Varia

Mot-clé -

Fil des billets

12 novembre 2008

Droit d'auteur et mondialisation à l'âge des réseaux informatiques

Examinons par exemple le cas des livres électroniques. C’est un thème tellement à la mode qu’il est difficile d’y échapper. J’ai pris l’avion pour le Brésil et le magazine de bord contenait un article annonçant que d’ici 10 ou 20 ans, nous passerions tous aux livres électroniques. Voilà clairement une campagne financée par quelqu’un. Dans quel but ? Je crois que j’ai deviné. Les livres électroniques sont l’occasion de retirer aux lecteurs des livres imprimés certaines des libertés qu’ils ont réussi à conserver — telles que la liberté de prêter un livre à un ami, de l’emprunter dans une bibliothèque publique, d’en vendre un exemplaire à un magasin de livres d’occasion, d’en acheter un exemplaire de manière anonyme, sans laisser de trace dans une quelconque base de données. Et, qui sait, le droit de le lire deux fois.

Voilà des libertés que les éditeurs souhaiteraient nous retirer, mais qui dans le cas des livres imprimés provoquerait une levée de boucliers car ce serait une prise de pouvoir trop voyante. La stratégie indirecte qu’ils ont trouvée est donc la suivante : tout d’abord, on obtient de la loi qu’elle retire ces libertés aux livres électroniques à une époque où ils n’existent pas encore, ne provoquant ainsi aucune controverse. Il n’existe pas d’antériorité, d’utilisateurs de livres électroniques habitués à ces libertés et prêts à les défendre. Cette première étape fut atteinte avec le « Digital Millennium Copyright Act » en 1998. Ensuite, on introduit les livres électroniques et peu à peu on incite tout le monde à passer des livres imprimés aux livres électroniques. Finalement, le résultat est que les lecteurs ont perdu ces libertés sans qu’à aucun moment, ils ne s’en soient vu priver et aient donc eu l’occasion de se battre pour les conserver.

Droit d’auteur et mondialisation à l’âge des réseaux informatiques

L’April lance une nouvelle campagne d’adhésion.

14 octobre 2008

BibNum

BibNum est un projet de bibliothèque numérique de textes scientifiques antérieurs à 1940, commentés par des scientifiques contemporains qui souhaitent partager leur intérêt pour ces textes et analysent leur impact dans la science et la technologie actuelle.

15 septembre 2008

Le marché du livre philosophique (2)

Une réponse à Varna :

Je ne crois pas qu’il y ait de secrets, mais bien plus sûrement des conditions. Du reste, la principale n’est pas citée ici. En quelque sorte : montrer patte blanche, c’est-à-dire être suffisamment décoré (titré, diplômé, compétent, connu, reconnu, prometteur et en poste) si l’on s’avise d’écrire un essai philosophique par exemple.

La principale condition n’est pas citée effectivement, parce que Thom Brooks, éditeur du Journal of Moral Philosophy, s’adresse déjà à de jeunes universitaires (étudiants du supérieur, maîtres-assistants, etc.) : elle va pour ainsi dire de soi.

Maintenant, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de disposer d’un gros capital symbolique pour écrire un essai philosophique : il suffit de l’écrire, voilà tout. Il n’en n’est même pas besoin pour le faire publier, puisqu’on peut le faire soi-même. Hum. Évidemment, cette solution n’est pas satisfaisante lorsque l’on recherche non pas seulement l’édition de son essai philosophique, mais en plus une reconnaissance symbolique. Encore faut-il connaître un tant soit peu la situation du marché.

On dispose de certaines données sur la structure du marché du livre de philosophie en France : les citations qui suivent sont tirées de l’article de Godechot.

Sur l’offre

En France,

Les manuscrits philosophiques sont produits par des professionnels de la philosophie, le plus souvent des professeurs payés par l’État. Les professeurs des lycées ont peu de chance de publier, sinon des manuels et des précis à destination des classes de lycées, sauf les plus dotés d’entre eux qui publient parfois des travaux de recherche (professeurs en classe préparatoire, agrégés-docteurs en attente d’un poste à l’université). (p.13)

Le champ de la philosophie est structuré autour d’un pôle producteur et d’un pôle reproducteur. Le premier concerne la production d’idées neuves et la subversion de la hiérarchie des valeurs par l’introduction de nouveaux objets et de nouveaux auteurs (y compris soi-même) ; le second, des ouvrage érudits d’histoire de la philosophie, éventuellement accompagnés de précis de vulgarisation, qui contribuent à imposer la hiérarchie des auteurs canoniques et des objets susceptibles d’être enseignés.

