Frédéric Simon-Le Hyaric

Blog d'écriture

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Fil des billets

vendredi, septembre 16 2011

Il était une fois...

Cette nouvelle est euh… un conte de fées revisité, dirons-nous. On y retrouve Brax, qui apparaît déjà dans Duel de Sorciers et dans Kerbihan (une autre nouvelle qui sera en ligne demain).

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jeudi, septembre 15 2011

Un homme heureux

Voici une petite nouvelle, inspirée de la marée noire qu’a subi la Louisiane en avril 2010…

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mercredi, septembre 14 2011

Déprime

Le temps passe, on vieillit, les corps changent… Encore une nouvelle écrite l’an dernier.

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mardi, septembre 13 2011

Billet gagnant

Une nouvelle écrite l’an dernier…

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dimanche, septembre 11 2011

La belle saison

Voici l’une des premières nouvelles que j’ai écrites, il y a quelques années. Bon… elle est assez anecdotique, il faut bien le reconnaître. Elle préfigure ce que sera une autre nouvelle, Heinrich Von Drakovar, dont elle est une première version.

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samedi, septembre 10 2011

Pérégrinations, présentation et introduction

Voici donc le feuilleton du samedi. Il a pour nom Pérégrinations. C’est une histoire de fantasy se déroulant sur le monde de Galéir, et elle raconte les aventures de trois personnages, deux hommes et une femme, qui se retrouvent à voyager ensemble par hasard…

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Doléances

“Doléances” est une nouvelle qui commence à dater, elle est de 2007. Elle avait été écrite pour le compte d’un appel de texte du feu webzine “Trois Petits Points”, sur le thème des belles-mères, et avait été retenue pour figurer dans le numéro.

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vendredi, septembre 9 2011

Timorius Batefus Afforta

Cette nouvelle, écrite en collaboration avec Notsil, pose les fondements de l’Expédition, un roman à quatre mains que nous sommes en train d’élaborer.

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jeudi, juin 2 2011

Arfaric

Voici une très courte nouvelle écrite il y a quelques années, dans le cadre du recueil organisé par SWU concernant la destruction d’Alderaan.

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jeudi, février 10 2011

Leo, roman SF jeunesse (2)

Quasiment un mois après mon premier post concernant ce projet, voici venue l’heure d’un premier bilan…

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lundi, janvier 10 2011

Leo, roman SF jeunesse (1)

Sur une idée qui me trottait dans la tête depuis quelque temps (un concept pour une fan-fic Star Wars, en fait, à la base), j’ai décidé de me lancer dans la rédaction d’un roman de SF, plutôt jeunesse.

Il a à ce jour pour titre “Leo”, et comptera 26 chapitres.

Contrairement à mes divers écrits pondus jusque-là, je compte bien essayer de faire publier celui-ci, qui sera mon premier roman original. C’est un travail de longue haleine qui commence, d’autant que j’ai la ferme intention de ne pas me laisser distraire en cours de route afin d’avoir un produit fini (pour une fois) relativement rapidement.

Bref, y’a plus qu’à. Au jour d’aujourd’hui, cinq pages word sont écrites, je suis au beau milieu du premier chapitre.

Je ferai état régulièrement de l’avancée de ce projet. :)

10 janvier 2011

vendredi, juillet 16 2010

Jésus II

Ça faisait longtemps que je voulais participer au prix Pépin, avec son format si particulier (300 signes, titre y compris !), aussi suis-je parvenu à franchir le pas cette année, en ayant enfin trouvé une idée exploitable sous ce format. Aucun prix pour moi, mais me reste la consolation d’avoir concouru (en vain) pour le prix du public, parmi les 35 micro-nouvelles retenues sur les 350.

Voici ma nouvelle :

Quand le hippie est entré et s’est proclamé « fils de Dieu de retour sur Terre », j’ai aussitôt fait intervenir la sécurité pour le mettre dehors. On a une réputation à tenir. Ce n’est qu’un peu plus tard que le doute m’a envahi, quand j’ai voulu me laver les mains et que du vin est sorti du robinet.

dimanche, mai 16 2010

Une journée à la campagne

À l’origine, cette nouvelle a été écrite pour un appel à textes organisé par Sciences & Avenir, et dont le thème était les conséquences du réchauffement climatique. Mais comme je suis un âne qui ne se préoccupe pas tout le temps de tout dans les temps, je n’ai jamais envoyé ma contribution.

