Vous croyez que c’est facile, peut-être ?

C’est arrivé un beau jour, comme ça, par le plus grand des hasards, pendant l’année de mes dix-huit ans, et ce dimanche matin-là, ou plutôt ce dimanche midi-là, vu que le samedi soir avait été bien arrosé et que j’avais bien besoin de décuiter, ma vie a basculé.
Au début, je n’ai pas vu la différence : j’avais les cheveux en bataille, les yeux explosés et c’était tempête dans ma tête. Un réveil dominical tout ce qu’il y avait de plus classique pour moi. Je suis passé dans la salle de bains, histoire de me brosser les dents, et c’est là que le premier incident a eu lieu.
J’ai saisi mon gobelet en plastique, tout à fait normalement, et il s’est aussitôt brisé dans ma main, comme s’il n’avait été qu’une petite chose très fragile que le moindre toucher pouvait détruire. Evidemment, j’ai simplement pensé à ce moment-là que la journée ne commençait pas très fort, et j’ai été chercher une pelle et une balayette pour ramasser les débris : comme j’aime marcher pieds nus, ça aurait été dommage de débuter cette journée avec une écharde dans le pied.
Bref, mon ménage fait, je suis revenu devant mon lavabo. Il n’y avait plus de gobelet ? qu’à cela ne tienne, j’allais boire directement au robinet. J’ai donc tourné le bouton de l’eau chaude…et je l’ai broyé, comme ça, sans effort ! On aurait dit du papier aluminium.
A ce moment-là, mon mal de crâne a pris une sacrée ampleur, mais pas à cause de l’alcool de la veille. Qu’est-ce qui se passait ? Etais-je encore en train de dormir et de faire un rêve idiot ? Tout en sachant pertinemment que j’étais bien réveillé, j’ai fait le test habituel dans un pareil cas, à savoir se faire mal en se pinçant ou en tapant sur quelque chose. J’ai donc donné un grand coup de pied dans la baignoire. Quel imbécile! Et quelle douleur ! J’ai du rester assis cinq bonnes minutes sur le rebord de la baignoire, incapable de poser le pied à terre et encore moins de marcher. Et ça me lançait, mais qu’est-ce que ça me lançait !
Pestant contre ma stupidité, j’allais clopin-clopant jusqu’à ma kitchenette. Tant pis pour le brossage de dents, et je verrais plus tard ce qu’avait ce robinet de malheur. J’avais grand besoin d’un café. J’ai attrapé une tasse, qui s’est à son tour brisée dans ma main, m’occasionnant en même temps une égratignure. Dans la foulée, j’ai saisi la cafetière, écrasant son anse au passage.
Pour résumer, j’ai cassé ce jour-là à peu près toutes les choses essentielles que tout un chacun utilise dans sa vie quotidienne : trois portes de placard, la porte du frigo, le micro-ondes, la gazinière, la machine à laver, sans oublier la télécommande du téléviseur, et j’en oublie sûrement. Incapable de faire quoi que ce soit moi-même, je me suis retrouvé à manger des sandwichs, achetés au petit kiosque du coin de la rue.
Pour boire, ça n’a pas été beaucoup mieux. N’osant pas utiliser mes mains pour tourner un robinet, j’ai imaginé pouvoir le faire avec mes coudes. Mais la question était de savoir s’ils possédaient désormais la même force que mes mains. Pour m’en assurer, j’ai effleuré ma table de salon avec. Elle s’est cassée net, elle aussi. J’ai finalement pu boire, après avoir réussi à tourner le robinet avec mes pieds, au prix de contorsions périlleuses. Et cessez de rire, vous ne vous seriez pas mieux débrouillé à ma place !
