chapitre 10 : les retrouvailles

Une fois paralysé, Tel’Ay s’était attendu à ce que le maître Jedi s’empare de Kuun et de lui-même, comme il l’avait annoncé. Mais non…il avait ressenti un trouble dans la Force, et Yoda était resté un long moment immobile, comme en méditation.
Tel’Ay avait été stupéfait de le voir s’en aller après leur avoir lancé un dernier regard, dans lequel se disputaient du regret, de l’incertitude…de la compassion envers des condamnés, aussi, lui avait-il semblé. Cette dernière sensation avait glacé le Skelor, car il ne voyait pas comment leur situation aurait pu être pire que de tomber entre les mains des Jedi.
Kuun revint à la conscience au moment où Tel’Ay s’aperçut qu’il pouvait à nouveau peu à peu se mouvoir. Le Corellien passa sa main sur son front, désormais barré d’une cicatrice qui courait horizontalement dessus. Deux centimètres plus profond…commença-t-il à penser. Il abandonna ces réflexions et vint aider Tel’Ay à se remettre debout.
Le Jedi n’était visible nulle part et Kuun sentait qu’il était en vie. Tel’Ay avait du réussir à s’en débarrasser d’une manière ou d’une autre. En attendant de faire le point avec son camarade, il décida de le ramener à leur vaisseau.

Quelques heures de repos et un long débat plus tard, ils n’avaient toujours pas de réponse à leur question. Qu’était devenu ce maudit Jedi ? Ils avaient unis leurs forces afin de détecter sa présence, mais cela n’avait rien donné.
La seule certitude était que Maal Gami serait pour le moins furieux, car à cause d’eux, le secret de l’existence de la Confrérie était désormais éventé, après six cent ans de vie dans l’ombre. Ils devraient être très prudents à l’avenir, et accomplir le plus rapidement possible leurs missions. Ensuite, ils retourneraient auprès de leur maître et subiraient le châtiment qu’il ne manquerait pas de leur infliger pour leur imprudence. Il était même probable qu’il les élimine pour cette faute impardonnable. Ils n’avaient pas peur pour eux-mêmes, mais pour la pérennité de la Confrérie. Leur propre sort importait peu tant qu’elle survivait.

Une chose après l’autre. Leur priorité à court terme était de sauver Dibidel et Ro’Lay, la famille de Tel’Ay. Pour cela, ils devaient se rendre sur Nal Hutta.
Ils mirent rapidement un plan d’action au point, et passèrent à son exécution. Le Togorien qu’ils avaient interrogé sur TionSee avait affirmé que Arbella la Hutt avait gardé à son usage personnel les non-Rodiens de la colonie de Velinia III. Il leur fallait donc trouver où se trouvait son palais, sur Nal Hutta, et trouver un moyen de s’y rendre.
Tout astroport qui se respectait possédait sa cantina, point de rendez-vous des pilotes, contrebandiers et convoyeurs en tous genres. Il fallait qu’ils mettent la main sur un pilote chargé d’acheminer de la marchandise au palais d’Arbella.
Mais quoi qu’ils fassent, cette fois-ci, ils devraient le faire le plus discrètement du monde. Ils s’étaient déjà trop dévoilés et devaient rectifier le tir de toute urgence.