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Chapitre 14 : Confrontations

Après l’atterrissage du Baltimore, T’Savhek et Harlington se téléportèrent dans le monde souterrain des Soffrés, à des coordonnées que Jingkler leur avait indiquées.
Pris en charge par des gardes soffrés, ils furent séparés. Harlington fut amené dans une vaste caverne aux murs couverts d’immenses tapisseries. Un long banc surélevé et peint en blanc occupait un pan de mur face à lui. Deux silhouettes y étaient assises : Jingkler et Sender, les respectivement Maître de la Loi et Grand Prêtre des Soffrés.
D’un signe du premier nommé, les gardes se retirèrent. Harlington était seul avec les deux dirigeants locaux. Il s’appliqua à rester impassible tandis qu’il étudiait la situation : une simple volée de marches le séparait des deux autochtones. Peut-être pouvait-il se ruer sur eux et en maîtriser un pour le prendre en otage ?
Il abandonna vite l’idée. Il ne connaissait rien de la force physique des Soffrés mais avait tout à fait conscience de ses propres limites en combat rapproché et en réflexes. Son entraînement quotidien avec le lieutenant Lupescu, chef de la sécurité du Baltimore et expert en combat à mains nues, lui avait démontré plus qu’il ne l’aurait souhaité ses lacunes en la matière.

