Chapitre 9 : le Maître Jedi

Yoda revenait d’un pas pressé vers son chasseur. Il était préoccupé : sur Geddino, il avait trouvé les mêmes empreintes dans la Force que sur TionSee.
Il s’installait aux commandes quand sa console de communication bipa. Il enclencha l’holo intégré au tableau de bord depuis peu, et l’image du maître Jedi Maddeus Oran Lijeril, l’air aussi préoccupé que lui, apparut devant ses yeux.
– Yoda, mon ami, où en êtes-vous ?
– Hum…Geddino je m’apprête à quitter. Toujours bonne est la piste que je remonte. La Force va me guider pour retrouver la trace de ses deux mystérieux individus.
– Ne vous donnez pas cette peine. D’après un rapport que je viens de recevoir, ils ont quitté Icksimma il y a quelques heures.
– Non loin de Geddino se trouve Icksimma, observa Yoda.
– Oui, c’est la raison de mon appel. En fait, nous avons reçu hier une demande d’aide de la Jedi Durkiga Stilon. Nous aurions du recevoir son message il y a une semaine, mais des impondérables ont retardé sa réception.
– Envenimée était la situation politique quand nous l’avons envoyé là-bas, il y a un mois.
– En effet, et son message d’hier indiquait qu’elle devait face à une véritable guerre, désormais.
– Hum…sur-le-champ je vais m’y rendre, dans ce cas.
– Ce n’est pas tout. Je viens enfin d’avoir une communication directe avec le gouverneur d’Icksimma : il affirme que deux Jedi, un humain et un être reptilien, tous deux armés de sabrolasers d’un orange flamboyant, se sont portés à leur secours et ont mené la bataille qui a vu la victoire des Loyalistes. Mais sitôt après, il ont décollé à bord de leur navire, avec Durkiga, sans un mot.
– Très étrange cela est, en effet. De visu je vais m’assurer de ce qui s’est passé. Et ajouter à mon enquête le sort de Durkiga Stilon je vais.
– Puissiez-vous retrouver mon ancienne padawan, maître Yoda.
– Seul l’avenir nous le dira. Que la Force soit avec vous, maître Lijeril. Yoda, terminé.
– Qu’elle vous accompagne aussi, maître Yoda…ainsi que Durkiga, murmura-t-il dans le vide, Yoda ayant déjà coupé la communication.
Yoda ne perdit pas de temps. Tandis qu’il filait vers les étoiles, il eut le pressentiment qu’il devait se presser. La piste était de plus en plus chaude : il ne faisait aucun doute qu’il se rapprochait de son but. Il décida de ne pas faire confiance aux caps préétablis dans son astronavigateur et de le calculer lui-même.
Il irait au plus court, mais aussi au plus dangereux, en frôlant une supernova. Cela ne l’inquiéta pas une seconde : la Force était avec lui, elle lui indiquerait le chemin le plus rapide. Il comptait être sur Icksimma dès le lendemain. A ce rythme, il avait des chances de pouvoir intercepter ses cibles à leur escale suivante.


***

– Nous arrivons, murmura Kuun. Nal Hutta, le Glorieux Joyau, et sa lune, Nal Shaddaa, la lune des contrebandiers. Tu perçois ta famille, Tel’Ay ?
L’intéressé ne répondit pas. Il était assis à même le sol du poste de pilotage, en demi-lotus, les yeux clos. Plongé dans la Force, il lança des vrilles à travers elle, à la recherche des deux êtres les plus importants de son univers.
– Ils sont bien sur Nal Hutta, soupira-t-il, soulagé. Vas-y, on fonce !
– Impossible, vieux, rétorqua Kuun, penché sur la console de communications. Je reçois un message automatique disant que nous devons suivre un vecteur d’approche vers Nal Shaddaa. Apparemment, Nal Hutta est un territoire interdit. Si on n’obéit pas, tu peux être sûr qu’on va se retrouver avec une flotte au cul, et tu connais aussi bien que moi mes talents de pilote. On ne tiendrait pas une minute.
Tel’Ay ne répondit rien et lui lança un long regard assassin. Il finit par hocher la tête. Kuun marmonna un « désolé » et mit le cap sur la lune des contrebandiers.