Voilà comment sont apparus mes super-pouvoirs. Comme ça, d’un coup, d’un claquement de doigts. Pourquoi est-ce arrivé ? Mystère. Une conséquence de Tchernobyl, peut-être ? A moins qu’à mon insu, j’ai subi des expériences de la part du gouvernement ou des extra-terrestres ? Allez savoir, il se passe tellement de choses qu’on nous cache…
Naturellement, bien que les premiers temps d’adaptation aient été un calvaire de tous les instants, mes pouvoirs m’ouvrirent des perspectives d’avenir entièrement nouvelles. De chômeur sans formation ni diplôme, je me retrouvais super-héros potentiel, prêt à être accueilli au panthéon des plus grandes stars, à être adulé par des foules béates d’admiration. je voyais déjà défiler devant mes yeux la gloire, l’argent, les limousines, les fan-clubs, les jouets à mon effigie, les femmes qui se battraient pour me…euh….enfin bref, je voyais une vie dorée me tendre les bras. J’imagine que vous aussi, en lisant ces lignes, vous êtes émerveillés, et que vous vous demandez, rêveurs, ce que vous feriez avec un tel pouvoir. Et bien arrêtez de rêver ! Je prie chaque soir avant de me coucher pour me réveiller le lendemain privé de ma force, pour redevenir un simple humain, être à nouveau comme tout le monde. Oh, vous n’imaginerez jamais à quel point j’y aspire, tellement les inconvénients l’emportent sur les avantages !
Dès le lendemain de l’apparition de mes pouvoirs, je suis allé en forêt pour les tester discrètement. Je m’étais résolu à y aller à pied, après avoir arraché la portière de ma voiture en voulant l’ouvrir puis écrabouillé le guidon de mon vélo au premier coup de frein (bien sûr, j’y gagnai une belle gamelle et quelques ecchymoses). Enfin parvenu à mon but, je donnai une petite tape à un arbre gigantesque, sûrement plusieurs fois centenaire, et il s’écrasa aussitôt au sol dans un fracas du diable. Je me précipitai vers un bosquet pour m’y cacher, au cas où des curieux seraient venus s’enquérir de ce qui venait de se passer. Heureusement, personne ne pointa le bout de son nez.
Je retournais donc à mon arbre, sur la pointe des pieds, et je l’empoignais par une grosse branche aussi large qu’un corps humain. Incroyable ! je réussis à soulever l’arbre sans le moindre effort. Il était aussi léger qu’une plume ! Une idée saugrenue germa dans mon esprit, et je lançais l’arbre en l’air, de toutes mes forces.
Je dois admettre que c’était vraiment une drôle d’idée. Des satellites espions du bloc de l’Est prirent d’abord mon arbre pour un missile lancé par le bloc de l’Ouest, et je frémis encore à la pensée qu’on a frôlé de très près la troisième guerre mondiale ce jour-là. Tous les téléphones rouges de la Terre ont sonné en même temps, et les diplomates se sont lancés dans une activité incessante pendant des semaines.
Quand les choses se sont calmées, les médias se sont emparés du sujet sous un autre angle : comment un arbre s’était-il retrouvé en orbite autour de la Terre ? Bien sûr, ils soupçonnèrent qu’un super-héros était derrière cet événement, mais lequel ? Et pourquoi ? Un Super Nihiliste avait-il tenté de provoquer un apocalypse planétaire ?
Jamais je n’aurais imaginé une telle effervescence autour de mon premier exploit. Finalement, avec un peu de recul, je ne fus pas peu fier d’avoir mis le monde entier en émoi, mais je n’ai pas poussé le vice jusqu’à revendiquer la paternité de cette mise en orbite, du moins pas devant le grand public.
Inspiré malgré tout par cet essai, j’ai quelques années plus tard approché des conseillers gouvernementaux pour leur proposer mes services pour remplacer l’efficace mais néanmoins coûteuse fusée Ariane. Mais j’ai du faire face à une levée de boucliers, car la fusée faisant vivre des milliers de personnes, directement comme indirectement, son remplacement par la force de mes bras aurait provoqué le licenciement de trop de monde et la fermeture de dizaines d’entreprises. Sans parler de la fuite des cerveaux et de la haine farouche que m’auraient voué tous les syndicats de travailleurs. Dommage pour moi, j’aurai été parfait dans ce rôle : avec mes capacités, tout ne pèse rien. Je ne connais ni ne connaîtrais jamais ce truc qu’on appelle le « tour de rein ».
A force de tout casser autour de moi, j’ai bien sûr fini par attirer l’attention, et après une semaine de cette nouvelle vie infernale, j’ai enfin rencontré de l’aide. Deux super-héros sont venus frapper à ma porte, Télékinéticagirl, qui déplace des choses par la seule force de son esprit, et Léonidas, qui aurait du en fait s’appeler Midas, vu que tout ce qu’il touche se transforme en or, mais comme il y avait déjà un copyright sur ce nom et qu’il ne voulait de toute manière pas être confondu avec des vendeurs de pots d’échappement, il a un peu changé le nom (ceci dit, quelques années plus tard, ce vendu a bien retourné sa veste : dans une période où il était fauché, il a accepté de faire de la publicité, et on le vit partout à la télévision, sourire éclatant aux lèvres et pot d’échappement en or dans les mains, clamant fièrement « Champion Midas ! ». Une horreur !).