– Vous voilà désormais devenu un assassin, étranger, fit Sender. Vous êtes fier de vous ?
– Comment ça, un assassin ?
– Vous avez amené un Soffré à la surface, signant ainsi son arrêt de mort. Saint Larka créa Soffré et il dit : « La surface sera sacrée, nul autre qu’un dieu ne sera digne de la fouler». Et il offrit les profondeurs au peuple de Soffré, qu’il avait créé.
– Vous ne pouvez quand même pas croire que c’est par la volonté de votre dieu qu’Emgpé est mort ? Il y a forcément une explication rationnelle !
– Nous sommes le peuple élu de Saint Larka. Obéir à ses commandements nous maintient en vie car il veille sur nous. Et il punit de mort les hérétiques qui osent douter de sa parole divine.
– Mes hommes et moi avons survécu à la surface, or… comment avez-vous dit ? La surface sera sacrée, nul autre qu’un dieu ne sera digne de la fouler ? Cela ne devrait-il pas faire de nous des dieux ?
– Silence, maudit ! hurla Jingkler. Seuls les Grands Prêtres ont les capacités reconnues pour interpréter les paroles de Saint Larka ! Es-tu un Grand Prêtre, chien d’étranger ?
Harlington fut surpris de la véhémence du ton, et Sender aussi au vu du regard qu’il coula vers son collègue.
– Paix, Jingkler, fit le Grand Prêtre. Je respecte les lois de Saint Larka à la lettre, étranger. Je précise ses pensées si besoin est, avec l’humilité qui doit être mienne face à la grandeur de mon dieu. Il est perfection, je suis imperfection, même si l’on me considère comme son relais sur Soffré. Et je dois avouer que ton argument ne manque pas de pertinence. Je le tourne et le retourne dans ma tête depuis que les premiers étrangers sont arrivés.
Jingkler se leva brusquement.
– Tu plaisantes, j’espère ? À moins que tu ne sois en train de devenir un hérétique à ton tour ?
– Rassieds-toi, Jingkler. Toutes les hypothèses doivent être étudiées avec lucidité. Certaines peuvent s’accorder avec nos enseignements divins. D’autres, non. Il est de mon devoir de Grand Prêtre de décider si la Loi doit évoluer.
Jingkler fusilla longuement du regard le visage calme de Sender, mais il finit par se rasseoir quand Harlington reprit la parole.
– Auriez-vous changé d’avis ? Envisagez-vous de nous rendre la liberté ?
– Cela fait partie des possibilités, je me dois de l’admettre après y avoir mûrement réfléchi.
– C’est une bonne chose, avança prudemment Harlington.
– Je ne pense pas, non, rétorqua Jingkler en se levant à nouveau. Soffré n’a connu qu’un seul dieu… et je serai le deuxième !
Il sortit un phaseur de la Fédération de sous sa toge et tira à bout portant sur Sender, qui s’effondra dans un grognement de douleur. Harlington n’eut pas le temps de réagir et se contenta de recueillir Sender dans ses bras quand celui-ci chut au bas des marches.
Le Grand Prêtre était immobile. Une tache noirâtre ornait le milieu de son front, à l’endroit où Jingkler avait tiré. Harlington était décomposé. Au moment où l’un des deux dirigeants des Soffrés s’avérait être un allié potentiel, voilà qu’il se faisait abattre !
– Pourquoi ? demanda Harlington d’une voix blanche à Jingkler. Et pourquoi parlez-vous de devenir un dieu ?
