Introduction
Celui qui, pour la première fois, aborderait la phénoménologie de Husserl, se heurterait assez rapidement à deux obstacles de taille : il n'y découvrirait pas, en effet, un système philosophique, au sens traditionnel du terme, ni même un merveilleux palais de la vérité, à l'intérieur duquel siégerait une réalité figée et désincarnée. Bien au contraire, la phénoménologie, par son style et sa démarche descriptifs, lui semblerait se délayer en analyses minutieuses, laissant ainsi s'évanouir son unité. Cela ne veut pas dire, évidemment, qu'elle manquerait de cohérence ; mais la rigueur de Husserl, sa volonté de se confronter aux choses mêmes, à ce qui est donné en personne, le conduisent à un travail permanent de réécriture, suggérant une phénoménologie à l'état inachevé et au ton programmatique comme si, en fin de compte, elle n'était qu'un préambule. Husserl ne dit pas autre chose quand il explique que :
Ces convictions de l'auteur se sont raffermies toujours davantage au cours de l'élaboration de son oeuvre devant l'évidence de résultats s'édifiant graduellement les uns sur les autres. S'il a du pratiquement ramener l'idéal de ses aspirations philosophiques à celui d'être un vrai commençant, il est, au moins en ce qui le concerne, parvenu dans son âge mur à la pleine certitude d'avoir droit au nom de véritable commençant. Si l'âge de Mathusalem lui était accordé, il oserait presque espérer devenir encore un philosophe […] L'auteur voit s'étendre devant lui l'immense territoire de la vraie philosophie, la « terre promise » que lui-même de son vivant ne verra pas cultivé.