***

Dès qu’il sortit de l’hyperespace, au large d’Icksimma, Yoda fut assailli par une sensation désagréable. Il prit contact avec les autorités et obtint aussitôt l’autorisation de se poser. Il rencontra un responsable local, qui ne lui apprit rien de plus que ce qu’il savait déjà. Tout s’éclaira pour lui quand il fut, sur son insistance, conduit au hangar où Durkiga était censée avoir embarquée avec les deux « Jedi ».
Sitôt entré, il sentit distinctement que le Côté Obscur avait œuvré là. Il s’immergea dans la Force intemporelle, à la recherche d’informations sur ce qui s’était passé. Il vit. Il vit Durkiga se faire massacrer à coups d’éclairs bleus jaillissant des doigts des deux êtres. Un humain, grand et roux, et un Skelor aux écailles blanchâtres. En voyant cette scène, les récits tenus par ses maîtres remontèrent à sa mémoire. Aucun doute n’était plus permis. Un mot, qu’il pensait appartenir au passé, jaillit dans son esprit et s’y imprima au fer rouge. Sith.
Il prit rapidement congé, après avoir informé son hôte du destin funeste de la Jedi Durkiga Stilon. Dès le début de cette mission, il savait qu’il finirait par rencontrer les deux êtres. Maintenant qu’il savait à qui il avait affaire, il n’avait plus une seconde à perdre : cette confrontation devait se faire le plus rapidement possible. Le terme de Sith avait toujours été synonyme de troubles à l’échelle galactique, par le passé. Au nom du bien commun, il devait éradiquer cette menace avant qu’elle ne se propage.
Yoda fit un bref rapport à l’Ordre, décolla et sonda la Force. Oui…la trace des deux Sith était très claire. Il remonta la piste jusqu’à la sentir disparaître, signe qu’ils étaient passés en hyperespace. Il étudia leur cap initial et le confronta à une carte du secteur. Tout laissait penser qu’ils se dirigeaient vers Nal Hutta.
En temps normal, il fallait quatre jours pour aller d’Icksimma à Nal Hutta. Grâce à la Force, il pourrait diviser cette durée par deux. Et comme il n’avait que quelques heures de retard sur eux, il serait largement dans les temps pour les accueillir.


***

Kuun et Tel’Ay atterrirent sur l’astroport de Nal Shaddaa. Il se composait de plusieurs tours effilées munies d’aires d’envol, structures métalliques circulaires. Quand un navire se posait, l’aire d’envol se rétractait à l’intérieur de la tour, dans un hangar.
Dès qu’ils eurent posé le pied à l’extérieur de leur vaisseau, ils furent accueillis par un petit contingent de gardes dépareillés, qui leur extorqua une taxe d’amarrage qui s’apparentait à une extorsion de fonds. Ils payèrent. Tel’Ay voulait se la jouer profil bas, le temps de savoir comment ils iraient sur Nal Hutta.
Ils empruntèrent un vaste ascenseur, qui les amena en bas de la tour. Celle-ci, construite sur une large plate-forme de duracier, surplombait le sol de quelques centaines de mètres, et le niveau sur lequel elle se trouvait était largement urbanisé. Ce n’était pas pour rien que certains surnommaient Nal Shaddaa la « petite Coruscant ».
Ils observèrent leur environnement. Les gratte-ciels semblaient engagés dans une course entre eux, dans une logique de démesure. Les sommets des plus hauts étaient cachés par une épaisse couche nuageuse. De larges avenues se dessinaient et se croisaient, sans la moindre courbe pour adoucir la rigueur du tracé urbain. Le gris métallisé semblait être la couleur de rigueur partout où leurs yeux se posèrent. La circulation était très dense, évoquant une infatigable fourmilière.
Ce fut Tel’Ay qui remarqua la créature le premier. Elle se tenait de l’autre côté de l’avenue, minuscule silhouette encapuchonnée dans une robe de bure qui lui fit instantanément penser à un Jedi. Il tenta de la sonder, mais ne perçut qu’une vague présence fuyante. L’être se cachait dans la Force. S’il en était capable, c’était qu’il la maîtrisait.