– Je vais devenir un dieu car je ne crois pas à la religion ! Ma famille est en charge de la Maîtrise de la Loi depuis des décennies et à ce titre, elle contrôle beaucoup de choses. Mon bisaïeul a décidé un jour que la religion était obsolète. Vous avez cité la bonne phrase, étranger : La surface sera sacrée, nul autre qu’un dieu ne sera digne de la fouler. Vous comprenez ce que cela veut dire ? Le jour où un Soffré pourra mettre le pied à la surface et y survivre, il sera devenu l’égal d’un dieu et pourra régner sur son peuple ! Voilà le but que ma famille poursuit depuis plusieurs générations !
– Je n’y comprends rien, avoua Harlington.
– C’est pourtant simple, imbécile ! Il y a quelque chose dans l’atmosphère qui est mortel pour les Soffrés. Nous ne sommes en sécurité que sous terre. Mais depuis maintenant soixante ans, ma famille fait travailler dans le grand secret des scientifiques de haut vol en vue de percer le mystère qui nous tue en surface. Le jour où ce danger mortel sera écarté, je marcherai à la surface et mon peuple me considérera comme un dieu !
– Mais comment l’air de la planète peut-il vous tuer ?
–Le corps des Soffrés réagit violemment face aux radiations cantarènes, véhiculées par les vents solaires et qui frappent Soffré. Ces émissions étant stoppées par la surface de la planète, nous pouvons vivre sous terre. C’est depuis qu’elle sait qu’il existe des êtres sur d’autres planètes que ma famille a décidé de rejeter nos croyances. Nous aussi voulons explorer les étoiles !
– Je peux comprendre ça. Mais pourquoi avoir tué votre ami ? Et pourquoi avoir œuvré en secret ? Songez que si vous rendiez publiques vos recherches, vous seriez un héros ! Vous seriez le Soffré qui a offert l‘immortalité à son peuple !
– Mais je compte bien l’être, sourit Jingkler. Il faudra juste que mes chers compatriotes en payent le prix. Et je sais déjà qu’il sera cher… très cher !
– Quelle que soit la planète ou l’espèce, les ordures sont toujours les mêmes, bougonna Harlington. Qu’allez-vous faire de moi ? – Sender a été tué par une de vos armes. Je vais donc vous accuser de l’avoir assassiné… après vous avoir tué à votre tour, bien sûr. Vous avez juste eu le droit à l’explication du condamné à mort.
– Jingkler, vous n’êtes qu’une pourriture qui ne mérite ni son rang ni même de vivre ! Mais heureusement, votre vie touche à sa fin !
– Que voulez-vous dire ? demanda Jingkler en resserrant son emprise sur le phaseur.
– Vous vouliez apporter un nouveau mode de vie à vos compatriotes, tout en les dirigeant en tyran ? J’ai une mauvaise nouvelle pour vous : avant de revenir, j’ai activé l’autodestruction de mon vaisseau. Quand il explosera, il emportera avec lui la voûte de votre monde souterrain. Et tous les Soffrés mourront.
– Mensonges !
– Vous serez le dieu des morts, le Soffré qui a creusé la tombe de tout son peuple !
Jingkler écumait désormais de rage, et il leva le phaseur vers Harlington.
– Silence, vermine !
– Tuez-moi et vous condamnez votre peuple, reprit Harlington, imperturbable en surface mais très agité en son for intérieur. Vu l’état de fébrilité de Jingkler, Harlington se demanda s’il n’avait pas poussé le bouchon un peu loin. Le Soffré avait-il une maîtrise de soi suffisante pour ne pas craquer… ni tirer ?
La réponse était non. Harlington s’en rendit compte quand Jingkler lui tira dessus avec le phaseur. En pleine poitrine. À moins de cinq mètres. Nul ne pouvait espérer y survivre. Le corps de Harlington fut projeté en arrière. Le lieutenant de Starfleet eut l’impression d’avoir été écrasé par une navette. Et ce fut le néant…

