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18 août 2009

Technologies de l’orgasme

Compte-rendu de Technologie de l’orgasme :

« Cependant Rachel Maines soutient que la production savante de l’orgasme n’est pas seulement la stimulation des femmes par les médecins, mais la définition de la sexualité féminine par les hommes : sous le regard médical elle lit le point de vue du groupe des hommes sur les femmes, en montrant comment cette pratique doit être mise en rapport avec les pathologies féminines, mais aussi avec le « modèle androcentrique de la sexualité » (p. 45) : la promotion de la pénétration vaginale, la valorisation de la jouissance partagée, la pathologisation d’une sexualité féminine qui ne trouverait pas de plaisir dans ce cadre. De ce point de vue, l’enjeu n’est pas tant la sexualité féminine que l’hétérosexualité : si les femmes se retrouvent dans le cabinet du médecin, ce n’est pas seulement qu’elles sont malades, c’est que leurs conjoints peinent à leur donner entière satisfaction. L’ouvrage montre bien que la dimension thérapeutique et l’émergence de l’hystérie signe la détermination d’une pathologie, mais aussi l’échec d’une érotique hétérosexuelle : le geste des médecins est bien une pratique érotique qui ne dit pas son nom, au risque de faire apparaître sa véritable fonction – suppléer à la sexualité conjugale. L’histoire des technologies de l’orgasme est celle d’une dénégation, qu’on peut lire dans le traité cité plus haut : celle de ce que Rachel Maines appelle la « mystique de la pénétration ». Le vibromasseur est un objet qui voile et qui dévoile les contradictions du modèle androcentrique de la sexualité en venant suppléer de manière implicite à l’impuissance masculine, par la prise en charge dans un cadre médical des ratés du cadre conjugal : la pathologisation de la sexualité féminine laisse ce dernier au dessus de tout soupçon. »

20 mai 2009

On ne naît pas femme mais on ne naît pas mâle non plus

2009 :

« Une des phrases du XXe siècle aux conséquences les plus déplorables : “On ne naît pas femme, on le devient”. Non certes parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle suggère que l’homme, lui, serait créé et non façonné. Idée aberrante que véhiculent mille autres perles beauvoiriennes moins souvent citées, ainsi : “La dispute durera tant que les hommes et les femmes ne se reconnaîtront pas comme des semblables, c’est-à-dire tant que se perpétuera la féminité en tant que telle”. »

Nancy Huston, On ne naît pas homme

1972 :

« « On ne naît pas femme, on le devient » : je reprends à mon compte cette formule qui exprime une des idées directrices du Deuxième Sexe. Certes, il existe entre la femelle humaine et le mâle des différences génétiques, endocriniennes, anatomiques : elles ne suffisent pas à définir la féminité ; celle-ci est une construction culturelle et non une donnée naturelle : le scientisme fumeux de Mme Lilar n’a pas entamé cette conviction. Elle est au contraire fortifiée par les études de plus en plus poussées qui ont été consacrées à l’enfance pendant ces derniers années ; toutes prouvent que ma thèse est exacte et demanderait seulement à être complétée : « On ne naît pas mâle, on le devient ». La virilité non plus n’est pas donnée au départ. »

Simone de Beauvoir, Tout compte fait.

4 septembre 2008

Nous trois

On ne peut trouver d’exemple plus révélateur de la pédagogie du roman de gare. Tout y est. Ce qui éblouit et en même temps indigne Fern, c’est la prescience de ce regard pénétrant capable de transpercer son apparence pour découvrir en elle son essence profonde. Homme véritable, il ramène la femme à sa nature d’enfant ayant besoin d’être protégée par l’adulte responsable. Cette prise de conscience donne au héros un sentiment de supériorité, qu’il exprime par le biais de l’ironie. Il ne peut apparaître devant elle sans poser sur son visage un masque moqueur, un air « amusé », voire « apitoyé ».

Michelle Coquillat, Romans roses pour femmes modernes.

(Via Mauvaise Herbe)

15 mai 2008

Perspectives féministes sur le sexe et le genre

« Feminism is said to be the movement to end women’s oppression. One possible way to understand woman in this claim is to take it as a sex term: woman picks out human females and being a human female depends on various biological and anatomical features (like genitalia). Historically many feminists have understood woman differently: not as a sex term, but as a gender term that depends on social and cultural factors (like social position). In so doing, they distinguished sex (being female or male) from gender (being a woman or a man), although most ordinary language users appear to treat the two interchangeably. More recently this distinction has come under sustained attack and many view it nowadays with (at least some) suspicion. This entry outlines and discusses distinctly feminist debates on sex and gender. »

Feminist Perspectives on Sex and Gender

20 avril 2008

La sujetion des femmes

« Dans The subjection of women, Mill se lance dans une entreprise d’exploration et de déconstruction de tous les clichés véhiculés par les hommes à propos de la nature féminine :

- les femmes auraient un cerveau moins performant que celui des hommes, parce que moins gros ;
- si elles avaient pu parvenir au génie, elles l’auraient déjà fait, et on disposerait déjà d’un Shakespeare ou un Michel-Ange féminin : elles sont donc condamnées à un “plafond de verre” de médiocrité artistique ;
- la grandeur de la femme est dans son abnégation, sa douceur, son sens du sacrifice, et elle se doit de nourrir ces vertus, qui lui sont spécifiques, sans se préoccuper de qualités intellectuelles (raisonnement qu’on retrouve peut-être en partie - c’est à voir - chez les théoriciennes de l’éthique du care) ;
- les femmes sont inaptes à gouverner car, trop préoccupées d’intérêts individuels, elles demeurent imperméables aux questions politiques…»

C O L L A G E S

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