Ces deux super-héros m’apprirent qu’ils étaient membres de la Guilde des Etres aux Pouvoirs Inhabituels ou Surhumains, la GEPIS, et ils m’ont proposé d’y adhérer. Le principe est simple : quand le Mal fait son apparition, les sociétaires de la GEPIS se réunissent pour lui faire face et le combattre. En outre, ils aident leurs pairs à mener une vie quotidienne à peu près normale. Les cotisations mensuelles pour faire partie de la GEPIS sont certes hors de prix, mais en ce qui me concerne, cet investissement a été gagnant : tout ce que j’étais susceptible de casser dans mon appartement a été remplacé par une matière quasiment indestructible, l ’ASD (pour Alliage Super Dur). Je dis quasiment car rien ne résiste à ma force, mais là, au moins, il fallait que j’y mette du mien pour faire des dégâts.
La GEPIS n’avait pas les moyens de recréer tous les objets composant mon environnement quotidien en ASD, car il coûte une fortune, ce qui fait que malgré son aide précieuse, j’ai par la suite cassé des milliers de stylos, brisé des centaines de verres et déchiré des dizaines de vêtements.
Et cela n’est pas le pire. La GEPIS n’a pas pu me fournir un véhicule en ASD (trop cher, d’après eux), si bien qu’en cette fin de vingtième siècle, un seul mode de transport n’est pas handicapant pour moi : la marche. Quelle galère ! Quand je vois certains de mes collègues qui débarquent aux guidons de super motos customisées à mort, ou au volant de voitures aux lignes résolument futuristes, sans parler de ceux qui, tout simplement, volent ! J’ai l’air de quoi, moi, à côté ? Comment voulez-vous que j’intervienne rapidement sur les lieux d’un crime, ou pour empêcher un super-vilain psychopathe d’asservir ou d’anéantir l’humanité ?
Heureusement, j’ai conclu un arrangement avec Télékinéticagirl : elle passe me prendre en cas de coup dur nécessitant ma force. Avec ses pouvoirs, elle peut en effet me soulever et me transporter par lévitation. Le seul problème est qu’elle n’est pas toujours disponible : entre les courses, le boulot, la vie de couple (avec un mari plutôt jaloux de la prestance des super-héros en costume), les congés de maternité (déjà trois, et elle a eu des garçons à chaque fois), de maladie, et j’en passe. Vous pouvez oublier tout de suite cette bonne vieille légende du super-héros qui attend sagement dans son super-repaire qu’on ait besoin de lui pour sauver le monde. Comme tout le monde, nous aussi on a nos vies à mener ! Moralité, mes pouvoirs font merveille, mais pour cela, il faut que j’arrive à atteindre le lieu où le conflit surgit.
Comme vous le savez, l’être doté de super-pouvoirs se retrouve tout naturellement à devoir choisir son camp : super-héros ou super-vilain. Par inclination personnelle et par le fait que ce sont des super-gentils qui ont les premiers pris contact avec moi, je me suis retrouvé super-héros, et dès cette décision prise, que dis-je, cet engagement, ce sacerdoce, de nouveaux problèmes se sont dressés sur mon chemin, bien plus importants qu’on pourrait le croire de prime abord : je veux bien sûr parler du nom et du costume.
Ce n’est pas évident du tout de se trouver un nom : essayez donc, vous verrez ! Les plus chouettes sont déjà pris, et les autres craignent un peu. Comme il faut qu’ils aient un rapport avec les pouvoirs, j’ai d’abord pensé à Muscleman, avant de décider que c’était trop primaire. J’ai essayé la traduction française, qui donnait Monsieur Muscles. Comme je ne suis pas un grand adepte du ménage en tee-shirt moulant, et qu’il existait déjà un copyright sur ce nom, j’ai rapidement abandonné l’idée.