samedi, mai 8 2010

Chapitre 13 : chantage

Dès qu’ils furent à bord, Harlington et T’Savhek se précipitèrent sur la passerelle et gagnèrent respectivement les postes de pilotage et de navigation. La Vulcaine lança la procédure de démarrage, ensemble de tâches d’autant plus complexe qu’elle devait l’assumer seule, les compétences de Harlington en la matière étant rudimentaires. Lui se chargeait des sous-programmes, qu’il exécutait dès que sa subordonnée lui en donnait l’ordre.
Il fut impressionné de voir à quel point T’Savhek pouvait être performante dans un rôle qui n’avait pourtant rien à voir avec sa spécialité d’ingénieur. Il l’admira pour ses compétences et se sentit honteux de sa propre médiocrité : il était le commandant, aurait dû montrer l’exemple, savoir tout faire mieux que ses subordonnés. Mais à côté d’elle, Harlington se sentait dans la peau d’un singe à peine savant.
Il rangea dans un coin de sa mémoire qu’il lui faudrait suivre un cursus dans les différentes spécialités. Jouer au presse-bouton pour T’Savhek l’aurait moins dérangé s’il avait compris la logique des tâches qu’il accomplissait. Connaître les procédures pointues qui régissaient le système informatique du navire lui aurait permis d’anticiper les ordres de la Vulcaine et leur aurait fait gagner des secondes peut-être précieuses.
Il abandonna vite l’auto-flagellation et cessa d’admirer les mains de T’Savhek courir avec une grande célérité sur les panneaux de contrôle, car il avait besoin de toute sa concentration pour ne pas la retarder. Il leur faudrait de longues minutes pour arriver au bout de la procédure.

Le ronronnement discret des moteurs du Baltimore se fit entendre. T’Savhek mit les boucliers à pleine puissance en espérant que cela suffirait à déjouer toute tentative de téléportation à partir de la surface. Harlington fit décoller brusquement la corvette et accéléra.
Il ne put s’empêcher de sourire. Ils avaient réussi ! Même si la technologie de téléportation soffrée parvenait à percer la protection du bouclier et le ramenait à la surface, T’Savhek pourrait se débrouiller seule, protégée par l’unité de téléportation portative volée par les rebelles soffrés. Dans le pire des cas, un message pourrait être envoyé à Starfleet pour demander du renfort. Ils avaient gagné !

La console de communication bipa et Harlington s’en étonna. De l’aide, déjà ? Mais quand le visage revêche d’un Soffré apparut sur l’écran géant de la passerelle, les illusions de Harlington s’envolèrent. Il reconnut l’intégriste qui l’avait interrogé et qui lui avait promis la mort pour sacrilège.
– Je vous ordonne de faire demi-tour, hérétiques, énonça Jingkler, le Gardien de la Loi.
– Je ne crois pas que vous soyez en mesure de nous imposer quoi que ce soit, rétorqua froidement Harlington.
– Et moi je crois que si, répondit Jingkler.
Le Soffré disparut de l’écran, au profit de la vue d’une vaste caverne. Une dizaine de Soffrés étaient alignés, lances à la main. Pointées sur un groupe d’une vingtaine de personnes vêtues d’uniformes de Starfleet.
Le cœur de Harlington se serra : Lupescu, Sulok, Heitachi et les autres. Tout son équipage… ainsi que huit uniformes bleus, indiquant l’appartenance à la branche scientifique de Starfleet : les hommes de l’avant-poste.
– Je répète, reprit le Soffré. Faites demi-tour ou nous exécutons vos séides. Envoyez un message subspatial à vos supérieurs et nous les exécutons également. Enclenchez vos armes et le résultat sera le même.
Harlington s’efforça de rester impassible malgré la rage qui bouillonnait en lui. N’y avait-il donc aucune alternative ? Devait-il sacrifier son équipage ? Il s’y refusait mais ne voyait pas d’autre solution. Pas d’autre ? Une échappatoire lui vint en tête. Il repoussa l’idée, dont les conséquences le rebutaient. La mettre en place pourrait signifier la fin de sa carrière.
Rien ne lui vint en tête, et il s’en voulut de mettre en balance sa carrière et la vie des personnes placées sous son autorité. Il n’y avait pas à hésiter une seconde.
– Très bien, nous revenons. Harlington, terminé, annonça-t-il en coupant la communication et en faisant courir ses doigts sur la console de pilotage.
Harlington jeta un coup d’œil à T’Savhek. Il l’imaginait abattue mais comme à l’accoutumée, son impassibilité ne laissait rien transparaître de ses pensées.
– Prête pour le round suivant, T’Savhek ? demanda Harlington dans un sourire forcé.
– Le… round suivant, monsieur ? fit-elle en levant un sourcil interrogatif. Nous ne pouvons plus amener les Soffrés à la surface de leur monde en tirant sur la voûte de leur monde, comme nous l’escomptions. À moins que vous n’ayez décidé de sacrifier le personnel de Starfleet.
– Pas si nous pouvons l’éviter. Par contre, nous possédons les codes d’autodestruction du Baltimore. Si nous les enclenchons avec un compte à rebours et menaçons de faire sauter le navire après qu’il aura atterri, nous avons une chance de faire flancher les Soffrés.
T’Savhek soupesa les paroles de son commandant. Détruire sciemment son propre navire pourrait bien sonner le glas de la carrière de Harlington, et peut-être de la sienne si elle prenait part à cet acte extrême. L’intrépidité des Terriens la surprendrait toujours. Prêts à tout pour gagner, ils lui faisaient parfois peur. Avec eux, il s’en fallait parfois de peu que la fin justifie les moyens. Si les Soffrés ne cédaient pas, tout le personnel de Starfleet mourrait. Et le Baltimore disparaîtrait. Tout allait se jouer sur un pari potentiellement mortel.
– À vos ordres, commandant.