Yoda avait longuement réfléchi à cet affrontement. Ici, en plein espace Hutt, il n’avait théoriquement aucune autorité légitime pour traquer des criminels. Le simple fait qu’il soit reconnu risquait de déclencher une vive polémique, voire une crise diplomatique, entre les clans Hutts et la République. Et cela ne pouvait manquer de se produire : ses cinq cent années passées au service de l’Ordre avaient fait de lui le plus connu des Jedi.
Il avait vite balayé ces arguties diplomatiques et politiques : lutter contre les Sith était plus important que tout, sans aucune hésitation. La survie de la République était mise en balance, ainsi que le bien-être de tous les êtres pensants de la galaxie. Le reste n’était que futilités et querelles d’enfants.

Kuun repéra à son tour la créature. Lui et Tel’Ay restèrent figés, les yeux plantés sur elle. Une sensation étrange leur parcourut le corps…le calme avant la tempête, peut-être. Entre eux et la créature, l’avenue était bondée de landspeeders passant à pleine vitesse. Quand Yoda releva sa capuche, comme pour présenter ses traits à ses ennemis, les deux Sith surent aussitôt à qui ils avaient affaire.
Depuis bien des décennies, les exploits de ce Jedi quasi légendaire s’affichaient régulièrement à la une de tous les médias. Pour certains, il n’était rien moins que la personnification de l’Ordre Jedi : il ne fallait surtout pas se fier à ses soixante-six centimètres. Son visage lisse et ferme était empreint d’un mélange déroutant de détermination et de sérénité. Ses longs cheveux noirs peignés en arrière voletaient jusqu’à ses épaules. Ses yeux perçants brillaient de compassion et de force.
Pour Tel’Ay et Kuun, il représentait la mort. Ils avaient échoué. A partir du moment où l’Ordre Jedi était au courant de leur existence, il était évident qu’il mettrait tout en œuvre pour éradiquer la Confrérie Tanietienne. Ils avaient trahi la confiance de leur maître et de leurs condisciples.
Les Sith le virent empoigner lentement son sabrolaser, sans les quitter des yeux. Il activa la lame et sauta sur l’avenue.

Ils crurent qu’il allait se faire emporter par le flot furieux des landspeeders, et déchantèrent trois secondes plus tard. Presque trop vite pour que l’œil le suive, il bondit de landspeeder en landspeeder, et son dernier saut le précipita sur eux, sabrolaser prêt à frapper.
Oubliant tous leurs préceptes de prudence et de discrétion, ils obéirent tous deux au même réflexe et foudroyèrent Yoda d’éclairs de Force. Son sabrolaser en intercepta quelques-uns mais le gros de l’attaque l’atteignit. Il fut violemment projeté en arrière, vers le ballet mortel de la folle circulation routière.
Si Tel’Ay et Kuun crurent un instant qu’il allait y disparaître, ils en furent pour leurs frais. Il stoppa très vite son envol et atterrit doucement sur le sol, les pieds fermement ancrés au sol et les deux mains posées sur la poignée de son sabre vert.
Kuun se fendit de nouveaux éclairs, en s’ouvrant avec une rare intensité au Côté Obscur de la Force. Parfaitement prêt à les accueillir, cette fois-ci, le maître Jedi les dévia avec précision vers le ciel, à l’aide de mouvements si gracieux qu’il en parut nonchalant.
Tel’Ay attaqua à son tour : il projeta de la Force à l’état brut, tel un coup de marteau invisible. Cette fois, Yoda fut décollé du sol, percuta violemment la carrosserie d’un landspeeder et tomba à terre, face contre terre.
– Par la Force ! En voilà un qui est à la hauteur de sa réputation ! fit Kuun en haletant. Il a bien failli nous vaincre !
– Oui, il est….non, c’est impossible ! s’exclama Tel’Ay.
Devant leurs yeux incrédules, Yoda se releva, apparemment indemne.