La suite fut aisée. Ils se postèrent en embuscade à la sortie de l’astroport et suivirent les premiers pilotes dépenaillés qui en sortirent. Kuun était toujours amusé de constater que les contrebandiers avaient tous le même look un peu débraillé. Ils véhiculaient une image qui tenait du cliché, et son amusement redoubla quand leur filature les conduisit à une cantina minable surmontée d’une enseigne crasseuse dont seul le pourtour était illuminé.
L’endroit était calme. Une odeur aussi nauséabonde qu’indéfinissable flottait dans l’air, saturé de volutes de fumée. Au comptoir, un humain de grande taille amusait la galerie en racontant ses improbables exploits, entouré par quelques admirateurs. Dans un coin sombre était attablé un Rodien, seul. Sur un signe de Tel’Ay, ils allèrent jusqu’à sa table, où le Skelor s’assit sans cérémonie. Kuun resta debout derrière lui.
– Bien le bonjour, l’ami, dit Tel’Ay en rodien, après avoir pris soin de propager des ondes amicales dans la Force.
– Qu’est-ce que vous voulez ?
– Nous cherchons un pilote susceptible de nous conduire au palais d’Arbella la Hutt.
– Cette vieille chouette ? ricana-t-il. Mauvaise idée !
– Et pourquoi donc ?
– Parce que cette limace a la folie des grandeurs. Elle essaie par tous les moyens de développer son empire criminel, et du coup elle a attiré l’attention d’Aruk.
– Aruk Besadii Aora…c’est le chef du clan Besadii, non ?
– Ouais, lui-même. Autant dire que face au plus puissant des Hutts, sa carrière risque fort de tourner court.
– J’en prends bonne note, dit Tel’Ay. Seriez-vous en mesure de nous conduire à elle ?
– Ça dépend pour quelle raison…et pour combien ?
– La raison ne vous regarde pas. Pour la somme, disons…cinq mille.
– Cinq mille ! Juste pour vous conduire là-bas ?
– Oui. Il est très important que…
– Ça me va, le coupa abruptement le Rodien, visiblement inquiet à l’idée que Tel’Ay ne change d’avis. Jouer au taxi lui déplaisait souverainement, mais vu la somme, il ferait une croix sur son amour-propre de pilote émérite.
– On part quand ? reprit-il, l’œil brillant de convoitise.
– Maintenant, si vous êtes prêt, répondit Tel’Ay.
– On est parti ! lança le Rodien en se levant précipitamment.
Tel’Ay sourit intérieurement. La manipulation des esprits faibles était tellement facile…

Le palais d’Arbella la Hutt correspondait en tous points au standard habituel des forteresses Hutt. Un bâtiment esthétiquement contestable, mais massif, car conçu pour résister à des attaques aériennes de faible envergure. Une vaste portion du palais était enterrée, à l’abri.
En bonne Hutt égocentrique nombriliste, Arbella disposait d’une vaste salle pour tenir Cour. Son vaste trône surélevé lui permettait de surplomber ses séides et inférieurs. Cette pièce longue et basse ne voyait jamais la lumière du jour, et était éclairée par d’antiques torches enflammées et de larges lustres garnis de bougies noires.
Un peu partout sur le sol gisaient des coussins crasseux, et de longues tables en bois rouges étaient collées aux murs en attendant de servir pour un banquet.
Nul tapis au sol, mais un grillage très résistant qui courait tout le long de la salle d’audience. Qui jetait un œil à travers pouvait voir les prisonniers d’Arbella, jetés là sans autre forme de procès.
Anciens adversaires, serviteurs déchus…ils gisaient tous dans les bas-fonds du palais, cinq mètres sous la salle. La Hutt adorait cette disposition du lieu, car tout traître potentiel voyait ce à quoi il s’exposait en cas de coup tordu…ou de saute d’humeur, plus prosaïquement.
Ces prisonniers n’étaient pas nourris. Ils étaient abandonnés là, tout simplement. Leur seule nourriture était les restes qui tombaient de la salle d’audience, à travers les mailles du grillage, lors des nombreux banquets donnés par Arbella. De temps à autre, lorsque l’odeur qui venait d’en bas devenait par trop nauséabonde, même pour une Hutt, la cellule géante était passée au jet d’eau, à haute pression. Et ceux « d’en haut » riaient à se faire mal aux côtes en voyant les prisonniers se jeter sur le sol pour lécher avidement les flaques d’eau.
D’une nature « facétieuse », Arbella poussait parfois le vice plus loin, en faisant asperger la prison non pas d’eau potable mais d’eau salée. Les grimaces et cris de dépit des prisonniers lui arrachaient alors de longues crises de rires, immanquablement partagées par sa Cour, qui n’en menait pourtant pas large. Servir Arbella pouvait rapporter gros, mais la décevoir était la promesse d’une mort lente et douloureuse, dans l’humiliation.