J’ai alors été tenté par Ironman, mais j’ai du laisser tomber pour la même raison : c’est embêtant, tous ces noms brevetés ! Là encore, j’ai essayé la version française, mais l’Homme de Fer a été popularisé dans un feuilleton dont le héros était un détective en fauteuil roulant. Bref, rien à voir avec l’image que je voulais donner.
Finalement, je me suis rabattu sur Captain Iron. C’est pas super terrible, mais pas trop tarte non plus. Et à ceux qui seraient tentés de rire, je rappellerais quand même qu’il y a eu un super-vilain portant le nom de Green Lantern, la Lanterne Verte. Sans commentaire.
Trouver un nom, c’était déjà pas facile, mais je n’imaginais pas que le pire restait à venir : le costume. Au début de ma carrière, j’ai opté pour la sobriété : tenue moulante blanche, avec ceinture, masque, cape et bottes noires. J’ai bien du passer deux jours à m’admirer devant mon miroir tellement j’étais fier de mon allure. Cette fierté a volé en éclats à ma première intervention sous ces atours.
Ce jour-là, j’avais pourtant eu le nez fin. Il y avait une recrudescence de vol à la tire dans le centre-ville, et je m’étais donc posté en embuscade dans une ruelle, prêt à changer de tenue en cas d’urgence. quand j’ai entendu les cris « Au voleur ! Au voleur ! », il ne m’a fallu qu’une trentaine de secondes pour mettre mon costume (un temps arraché au prix de longues heures d’entraînement) et me mettre en quête du malfrat. La chance étant avec moi, je me suis quasiment aussitôt retrouvé nez à nez avec lui. Il s’arrêta net, ébranlé par mon apparition soudaine. Je pensai qu’il était impressionné, et à mes yeux il y avait de quoi, quand il se mit à éclater de rire. Il ne parvint pas à s’arrêter avant un long moment.
Je me présentai à l’inévitable attroupement qui s’était formé, et j’annonçais que je prendrais le voleur en charge jusqu’au commissariat le plus proche. Nul ne fit d’objection, mais je vis beaucoup de sourires moqueurs autour de moi, et quelques ne purent s’empêcher de pouffer. J’étais perplexe, avec le sentiment que j’avais négligé quelque chose d’essentiel. Mais quoi ?
A ma demande, pendant que je l’emmenais avec moi, le voleur m’expliqua entre deux crises de rires que, avec le physique que j’avais, il ne valait mieux pas que je continue à porter une tenue moulante, sauf à porter une coquille. Deux sentiments contradictoires virent alors le jour en moi : j’étais d’une part satisfait de savoir ce qui n’allait pas dans ma tenue, mais je me sentis dans le même temps terriblement humilié. Et qui plus est par un petit voleur de rien du tout qui n’arrivait pas à cesser de se moquer de moi.
Il n’est jamais arrivé vivant au commissariat. Dans un mouvement de rage incontrôlé, je l’ai envoyé rejoindre l’arbre en orbite. Je sais, je sais, ça ne se fait pas quand on est un super-héros, mais que voulez-vous : nous avons nos nerfs, comme tout le monde. Il n’est jamais bon d’emmagasiner trop de pression, il faut que ça sorte à un moment ou à un autre, tout bon psychologue vous le dira.
Bien sûr, par la suite, j’ai tout changé. J’ai commencé simplement, en mettant une coquille, mais tout le monde s’en est vite rendu compte, ce qui m’a encore valu des quolibets désagréables.
Ensuite, j’ai du abandonner mon masque au profit d’un loup, après un combat contre un zigoto plus ou moins extra-terrestre à la force physique se rapprochant de la mienne. Cet imbécile m’a asséné un sacré crochet du droit à le tempe dès le début de notre combat, et mon masque s’est déplacé, me rendant aveugle. Dans le feu de l’action, je n’ai jamais eu le temps de le remettre, et je me suis pris une de ces raclées ! Quand à mon costume blanc, il était devenu tout boueux, trempé de sueur et de sang.
Pour pallier à ce nouvel inconvénient, j’optais pour une tenue d’un rouge du plus bel effet, jusqu’à ce qu’on me surnomme Super Coco, Coco pour communiste, bien sûr. Il faut dire que la guerre froide battait son plein à cette époque-là !
