série des entiers naturels pour illustrer cette distinction entre ordre et direction. Nous ne pouvons pas placer 17 entre 21 et 26. Mais nous maintenons la série si nous comptons de 17 à 26 en passant par 21 ou si nous comptons de 26 à 17 en passant par 21.

Une série non-temporelle comme la série C n'a donc pas de direction en elle-même : outre cette série et le fait du changement, il faut que ce changement se produise dans une direction. La combinaison de la série A et de la série C est suffisante pour nous donner le temps. Afin d'obtenir le changement, puis le changement dans une direction donnéee, il suffit qu'une position dans la série C soit présente, de telle sorte que les positions situées d'un côté aient été présentes, tandis que les positions situées de l'autre côté seront présentes.

Une double objection

Deux objections à la thèse selon laquelle si on enlève les propriétés de la série A, on détruit le temps.

  • Première objection

    Elle concerne les séries temporelles qui ne sont pas réellement existantes, mais qui sont faussement crues comme existantes ou qui sont imaginées comme existantes comme, par exemple, les aventures de Don Quichotte. Ces aventures ne forment pas une série A : je ne peux pas juger si elles sont passés, présentes, ou futures et je sais qu'elles ne sont aucunes de ces trois propriétés. Je peux dire que ce sont des propriétés de la série B : telle scène se passe avant telle autre, etc. Et comme la série B implique le temps, la série A n'est pas essentielle au temps.

  • Réponse à cette première objection

    Le temps n'appartient qu'à ce qui existe. Si une entité réelle est dans le temps, cela implique qu'elle existe (on présuppose ici que si quelque chose est dans le temps, ce quelque chose existe). Or, qu'est-ce qui est existant dans les aventures de Don Quichotte ? Rien. Toute l'histoire est imaginaire. Les actes de l'esprit de Cervantes quand il a inventé l'histoire, mes actes de pensées quand je pense à l'histoire, ceux-là existent. Mais ils forment une partie de la série A. L'invention de l'histoire est dans le passée. Mes pensées sont dans le passé, le présent et j'espère dans le futur. Un enfant pourrait croire que l'histoire de Don Quichotte est historique. Moi-même en la lisant, je pourrais m'imaginer qu'elle a réellement eu lieu. Dans ce cas, elle est crue ou imaginée dans la série A.

  • Seconde objection

    Il peut y avoir plusieurs séries temporelles indépendantes les unes des autres dans la réalité. Ces séries temporelles sont réelles tandis que les distinctions entre passé, présent et futur ont seulement une signification dans chaque série, mais n'ont pas de réalité ultime. Il pourrait ainsi y avoir plusieurs présents. Évidemment, plusieurs points du temps peuvent être présents (chaque point au sein d'une série temporelle est présent une fois), mais ils le deviennent successivement. Or, les présents des différentes séries temporelles ne sont pas successifs puisqu'ils ne sont pas dans la même série temporelle. À moins d'être successifs, plusieurs présents ne peuvent pas être réels. Aussi, les différentes séries temporelles, qui sont réelles, doivent être capables d'exister indépendamment de la distinction entre passé, présent et futur.

  • Réponse à la seconde objection

    Pour McTaggart, cette objection n'est pas valide, car, dans ce cas là, le présent ne serait pas le présent, ce serait seulement le présent d'un certain aspect de l'univers. De plus, la théorie de la pluralité des séries temporelles est une hypothèse : on n'a pas de raison de croire en son existence.

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