Rrrww était un vieux Togorien, autrefois membre important d’un clan de guerrier. Après de longues années au service d’Arbella, il était devenu l’intendant du palais. Poste de tout repos s’il en était, car peu nombreux étaient ceux qui auraient osé s’en prendre à la Hutt. Il avait néanmoins présent à l’esprit le fait qu’Aruk commençait à s’offusquer de l’importance grandissante d’Arbella, et de ce fait était encore plus aux aguets que d’habitude.
Quand un de ses subordonnés vint lui annoncer qu’un pilote rodien demandait à atterrir, pour « faire des affaires », il ne put s’empêcher d’être contrarié. Cette visite n’était pas prévue et il détestait les surprises. Une recherche rapide dans ses fichiers lui avait appris que le pilote en question, Derango, était un contrebandier sans grand talent, mais qui trafiquait de temps en temps pour le compte des Deraliik, le clan d’Arbella. Il donna donc son accord à l’atterrissage et alla lui-même à la rencontre de l’importun, escorté par une escouade de solides Gamorréens. Au cas où…

– Ils sont bien là, Kuun, je peux les sentir ! s’exclama Tel’Ay, exalté. Mon premier-né souffre de malnutrition, je sens son malaise, mais Dibidel…ah, ma Dibidel est fidèle à elle-même ! Fière et orgueilleuse, dans le sens le plus noble du terme ! Je perçois que sa situation est précaire, mais la force de sa volonté est intacte ! C’est une survivante, une force de la nature ! Elle m’a toujours tiré vers le haut, et ça va recommencer, enfin !
– Du calme, Tel’Ay, fit Kuun en coulant un regard méfiant vers son ami. N’oublie pas que nous avons une double mission à accomplir après avoir libéré les tiens. Les holocrons…
– Je ne l’oublie pas, mais je savoure à l’avance ces retrouvailles, si tu le permets.
– On ferait mieux de se mettre au boulot, maugréa Kuun.
Tel’Ay arbora un masque de calme et acquiesça d’un hochement de tête. Ils sortirent du petit salon du transporteur du Rodien et entrèrent dans le poste de pilotage. Derango tourna la tête vers eux et leur annonça :
– Tout va bien, nous venons d’atterrir. Rrrww, l’adjoint d’Arbella, va venir vous accueillir. Vue la somme que vous m’avez versé, je peux vous attendre, si vous voulez ? demanda-t-il avec espoir.
– Oui, tu vas nous attendre, fit Tel’Ay en posant la main sur l’épaule du Rodien.
Derango s’écroula aussitôt sur le poste de pilotage, inconscient.
– On y va en douceur, Tel’Ay ? demanda Kuun, impassible.
– Face à un Hutt ? Et puis quoi encore, tu veux lui offrir des fleurs ? Non, on massacre tout le monde, on libère ma famille et on s’en va.
– Ça me va, sourit le Corellien.
Rrrww commençait à s’impatienter, en bas de la rampe, quand celle-ci s’abaissa. Les quatre Gamorréens qui l’accompagnaient mirent l’entrée de la soute en joue, au cas où. Tel’Ay et Kuun sortirent, leurs traits dissimulés sous leur capuche.
Rrrww au milieu, deux Gamorréens à sa droite, les deux autres à sa gauche. Tel’Ay lança violemment la Force sur les deux gardes de gauche, qui allèrent s’écraser contre le mur derrière eux avant de tomber au sol, inanimés. Dans le même temps, Kuun faisait de même pour ceux de droite.
Les réflexes de Rrrww n’étaient plus aussi aiguisés qu’au temps de sa jeunesse, et la scène se passa trop vite. Avant qu’il ne puisse réagir, il se retrouva sous l’emprise mentale des deux Sith.
– Conduis-nous à Arbella sur-le-champ, dit Tel’Ay.
– Je vous conduis à Arbella sur-le-champ, répéta mécaniquement le Togorien.

L’ambiance était bien calme dans la salle d’audience d’Arbella. Ces derniers temps, elle avait tendance à agir sur beaucoup de fronts différents afin de faire prospérer ses affaires : esclavage, trafic des épices, racket, chantages. En conséquence, le palais était très peu peuplé, à l’exception des gardes Gamorréens omniprésents. La pléthore de chasseurs de primes qui rôdaient en temps normal dans le palais étaient presque tous en mission, occupés à affermir la position de leur employeur dans le secteur galactique.
Sur les talons de Rrww, Tel’Ay et Kuun remarquèrent trois chasseurs de primes en entrant dans la salle d’audience, dont un vautré à même le sol, et qui ronflait d’une manière impressionnante. Il avisèrent en outre une douzaine de gardes Gamorréens.
Dans la tête de Tel’Ay résonnait comme jamais la présence de Dibidel et Ro’Lay. Ils étaient tous proches. Il allait très bientôt pouvoir les serrer dans ses bras, nul doute là-dessus !