Pour finir, je passais à la couleur bleue, plus neutre, et grâce à laquelle je n’eus plus d’ennuis. J’abandonnais également ma cape, car je me suis empêtré les pieds dedans un jour que je poursuivais un criminel, et je me suis étalé de tout mon long. Evidemment, c’était un samedi après-midi, dans une rue très passante qui plus est. Bonjour la honte !
Non, non, comme vous pouvez le voir, cela n’a rien de drôle d’être un super-héros : surnoms idiots, tenues ridicules, humiliations publiques, etc. Sans parler du fait que nous risquons nos peaux à chaque intervention : contrairement à ce que vous pensez, nous ne sommes pas des héros sans peur et sans reproche qui allons hardiment affronter les forces du Mal pour protéger les innocents, leurs veuves et leurs orphelins. Nous ne sommes pas tout à fait fous, donc quand on voit que la menace paraît trop grande, même pour nous, nous faisons le mort (« …ne peut pas vous répondre pour le moment, mais laissez un message après le bip sonore… »). C’est vrai, quoi, on n’est pas des machines, et on n’a nulle envie de passer la moitié de l’année dans une chambre d’hôpital à se faire soigner des blessures infligées par un Super-Zozo quelconque. Tout ce qu’on veut, c’est donner un coup de main de temps en temps, sans que ça ne devienne trop une habitude. On reparlera d’en faire plus le jour où seront instituées la sécurité sociale et la retraite des super-héros, sans parler d’un minimum d’émoluments pour services rendus à la communauté, mais on en est encore loin : il n’y en a que pour les footballeurs et les acteurs, c’est irritant, limite vexant.
Du coup, nous sommes certes des héros, mais à temps partiel, ce qui est la meilleure solution pour nous. Il faut dire que d’autres considérations entrent également en ligne de compte quand à nos interventions ou non dans des affaires délicates. En hiver, par exemple, on n’a pas tellement envie de sortir : il fait froid, il fait nuit, on a des coup de blues comme tout le monde, donc on reste bien tranquillement au chaud à la maison. Ça n’est pas parce qu’on est des super-héros qu’on n’a pas le droit d’avoir la flemme de temps en temps. Et, sans vouloir jouer au donneur de leçons, permettez-moi de vous dire que si tout le monde faisait pareil, il y aurait moins d’agressions dans les rues.
En conséquence de tous ces aléas, les carrières de nous autres super-héros ne durent généralement pas très longtemps : souvent, on prend notre « retraite » au bout de cinq ans, plus rarement au bout de dix. Bien sûr, il y a toujours quelques masochistes qui ne sauront jamais faire autre chose que super-héros, mais ces rares exceptions finissent immanquablement par y laisser la vie. Vous parlez d’une gloire ! Non, décidément, il y a trop d’inconvénients pour trop peu d’avantages à pratiquer cette activité. Néanmoins, récemment, une opportunité très intéressante s’est offerte à nous, grâce à Cervo Genius. Ce mutant prétend penser beaucoup plus vite que tout le monde, et il a décidé de mettre sur pied un Cirque de l’Extraordinaire. il a affirmé à tous les membres de la GEPIS que ce serait l’occasion pour eux de montrer leurs pouvoirs sans rien avoir à craindre de personne, et d’être qui plus est rémunéré pour cela.
Au début, trois anciens super-héros seulement ont décidé de le suivre, les autres estimant que son idée ne valait rien. Ce fut en fait un succès aussi phénoménal qu’inespéré. Du coup, beaucoup, dont moi, l’ont suivi dans cette nouvelle carrière, et il ne se trouve pas un seul d’entre nous pour le regretter aujourd’hui. Nous exhibons nos pouvoirs devant des foules crédules éperdues d’admiration envers nous. Nous sommes de véritables stars et tendons à redonner un nouvel élan au monde des saltimbanques. On nous admire tellement que nous n’avons jamais autant signé d’autographes ! C’est une situation de tout repos, et notre récente tournée dans les palais présidentiels et royaux d’Europe nous a confirmé, vu son succès, dans ce nouveau choix de carrière.
Et puis après tout, l’ordre et la justice sont l’apanage des Etats. Pourquoi devrions-nous empiéter sur leurs prérogatives en la matière, surtout que nous ne sommes que des bénévoles ? Non, non, non, laissons faire les professionnels. Après tout, nous aussi payons des impôts pour que les Etats assurent notre sécurité et notre liberté. Pourquoi devrions-nous en faire plus ?