Varia

Mot-clé -

Fil des billets

1 octobre 2005

Husserl et l'intentionnalité : une introduction à la phénoménologie

Introduction

Celui qui, pour la première fois, aborderait la phénoménologie de Husserl, se heurterait assez rapidement à deux obstacles de taille : il n'y découvrirait pas, en effet, un système philosophique, au sens traditionnel du terme, ni même un merveilleux palais de la vérité, à l'intérieur duquel siégerait une réalité figée et désincarnée. Bien au contraire, la phénoménologie, par son style et sa démarche descriptifs, lui semblerait se délayer en analyses minutieuses, laissant ainsi s'évanouir son unité. Cela ne veut pas dire, évidemment, qu'elle manquerait de cohérence ; mais la rigueur de Husserl, sa volonté de se confronter aux choses mêmes, à ce qui est donné en personne, le conduisent à un travail permanent de réécriture, suggérant une phénoménologie à l'état inachevé et au ton programmatique comme si, en fin de compte, elle n'était qu'un préambule. Husserl ne dit pas autre chose quand il explique que :

Ces convictions de l'auteur se sont raffermies toujours davantage au cours de l'élaboration de son oeuvre devant l'évidence de résultats s'édifiant graduellement les uns sur les autres. S'il a du pratiquement ramener l'idéal de ses aspirations philosophiques à celui d'être un vrai commençant, il est, au moins en ce qui le concerne, parvenu dans son âge mur à la pleine certitude d'avoir droit au nom de véritable commençant. Si l'âge de Mathusalem lui était accordé, il oserait presque espérer devenir encore un philosophe […] L'auteur voit s'étendre devant lui l'immense territoire de la vraie philosophie, la « terre promise » que lui-même de son vivant ne verra pas cultivé.

Lire la suite...

31 juillet 2005

Bibliographie sur la méréologie

Cinq mois pour ne pas retrouver un fichier bibliographique sur mon disque dur, il fallait le faire et je l'ai fait (et rien non plus évidemment dans les sauvegardes). J'ouvre un nouveau billet amené à évoluer au cours du temps. Cette première liste de références constitue déjà une bonne introduction à la méréologie et ses problèmes. Le fichier .bib est disponible à cet endroit.

A noter la publication prochaine (octobre 2006) d'un Manuel de méréologie.

25 juin 2005

Colloque sur le temps

C'est ce week-end qu'a lieu le colloque Actualité et postérité des Leçons sur la Phénoménologie de la conscience du temps de Husserl :

Les Leçons sur le temps professées par Husserl en 1905 constituent un texte à part dans la tradition phénomonologique. D'abord parce que, du point de vue de Husserl lui-même, dans une phase d'élaboration active de la phénoménologie, ouverte avec les Recherches Logiques (1900/1901), elles représentent un point d'avancée extrême de la réflexion sur le concept fondamental de la phénoménologie : le concept d'intentionalité. Husserl touche en effet ici ce qui, selon lui, forme le soubassement de cette donnée première qu'est l'intentionalité, à savoir la structuration originairement temporelle de la conscience. Il y a là comme une forme de butée ultime du point de vue descriptif à ce à quoi une phénoménologie ne peut pas ne pas s'affronter.

Ces leçons sur le temps sont disponibles chez les éditeurs suivants :

(Information trouvée via Biblioteca Husserliana).

20 janvier 2005

Phénoménologie politique

En feuilletant le Dictionnaire de philosophie politique, je découvre une entrée intrigante concernant la phénoménologie politique. Intrigante, car, comme chacun le sait, il n'y a pas de philosophie politique chez Husserl et encore moins chez Heidegger.

Or, si un certains nombres de questions politiques sont bien posées, comme

Quelle est, en vérité, la nature des choses politiques, de la cité, du politique ? Quels sont les principes directeurs de tel ou tel régime politique ? Quel est le meilleur régime, ou celui qui est le plus juste ? Quel est le sens de notre action commune, quels sont les principes qui guident notre manière de vivre en commun ?

Dictionnaire de philosophie politique, entrée Phénoménologie politique.

on ne trouvera rien dans cette entrée qui justifie ce titre, aucune réponse phénoménologique n'est donnée, si ce n'est un vague paragraphe consacré à la distinction husserlienne entre monde originaire monde naturelle.

Si le reste du dictionnaire est du même tonneau, cela risque d'être très décevant.

23 octobre 2004

L'intentionnalité

Pierre Jacob vient de publier L'intentionnalité aux Éditions Odile Jacob, prolongement de son article Intentionality écrit pour la fabuleuse Encyclopédie philosophique de l'université de Stanford :

Qu'est-ce que penser ? Qu'est-ce que la pensée ? À quelles conditions un être est-il conscient ? Une douleur, une expérience olfactive, une perception visuelle, une intention, une croyance et un remords ont-ils une nature mentale commune ? Si oui, la science peut-elle la découvrir ?

Le concept de l'intentionnalité est un outil qui peut nous permettre de répondre à ces questions. On peut dire que toute la philosophie de l'esprit discute encore de ce passage de Brentano, publié en 1874 :

Tout phénomène psychique est caractérisée par ce que les scolastiques du Moyen Âge ont appelé l'inexistence intentionnelle (ou encore mentale) d'un objet, et ce que nous pourrions appeler, bien qu'avec des expressions quelque peu équivoques, la relation à un contenu, l'orientation vers un objet (par quoi il ne faut pas entendre une réalité) ou l'objectivité immanente. Tout phénomène psychique contient en lui-même quelque chose comme objet bien que chacun le contient à sa façon.

On connaît cette thèse en France sous la forme d'un slogan que l'on trouve dans n'importe quel manuel des classes Terminales, à la rubrique « La conscience » : toute conscience est conscience de quelque chose. Plus précisément, la thèse de Brentano peut se formuler de la façon suivante : tous les phénomènes mentaux possèdent l'intentionnalité. On voit tout de suite le double problème qui découle d'une telle thèse : la distinction entre l'acte et l'objet intentionnel et le fait que d'autres phénomènes puissent posséder eux aussi cette caractéristique. Le livre de Jacob est une approche non continentale de cette question. J'y reviendrai.

- page 7 de 8 -