Rrrww fut le premier à mourir, transpercé par le sabrolaser de Tel’Ay. Le Skelor se fit un rempart de son corps pour protéger ses arrières et entreprit de renvoyer les traits de blaster que lui décochèrent certains des gardes. A chaque tir renvoyé, un Gamorréen tombait. Kuun, de son côté, s’était assez rapproché des deux chasseurs de primes pour les faucher par surprise d’un revers de lame.
Contrairement à ses prévisions, il n’eut pas le temps de s’occuper du troisième, qui cuvait à ses pieds, car les autres gardes ouvrirent le feu sur lui. Il para comme il put la pluie de traits de feu qui s’abattit sur lui, avant que Tel’Ay n’allie ses efforts aux siens en envoyant les cadavres des êtres déjà tombés sur leurs adversaires, par le biais de la Force.



Dès le début de l’attaque, Arbella s’était mise à crier des paroles indistinctes en huttese, mais personne n’avait eu le temps d’y prendre garde. Quand le dernier de ses séides s’écroula mort sur le grillage du sol, elle se tut.
Tel’Ay s’approcha d’elle, sabrolaser à la main : il ne lui en fallut pas plus pour savoir quel sort lui était réservé. Sa dernière action prit Tel’Ay complètement au dépourvu. Avec l’énergie du désespoir, elle se ramassa sur elle-même et se projeta dans les airs, droit sur le Skelor. Il ne put se dégager à temps, juste invoquer un bouclier de Force et pointer son sabrolaser vers la tonne et demi de Hutt qui s’écrasa sur lui. Elle s’y empala mais Tel’Ay disparut sous elle.
Kuun bondit à son tour et transperça la tête de la Hutt de la pointe de son sabre, en y mettant toutes ses forces. Sa lame s’y enfonça comme dans du beurre et la Hutt mourut, yeux ouverts et langue ballante.
Kuun se précipita au secours de son ami, en déplaçant lentement les replis de graisse de la Hutt via la Force. Tel’Ay faisant de même de son côté, le Skelor réussit bientôt à s’extirper de la masse inerte. Il avait le souffle coupé mais son bouclier de Force improvisé lui avait évité de subir une blessure sérieuse.
Dès qu’il fut debout, les jambes encore flageolantes, il fit sauter la porte grillagée qui le séparait de Dibidel et Ro’Lay et sauta sans plus de manières dans la prison. Kuun le suivit comme son ombre, sans un mot.

Ils restèrent se regarder longtemps. Des larmes de bonheur perlaient au coin des yeux de Tel’Ay, tandis qu’il contemplait Dibidel, sa fière compagne, qui tenait dans ses bras protecteurs Ro’Lay, leur premier-né.
Enfin, pensa le Sith.
Il s’avança vers eux, incertain. Une lueur de mauvaise augure, qu’il ne s’expliquait pas, brillait dans les yeux de sa compagne.
Deux pas de plus et Dibidel lui lança :
– N’avance plus !
– Qu’y a-t-il, mon ange ? fit Tel’Ay sans tenir compte de la demande.
– Ne t’approche pas de moi, traître ! siffla-t-elle.
– Mais que…que veux-tu dire ? souffla Tel’Ay, médusé.
Elle désigna le sabrolaser pendant à sa ceinture.
– Tu m’avais donné ta parole d’honneur que tu ne te servirais plus de cela.
– Oui, c’est vrai, je l’avoue, je me suis servi de la Force à nouveau, répliqua Tel’Ay, énervé de devoir s’expliquer alors qu’il venait la sauver. Mais si je ne l’avais pas fait, je ne t’aurais jamais retrouvé.
– Je me moque de tes excuses. Le compagnon que je m’étais choisie chérissait l’honneur, et tenait ses promesses. Je n’ai que faire d’une girouette.
– Es-tu donc devenue folle, femme ? s’emporta Tel’Ay. N’écoutes-tu pas ce que je te dis ? C’était le prix à payer pour que nous soyons réunis !
– Le prix ? Combien de cadavres as-tu laissé sur ta route pour pouvoir arriver ici, fit-elle d’un ton méprisant ? Je ne suis et ne serais jamais la compagne d’un tueur ! Puisque visiblement tu es redevenu un Sith, retourne donc auprès de ton maître répandre la mort et la terreur ! Mais tu n’approcheras plus jamais ni de moi ni de mon fils !
– C’est aussi mon fils, maudite femelle ! tonna Tel’Ay, hors de lui. J’ai fait ce que j’avais à faire ! Sans mes pouvoirs, je serais mort à l’heure qu’il est, et toi et Ro’Lay seriez toujours des esclaves.
– La fin ne justifie jamais les moyens, Tel’Ay, fit Dibidel d’une voix redevenue douce. Tu étais d’accord avec cela.
– Les circonstances ont changé depuis. Pour survivre, il faut parfois oublier ses idéaux.
– Où s’y accrocher davantage, répliqua-t-elle.
Il inspira profondément pour calmer les battements de son cœur, qui cognaient dans sa poitrine à lui faire mal, et tendit la main vers Dibidel :
– Viens, mon aimée. Oublions tout cela et repartons vivre notre vie, loin de la folie qui gangrène la galaxie.
– Je ne serais pas la compagne d’un Sith, rétorqua fièrement Dibidel. Je ne te connais plus, Skelor sans honneur.
Elle tourna les talons et s’éloigna, Ro’Lay somnolant dans ses bras.