Chapitre 12 : Punition divine

Harlington fut ravi quand ils se matérialisèrent dans la minuscule salle de téléportation de l’USS Baltimore. Sa joie dura deux secondes, le temps qu’Emgpé ne s’écroule face contre terre, de la bave à la commissure des lèvres.
– T’Savhek, qu’est-ce qui se passe ?
– Je n’en sais rien, commandant, répliqua la Vulcaine en se penchant sur le Soffré. Il est en train de mourir.
Harlington avait du mal à y croire, et pourtant : Empgé avait les yeux révulsés, la langue pendante et son teint rougeâtre virait au bleu à une vitesse alarmante.
– Retour au point de départ, T’Savhek. Aidez-moi à relever Emgpé.
Dès qu’ils furent en place, T’Savhek pianota les commandes fixées à son avant-bras. Ils se retrouvèrent dans la caverne d’où ils étaient partis, face à un Jussé abasourdi.
– Appelez des secours, lança Harlington à l’intention du Soffré, Emgpé va très mal !

Jussé lança quelques mots dans un communicateur. Mais moins d’une minute plus tard, quand plusieurs Soffrés entrèrent avec une civière, ils n’eurent qu’un cadavre à emporter.
– Emmenez le corps dans notre institut médical, ordonna Jussé d’une voix tremblante. Nous devons comprendre ce qui s’est passé.
Dès que ses compatriotes eurent quitté la pièce, Jussé s’adossa à un mur et se laissa glisser jusqu’au sol en position assise, la tête cachée dans les mains. Harlington et T’Savhek attendirent à l’écart.
Jussé finit par lever des yeux hagards et dit d’une voix tremblante :
– Saint Larka créa Soffré, et il dit : « La surface sera sacrée, nul autre qu’un dieu ne sera digne de la fouler. Et il offrit les profondeurs au peuple de Soffré, qu’il avait créé ». « Le sacrilège mérite la mort. » Et si le Grand Prêtre Sender et le Gardien de la Loi Jingkler avaient raison ? Et si Saint Larka exerçait réellement une influence sur les Soffrés, les obligeant à vivre sous terre sous peine de mort ?
– Vous devriez peut-être attendre les conclusions des médecins, avança doucement Harlington, compatissant face à l’air décomposé de Jussé.
Intérieurement, le lieutenant bouillonnait. Ils avaient été si proches de reprendre la main ! Qu’allait-il leur arriver si les résistants retournaient leur veste et se remettaient à croire en leurs dirigeants officiels ? Rien de bon n’en ressortirait pour les membres de Starfleet, et Harlington rageait de se sentir si impuissant. Il lui fallait une idée, n’importe laquelle et vite, afin de distraire Jussé de ses funestes pensées.
– Jussé ! Avant que nous partions, vous n’accordiez plus aucune confiance à votre dieu ni à son clergé, qui dirige votre peuple. Vous ne pouvez pas revenir en arrière si facilement ! Le sacrilège mérite la mort, dites-vous ? Mais dans ce cas, si votre Saint Larka existe, pourquoi seul Emgpé aurait-il été frappé ? Ne croyez-vous pas que T’Savhek et moi-même aurions dû subir le même sort, voire pire puisqu’aux yeux de votre Saint, nous sommes des étrangers à ce monde ?
– Vous avez peut-être raison, murmura Jussé.
– Mais bien sûr que j’ai raison ! Il n’y a pas de malédiction divine pour ceux qui posent le pied à la surface, mon équipage et les scientifiques de l’avant-poste en sont la preuve vivante ! Je suis certain que vos médecins abonderont dans ce sens et trouveront l’explication.
– Et s’il n’y en a pas ? demanda Jussé.
– Il y en a une. Et s’ils ne la trouvent pas, ce sera parce que votre technologie n’est pas assez avancée pour la découvrir.
– Je ne sais pas, fit Jussé. Je ne sais plus. Attendons le rapport des médecins.
Le Soffré se mura dans le silence, indifférent aux exhortations de Harlington. Celui-ci se mit à faire les cent pas en marmonnant, les mains dans le dos. Il s’arrêta brusquement et se tourna vers T’Savhek.
La Vulcaine ne manqua pas de remarquer la lueur de détermination dans les yeux de son commandant.
– T’Savhek, j’ai une idée !
– Je vous écoute.
– L’appareil de téléportation que vous portez… sauriez-vous le reproduire ? Vous êtes un très bon ingénieur, ça devrait être dans vos cordes ?
– J’avoue que mes pensées étaient également tournées vers cet appareil, monsieur.
– Bien ! C’est faisable, selon vous ?
– Certainement. Avec beaucoup de temps et de matériel. Or je doute que ayons l’un ou l’autre dans des délais acceptables.
– Alors nous sommes dans une impasse, constata Harlington en faisant la grimace.
– Pas forcément, commandant. J’ai déjà pensé à l’hypothèse que vous émettez et je l’ai rejetée car irréaliste. En revanche, il en existe peut-être une autre…
– Je vous écoute ?
– Cet appareil permet de se téléporter mais empêche également tout verrouillage sur sa position. On peut donc en conclure qu’il émet une émission parasite sur une fréquence qu’il devrait être possible d’isoler… et de dupliquer. Si nous pouvons ensuite la projeter tout autour du Baltimore, à la manière des boucliers, nous serions à l’abri de toute téléportation intempestive de la part des Soffrés.
– Ça n’a pas l’air beaucoup plus simple que notre première hypothèse, énonça Harlington, dubitatif.
– Au contraire. La manipulation des émissions d’énergie est beaucoup plus rapide à accomplir que la reproduction physique d’un appareil technologique. J’ai quelques sous-programmes dans les ordinateurs de la salle des machines qui devraient m’apporter une aide précieuse.
– Bien. Savoir que nous pouvons sans doute reprendre le contrôle du Baltimore est une bonne chose. Il faudra décoller et nous éloigner le plus vite possible de Narnaya Prime afin d’être hors de portée de toute téléportation. Je ne bénéficierai pas de la protection de l’unité de téléportation, mais vous ne pourrez pas lancer toutes les procédures de pilotage seule. Ça risque d’être une course contre la montre.
– Que ferons-nous ensuite, commandant ?
– J’ai ma petite idée, fit Harlington en affichant un sourire torve.

