« La première, c’est que l’idée du "c’était mieux avant, tout était solide, maintenant on ne fait plus que des produits de mauvaise qualité qui s’usent vite" est tellement intemporelle qu’on se demande bien quel a été cet âge d’or durant lequel on faisait des produits durables. (à l’époque de ma grand-mère bien entendu : sauf qu’à son époque, elle disait aussi que les produits de sa grand-mère étaient plus solides). Il y a là un biais de perception, le "biais de survie" : vous avez peut-être déjà vu un frigo des années 50 en état de fonctionnement (j’en connais un, pour ma part) ; vous n’avez certainement jamais vu les dizaines de milliers de frigos des années 50 qui sont tombés en panne et ont terminé à la décharge. Nous avons par ailleurs tendance à idéaliser le passé : je suis par exemple toujours très étonné par les fanatiques qui me racontent, des trémolos dans la voix, à quel point la 2CV Citroen était une voiture "increvable". Dans celle de mes parents, il fallait changer les plaquettes de frein tous les 10 000 km, le pot d’échappement tous les 20 000, et elle était tellement attaquée par la corrosion (au bout de deux ans) que dès qu’il pleuvait, on avait le pantalon inondé par une eau noirâtre et gluante. Je préfère de très loin les voitures actuelles et leurs pannes d’électronique récurrentes.
Mais il n’y a pas que ces biais de survie et d’idéalisation du passé. Si les économistes sont sceptiques vis à vis de l’obsolescence programmée, c’est que cette stratégie apparemment subtile n’a en réalité aucun sens. Prenons un exemple utilisé dans le documentaire, celui des collants féminins qui filent très vite, au point qu’il faut les changer toutes les deux semaines. Si un collant coûte 4€ et dure deux semaines, à l’issue desquelles les clientes en rachètent un, elles montrent à l’entreprise qu’elles sont disposées à dépenser 104€ par an en collants. Or, fabriquer un collant très solide coûte peut-être un peu plus cher à l’entreprise, mais certainement pas autant que de fabriquer 26 collants vendus 104 euros. Elle pourrait donc réaliser un profit largement supérieur, en vendant par exemple un collant garanti un an (avec remplacement gratuit s’il se file entretemps, pour rassurer les clientes) pour une centaine d’euros. »
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10 mars 2011
Le mythe de l'obsolescence programmée
18 octobre 2010
La toxicité du travail en France
« Le fond du problème est donc ailleurs. Il réside dans ce qu’on peut appeler la toxicité du travail en France. On dispose désormais sur le sujet aussi bien de faits divers que d’analyses fouillées. Du côté des économistes, Philippe Askenazy posait dès 2004 le problème. Depuis, Thomas Philippon et Éric Maurin (qu’il est encore bien temps de lire et… de chroniquer !) ont apporté des contributions très éclairantes. On pourrait les résumer en disant que le travail est au centre des préoccupations des français, davantage que de celles des habitants de pays comparables. Nous considérons le travail comme une valeur importante et comme une activité particulièrement épanouissante par nature. Dans le même temps, l’organisation de nos entreprises et les relations sociales qui y prévalent, le fonctionnement du marché du travail et du système éducatif produisent une crainte du déclassement qui conduisent à nous accrocher à un emploi, même lorsque celui-ci est particulièrement insatisfaisant. De ce point de vue, la retraite est la libération ultime. La retarder de deux années est une rude perspective. »
13 juillet 2009
La religion de la « société de marché »
« L’hypothèse, dans le climat actuel, est donc on ne peut plus hardie, ce qui engage un minimum de prudence. Quelle foi donner à cette idée d’une « religion économique », religion du marché ou religion de l’économie ? Quelle en est la substance ? Comment l’inscrire dans le champ des sciences sociales de la religion ? Qu’est-ce que ceci signifie pour une critique de l’économie de marché et du « dogme de la croissance » ? Voilà des questions certes trop vastes, mais auxquelles je vais tenter d’apporter un brin de réponse. »
François Gauthier, La religion de la « société de marché », Revue du MAUSS permanente, 24 avril 2009.
18 mai 2009
Bossnapping
En octobre dernier, notre PDG allemand avait accepter de revenir sur le site de son usine en France à condition qu’aucune violence ne soit commise contre lui et son caniche DG, condition que le CE leur avait garanti. Dès son arrivée, nous avions commis un geste d’une violence et d’une audace inouïe.
11 mars 2008
Le dilemme du salarié
La direction d'une société propose à ses salariés un accord portant sur la suppression de ses jours de RTT en échange du maintien de leurs salaires actuels et de la garantie de ne pas licencier durant la durée de l'accord en cas de baisse de charge. Si les salariés n'acceptent pas l'accord, la société, actuellement confrontée à une baisse de charge, lancera un plan social.
Les prisonniers salariés doivent-ils accepter l'accord proposé par la société ?
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