– Cours ! cria Tel’Ay à Kuun en tournant les talons.
Kuun lui emboîta machinalement le pas. Il crut d’abord que Tel’Ay cédait à la panique, mais une sonde mentale discrète lui apprit que son compagnon avait un plan.
D’abord, Kuun crut que Tel’Ay voulait atteindre la tour de l’astroport, mais il en fit le tour. Jetant un coup d’œil derrière lui, le Corellien vit que le Jedi s’était lancé à leur poursuite…et se rapprochait, grâce à une vieille technique Jedi qui permettait de s’affranchir des limites physiques habituelles. Technique très gourmande en énergie, certes, mais efficace sur le court terme.
Quand Tel’Ay arriva au bord du niveau sur lequel ils se trouvaient, il ne ralentit pas et sauta dans le vide, vers les strates inférieures de la cité. Kuun pesta intérieurement contre la folie du Skelor mais franchit le parapet à sa suite.
Il s’ouvrit à la Force tout en regardant en bas, et vit qu’ils tombaient vers un couloir de circulation aérien réservé aux vaisseaux de grand tonnage. Ces mastodontes se mouvaient lentement. Il eut juste de temps d’en conclure que ce type de vaisseaux devait avoir son propre astroport à un niveau inférieur de la cité, avant d’aviser Tel’Ay qui incurvait légèrement sa trajectoire, tout en la freinant. Ils posèrent le pied sur un navire d’une centaine de mètres de long, aux formes arrondies, peut-être calamarien.
Tel’Ay reprit aussitôt sa course et Kuun entreprit de refaire son retard sur lui, quand il entendit le vrombissement caractéristique d’un sabrolaser dans son dos. Proche…trop proche. Il se retourna en empoignant son propre sabre…pour voir le petit sabre vert de Yoda voler vers lui à une vitesse impressionnante. Kuun fit un roulé-boulé pour l’éviter, mais trop tard. Le sabrolaser lui entailla le front dans toute sa largeur et le Sith poussa un grognement, plus de surprise que de douleur : la blessure était superficielle. Une odeur d’ozone et de chair grillée agressa ses narines.
Il se remit sur pied juste à temps pour faire face au Jedi, qui avait déjà récupéré son sabre. Leurs sabrolasers se heurtèrent avec violence et dans un grésillement suraigu. Aucun des deux adversaires ne semblait prêt à céder le moindre pouce de terrain, leurs pieds semblaient ancrés à la coque du croiseur.
Kuun s’aperçut vite que le maître Jedi était plus vif que lui, aussi mit-il toute sa force dans leurs premiers échanges de coups. Il dut vire déchanter : Yoda para toutes les attaques avec une force au moins égale à la sienne. Au contraire, ses propres bras se firent très vite lourds et tremblants. Une sueur froide l’envahit : il n’avait aucune chance face à un tel monstre !
Ils croisèrent le fer une dernière fois, et Yoda, d’un mouvement presque désinvolte, enroula sa lame autour de celle de Kuun. Celui-ci vit son sabrolaser voler dans les airs, et n’eut pas le temps de se remettre de la surprise d’être aussi facilement désarmé. Le maître Jedi bondit et lui asséna un coup violent à la tempe avec la garde de son arme. Le mouvement fut trop rapide pour que le Sith puisse le suivre des yeux. Il ne put rien faire pour l’esquiver. Il sombra dans l’inconscience avant même de chuter lourdement au « sol ».

Yoda posait à peine le pied sur la coque du vaisseau que des éclairs de Force s’abattirent sur lui, menaçant de déchiqueter son corps. Mais il n’était pas un maître Jedi pour rien. Tout en affrontant Kuun, il avait pris soin de laisser ses perceptions en éveil, sachant que le Corellien n’était pas le seul danger. Il fit rapidement fi de l’atroce douleur qui lui taraudait le corps et érigea un bouclier de Force autour de lui, afin d’atténuer les dégâts.
Il se retourna vers le Skelor, visiblement revenu pour sauver son compagnon. Une langue de feu bleue, plus précise que les autres, le priva de son sabrolaser, et il n’eut dès lors que ses mains pour se défendre. Il fit passer la Force dedans, instinctivement, et s’aperçut que les attaques du Sith rebondissaient dessus. La douleur était toujours là, mais à un niveau plus acceptable. Restait juste à savoir qui serait le plus endurant. Ce fut Tel’Ay qui baissa pavillon le premier.
Ils restèrent se dévisager de longues secondes, pendant lesquelles le sabrolaser de Yoda vint prendre place dans sa main tendue. Yoda ne sentit que de la détermination chez le Skelor. Pas une once de peur. Le Sith prit la parole.
– Pourquoi ne l’as-tu pas tué ?
– Un problème à court terme votre mort résoudrait. Mais les implications je dois appréhender, pour être certain qu’éradiquée soit la menace que vous représentez. Et pour cela, vivants toi et ton compagnon devez être quand je vous ramènerais au Temple Jedi.
– Je suis désolé pour toi, mais une telle option n’est pas envisageable. Kuun et moi mourrons plutôt que d’être capturés par un Jedi.
– Si tel est votre destin…
– Tu es impressionnant, Yoda. Je te connaissais par ouï-dire, mais n’imaginais pas que la réalité reflétait si fidèlement la légende. Il est clair que tu es plus fort que je ne le serais jamais, je serais fou de ne pas le voir.
– Quand cinq cent ans tu auras comme moi, au sommet de ta forme tu seras. Et si plus fort que toi je suis, l’issue de ce combat tu connais déjà. Pourquoi ne pas te rendre ?
– Parce que je ne peux pas me le permettre. J’ai une mission et je l’accomplirais, ou mourrais en tentant de la mener à bien. C’est ainsi et ni toi ni moi n’y pouvons rien. T’affronter fut un honneur, conclut Tel’Ay avant de se remettre en garde, sabrolaser allumé.
Yoda était perplexe, bien que serein quand à l’issue du combat. Ses adversaires ne ressemblaient guère à l’image des anciens Sith, telle qu’elle lui avait été décrite par ses professeurs. Ces deux-là utilisaient le Côté Obscur de la Force, pas le moindre doute là-dessus, mais sans y ajouter les émotions exacerbées et négatives qui allaient traditionnellement de pair avec. Il ne comprenait pas leurs buts et méthodes, et cela constituait une raison importante pour les livrer vivants au Temple Jedi.