Harlington retourna vers Jussé et lui expliqua que T’Savhek et lui-même repartaient à bord de leur navire afin d’en reprendre le contrôle. Le Soffré ne fit aucun geste montrant qu’il écoutait ou qu’il comprenait. Il ne prononça pas une parole.
Harlington finit par hausser les épaules et rejoignit T’Savhek. il posa une main sur son épaule et dit :
– Énergie !

Chapitre 11 : Le plan d’action

– Je vous demande pardon ? fit Harlington, sur la défensive.
– Voici mon idée, poursuivit Emgpé. En détruisant votre vaisseau et l’avant-poste, la voûte de nos cavernes devrait s’écrouler, d’après les calculs des scientifiques ralliés à notre cause.
– Et ?
– Vous ne comprenez donc pas ? Ce serait la fin de notre civilisation, la fin du rigorisme religieux ! Les lois de la Tradition disent que les Soffrés doivent vivre sous la surface de la planète, et que tous ceux qui enfreignent cette règle fondamentale sont punis de mort par nos dieux. Avec la destruction de la voûte, nous vivrons de fait à la surface. Bien sûr, nous ne mourrons pas suite à un châtiment divin, et le peuple comprendra alors que toute notre société, toute notre religion reposent sur du vent.
– C’est une idée qui a ses mérites, concéda Harlington. Mais pourquoi ne pas faire sauter la voûte de l’intérieur, avec des explosifs artisanaux, par exemple ?
– Il est impossible de s’en procurer, les autorités verrouillent le marché des armes avec une efficacité qui confine à la paranoïa. De plus, de telles explosions ne seraient rien à côté de la destruction de votre vaisseau, dont la puissance est tiré d’un mélange matière-antimatière.
– Comment se fait-il que vous ne vous contentiez pas de vous téléporter à la surface pour y vivre ? intervint T’Savhek.
Harlington s’en voulut de ne pas avoir pensé plus tôt à une solution aussi simple.
– Nous utilisons deux systèmes de téléportation. Le plus courant, utilisé par tout le monde, nous permet de nous téléporter de grotte en grotte via un système de signaux-relais. Mais il n’est pas assez puissant pour nous téléporter à la surface, l’épaisseur et la composition des roches au-dessus de nos têtes formant un écran naturel. En revanche, il existe un système plus élaboré, détenu par les autorités. C’est celui-là même qui leur a permis de vous amener ici, vous et les vôtres.
– Et aucun résistant n’a jamais réussi à mettre la main dessus ?
– En de très rares occasions, c’est arrivé. Mais nous n’avons jamais eu de nouvelles de nos concitoyens libérés. Soit ils ont été repris par les autorités, soit ils mènent la belle vie à la surface, conclut Emgpé dans un sourire plein d’espoir.
Harlington et T’Savhek échangèrent un regard. Si des Soffrés avaient vécu à la surface, les senseurs de l’avant-poste et du Baltimore les aurait détectés à coup sûr. Après avoir hésité, Harlington décida d’en informer ses hôtes.
Emgpé et Jussé accusèrent le coup. Les autorités étaient encore plus cruelles qu’ils ne l’avaient pensé. Emgpé redressa la tête et annonça fièrement :
– Nous ne renoncerons pas. Nous libérerons notre peuple ! Allons détruire votre vaisseau !
– Je pense qu’il y a une autre solution, fit Harlington. D’autant que nous aurons besoin du Baltimore pour quitter Narnaya Prime.
– Pourquoi vous inquiéter ? De toute manière, d’autres viendront à votre recherche, n’est-ce pas ? Nous y avons veillé.
– Comment ça, vous y avez veillé ?
– Les autorités émettent un signal vers l’espace, indiquant que nul ne doit approcher de Soffré sous peine de mort. Or nous avons désactivé ce signal et bricolé un système qui laisse croire que l’avertissement est toujours en activité.
Harlington fut interloqué de l’entendre : son équipage et l’avant-poste avaient été capturés à cause de ce sabotage des résistants. Et non contents d’avoir entraîné les membres de Starfleet dans leur guerre larvée, voilà qu’ils voulaient détruire l’avant-poste et le Baltimore !
– Il est hors de question que je détruise mon navire, annonça Harlington.
Il leva la main pour couper court aux protestations des deux Soffrés et reprit :
– On pourrait tout simplement s’emparer du Baltimore, le faire décoller et tirer dans le sol pour faire s’écrouler la voûte. Je suis sûr que nos torpilles à photon en viendront à bout.
Les Soffrés se consultèrent du regard avant d’acquiescer. Disposer de la puissance de feu du navire de Starfleet leur garantissait la victoire !
– Par contre, deux questions se posent, reprit Harlington. Comment se téléporter à la surface si vous n’avez pas accès a cette technologie, et surtout comment éviter d’être à nouveau téléporté par les autorités ?
À ces mots, Emgpé releva la manche de son bras gauche pour montrer l’appareil électronique fixé à son avant-bras.
– Bien des Soffrés sont morts pour que nous puissions obtenir cette unité de téléportation. C’est elle qui nous permettra de libérer notre peuple ! Outre le fait qu’elle permet de se rendre à la surface, l’unité empêche tout verrouillage sur son porteur.
– Voilà qui ne résout pas grand-chose. Si vous n’en avez qu’un, une seule personne peut rallier le Baltimore, or il en faudrait au moins deux pour faire décoller le navire.
– Nous n’avons pas réussi à dupliquer l’unité de téléportation, mais nos meilleurs analystes estiment que sa puissance peut suffire à téléporter trois personnes, pourvu qu’elles soient en contact physique.
– Mais vous n’en êtes pas sûrs ? demanda Harlington.
– Pas tout à fait, non. Mais nous le saurons vite, je compte vous accompagner !
– Une dernière chose, fit T’Savhek. Le porteur de l’unité ne pourra pas se faire reprendre, mais ce ne sera pas le cas des deux personnes qui l’accompagneront.
– Je le sais, admit Emgpé, mais je n’ai pas de solution. La vitesse sera la clé, et c’est le possesseur de l’unité qui devra prendre les commandes et se débrouiller seul quand les deux autres auront été repris. Il me paraît certain que cela arrivera, mais nul ne saurait prédire le temps que vont mettre les autorités à réagir.
Harlington décida que T’Savhek porterait l’unité de téléportation, lui-même n’étant qu’un pilote médiocre.

Dès que T’Savhek eut été équipée, Harlington et Emgpé posèrent chacun une main sur une épaule de la Vulcaine.
– Que Saint Larka soit avec vous, annonça avec gravité Jussé avant de s’incliner solennellement devant eux.
Emgpé manipula les commandes de l’unité et les trois silhouettes disparurent.