La tempête qui menaçait sous le crâne de Tel’Ay éclata. Quelque chose craqua en lui. Il repensa à tout ce qu’il avait sacrifié, à tout ce qu’il avait accompli pour se retrouver là, tout cela pour se faire rejeter comme le dernier des moins que rien. La haine monta du tréfonds de son être et il ne fit rien pour la retenir.
Au contraire.
Il l’alimenta de toute sa rancœur, de toute sa colère, du souvenir de toutes ses souffrances passées.
Il viola l’interdit fondamental de la Confrérie de Maal Taniet, et se laissa sombrer dans le Côté Obscur. Il devint une marionnette investie par le Mal à l’état pur…
…qui jaillit par ses doigts, incarné sous la forme d’éclairs bleus crépitants.
Dibidel et Ro’Lay furent piégés dans cette énergie mortelle.
Elle cria, il pleura.
Tel’Ay ne les entendit même pas.
– Personne ne me repousse, maudite femelle, personne ! beugla-t-il en augmentant la puissance de ses éclairs.

Sous les yeux horrifiés de Kuun, les corps de Dibidel et Ro’Lay se mirent à fumer, leur peau se racornit. La Skelor finit par tomber à terre, pauvre dépouille dépourvue de vie, intégralement noircie, tout comme son fils défunt qu’elle tenait encore dans ses bras.
Tel’Ay lança encore ses éclairs pendant un long moment, avant de s’arrêter, hébété et tremblant de toute part. Il regarda autour de lui, comme s’il se demandait où il était, et Kuun, croisant son regard, y vit de l’épuisement et une indicible tristesse. Il se rapprocha lentement des corps, titubant, puis tomba à genoux devant eux, en gémissant et en sanglotant.

Quand la main de Kuun Hadgard se posa sur son épaule, il ne réagit pas. Mais quand il entendit le son caractéristique d’un sabrolaser se mettre en route, ses yeux hagards se posèrent sur ceux de son ami. Celui-ci avait les yeux embués de larmes.
– Tel’Ay Mi-Nag, mon ami, mon frère. Vois où t’a conduit ta folie. Tu as trahi le secret de tes pairs, en dévoilant notre existence à ta femme. Plus grave encore, tu as transgressé le plus grand des interdits de la Confrérie : tu t’es laissé corrompre par le Côté Obscur de la Force. Il est à notre service, or quand nous nous laissons posséder par lui, nous en perdons immanquablement le contrôle. C’est ce qui a perdu les anciens Sith, et cette interdiction est à la base de notre enseignement. Tu n’es plus un Tanietien, Tel’Ay. Tu es un monstre. Et au nom de notre Confrérie, je dois t’abattre.

Tel’Ay se releva lentement. La folie avait déserté ses traits. Lui aussi empoigna son sabrolaser, l’alluma et se mit en garde.
– Qu’il en soit ainsi, Kuun, mon frère.
– Adieu, Tel’Ay, mon ami.

Kuun chargea.