Tel’Ay passa à l’attaque sans fioritures, frappant fort et juste, et utilisa toute l’étendue de sa vaste technique du combat au sabrolaser. Il le fit sans illusions. Il allait certainement perdre. Mais il allait jouer sa chance à fond, se donner toutes les chances de gagner, afin de n’avoir aucun remords, même en cas d’échec. Perdre contre plus fort que soi n’était pas une honte, au contraire : c’était le meilleur moyen de connaître ses limites. Et seuls ceux qui les connaissaient pouvaient espérer les dépasser.
Yoda para les trois premières attaques, avant de changer de tactique. Se déplaçant à une vitesse surnaturelle, il passa sous la garde de Tel’Ay et posa une main sur le ventre du Skelor. Il lança une décharge de Force qui désorganisa tout le corps de Tel’Ay. Celui-ci lâcha son sabrolaser et se mit à trembler de tous ses membres. Ses jambes refusèrent de le porter plus longtemps et il s’écroula, conscient mais paralysé.

Yoda éteignit son sabrolaser, soulagé : tout s’était bien passé, en fin de compte. Il n’avait plus qu’à placer ses deux adversaires – il avait du mal à penser à eux en terme d’ennemis – en transe Jedi pour être tranquille jusqu’à l’arrivée sur Coruscant. Ne lui restait plus qu’à résoudre le problème de les y emmener, souci ridicule au regard de ce qu’il avait fait jusque-là.
C’est à ce moment que d’étranges sensations l’envahirent, surgissant de nulle part : émanations de la Force, sans équivoque. Rédemption, souffrances et mort. Cette triptyque planait au-dessus des deux Sith, il la voyait presque. C’était comme un aperçu de leur destin, s’il les laissait continuer leur propre route.
En tant que Jedi, il servait le bien commun et défendait la paix. A ce titre, son devoir était clair, il devait ramener ces Sith sur Coruscant. Mais si la Force elle-même lui montrait un autre chemin pour eux, avait-il le droit de l’ignorer ?
Ce qui fit pencher la balance fut que Yoda perçut, d’une manière confuse mais certaine, que les deux autres ne représentaient pas un danger pour la galaxie. L’un est d’ores et déjà mort et l’autre errera longtemps dans les brumes de l’incertitude, se surprit-il à penser. Leur destin n’est pas de me suivre…
Comme allait-il pouvoir expliquer l’inexplicable à ses pairs Jedi ? Il l’ignorait. Interprétait-il correctement ce qu’il ressentait ? De cela, il était plus sûr, même si un des problèmes primordiaux, avec la Force, était d’interpréter justement ce qu’elle montrait parfois.
Sa décision prise, il soupira longuement. Il avait réussi, et échoué dans le même temps. Après un dernier regard pour ses victimes, il tourna les talons. Il devait retourner au Temple : de longues méditations l’attendaient pour comprendre ce qui s’était passé ce jour.