Du côté des éditeurs,

le fonctionnement normal de l’université suscite la production de nombreux textes, thèses, habilitations, articles savants, cours, qui sont autant de candidats potentiels à la publication. Cette surproduction relative induit une asymétrie en faveur des éditeurs ; ceux-ci sur ce petit marché qui ne permets pas, sauf exception, d’accumuler de grands profits, ne se concurrencent pas vraiment pour attirer les auteurs et s’ils consentent à publier l’un d’entre eux, ils sont conscients de lui faire une faveur. (p. 15)

Sur la demande

La demande est liée au mode de fonctionnement du système d’enseignement :

la demande de livres philosophiques, au niveau subordonné du système d’enseignement, est induite le plus souvent par la prescription professorale. Aux niveaux supérieurs, la demande, en apparence autonome, est bien souvent déterminée par la structure disciplinaire, c’est-à-dire par la structure des centres d’intérêts possibles en philosophie, par la logique des recherches en cours et des investissements attenants. (p. 18)

On peut tracer une typologie du lectorat :

  • le grand public
  • les lycéens
  • les étudiants, en distinguant
    • ceux du premier cycle et du second cycle
    • ceux des études doctorales

La conclusion de l’article résume bien la situation :

À regarder sur le marché du livre philosophique tant l’offre que la demande, on peut conclure qu’il s’agit bien d’un marché orienté et déterminé par l’État, voire même, en son centre, d’un « marché d’État ». L’État produit et finance des auteurs dont il garantit la valeur par un système de titres ; il leur fournit un public étudiant et scolaire, des cadres de réflexions et de production avec les programmes du baccalauréat et de l’agrégation. L’État a même développé un système d’aides qu’il distribue abondamment sur le marché du livre philosophique et dont l’attribution est laissée aux choix des membres du corps philosophiques eux-mêmes, nommées par l’État pour la sélection des manuscrits, et il achète une partie non négligeable de la production par l’intermédiaire de ses bibliothèques (p.18)

Le mot de la fin

On peut comprendre alors que les éditeurs français ne nous proposent pas d’ouvrage de type « Les thèses des philosophes » ou « Les arguments des philosophes » comme les a décrit Julien. J’y ajouterai bien un « 42 expériences de pensées philosophiques amusantes ».

12 septembre 2008

keitai shosetsu

Évidemment, les écrivains patentés n’ont que mépris pour ces productions. Pour eux, ces romans numériques ne sont que des compilations de phrases insipides, sans style affirmé, souvent vulgaires, des intrigues cousues de fil blanc, des dialogues interminables en jargon incompréhensible pour le non-initié. Bref, des sous-livres. Il est vrai que l’étroitesse de l’écran et le mode d’écriture bridé par les capacités techniques des téléphones portables n’autorisent ni la subtilité ni l’emploi de mots rares. Il n’empêche, le lectorat est là qui ne demande pas autre chose que des textes sans tabous, faciles à lire et en phase avec les préoccupations de jeunesse.

Le Japon à l’ère du best-seller numérique

4 septembre 2008

Nous trois

On ne peut trouver d’exemple plus révélateur de la pédagogie du roman de gare. Tout y est. Ce qui éblouit et en même temps indigne Fern, c’est la prescience de ce regard pénétrant capable de transpercer son apparence pour découvrir en elle son essence profonde. Homme véritable, il ramène la femme à sa nature d’enfant ayant besoin d’être protégée par l’adulte responsable. Cette prise de conscience donne au héros un sentiment de supériorité, qu’il exprime par le biais de l’ironie. Il ne peut apparaître devant elle sans poser sur son visage un masque moqueur, un air « amusé », voire « apitoyé ».

Michelle Coquillat, Romans roses pour femmes modernes.

(Via Mauvaise Herbe)

- page 3 de 10 -