Chapitre 10 : La Résistance

– Vous êtes libre !
Pourquoi est-ce que le Soffré qui s’apprêtait à épouser T’Savhek disait une telle chose ? Et surtout, comment faisait-il, comme tous les autres convives, Harlington y compris, pour réussir à se tenir au sec, les pieds effleurant comme par magie l’océan qu’ils surplombaient ?
– Debout, vite, vous êtes libre, répéta le Soffré, dont les paroles pressantes parvinrent finalement à sortir Harlington du rêve idiot dans lequel il s’illustrait un instant auparavant.
En attendant le réveil définitif de Harlington, le Soffré le débarrassa de ses liens.
– Qui êtes-vous ? demanda le jeune lieutenant.
– Nous n’avons pas le temps, humain, hâtez-vous !
Harlington fut remis sur pied par une poigne vigoureuse. Le Soffré pianota sur un boîtier de commande passé autour de son avant-bras et agrippa Harlington.
– Détendez-vous, on s’en va !

Harlington se demanda s’il devenait fou ou s’il n’avait pas été drogué. Il fut plongé dans le noir et, nonobstant la main ferme du Soffré qui enserrait son bras, il aurait volontiers cru être encore dans un drôle de rêve.
D’habitude, la téléportation était instantanée. Là, Harlington eut l’impression de faire plusieurs sauts, des périodes de ténèbres le disputant à des visions de roches aussi rouges que les Soffrés. Le paysage se stabilisa enfin et le Soffré confirma qu’ils étaient arrivés à leur destination, quelle qu’elle fut.
– Nous y sommes, humain.

Harlington se rendit compte qu’il avait retenu sa respiration pendant le voyage. Il se détendit enfin, surtout en voyant T’Savhek bondir d’un fauteuil pour se porter à sa rencontre. Il balaya les lieux du regard. Ils se trouvaient dans ce qui ressemblait à une salle de conférence, dont une longue table ovale en pierre blanche occupait le centre. Une longue baie vitrée courait le long du mur et dévoilait un lac de lave en contrebas. En dehors de T’Savhek et du Soffré qui l’avait amené là, un seul autre être, autochtone lui aussi, était présent.
– Commandant, annonça calmement la Vulcaine, c’est un plaisir de vous revoir.
– Partagé, T’Savhek. Qu’est-ce qui se passe, au juste ? demanda-t-il en tournant la tête vers les deux Soffrés.
– Je l’ignore, monsieur. Ils m’ont libérée et interrogée sur la Fédération. Ils voulaient également savoir qui avait un pouvoir décisionnel au sein de notre équipage.
– Je vous en prie, asseyez-vous, fit l’un des deux Soffrés.
Harlington aurait été bien en peine de deviner lequel l’avait libéré : à ses yeux, les Soffrés se ressemblaient tous. Même leurs voix étaient semblables. Il s’assit et T’Savhek l’imita.
– Je suppose que nous vous devons des remerciements, messieurs. Mais j’aimerais également avoir des explications quant à la situation qui règne sur votre planète.
– Nous sommes là pour ça… Harlington, c’est ça ?
Commandant Harlington, corrigea instantanément l’intéressé, avant de se morigéner. Quelle vanité puérile !
Les Soffrés ne semblèrent pas s’en offusquer.
– Nous vous avons tiré des griffes du gouvernement parce que nous avons besoin de votre aide.
– Ah ? Et… vous êtes qui par rapport à ce gouvernement ?
– Nous sommes les chefs de la Résistance. Je suis Emgpé et voici Jussé. Nous luttons contre le dogmatisme et le fanatisme religieux de nos aînés, qui entendent régir nos vies selon des principes archaïques et figés. Nous savons, notamment grâce à votre subordonnée, qu’il existe des centaines de mondes habités, or nos croyances dépassées nous interdisent le moindre contact avec eux. Et cela est intolérable ! la Résistance veut la liberté pour le peuple des Soffrés !
– Résistance ? Quel genre de résistance ?
– Nous cherchons à miner le pouvoir de l’intérieur, mais c’est quelque chose de très difficile et qui prend trop de temps, surtout que la répression est omniprésente. Les Soffrés vivent dans la peur. Depuis l’installation de votre avant-poste et votre arrivée, nous estimons avoir des alliés suffisamment puissants pour passer à une autre phase du conflit, bien plus déterminante pour l’avenir de Soffré.
– Et c’est ?
– Une révolution armée, avec votre aide.
– Starfleet n’a pas pour habitude de se mêler à des histoires de politique locale, énonça prudemment Harlington, et encore moins de prendre parti dans des conflits internes.
– Nous ne voulons que la justice, le progrès ! Nous voulons fouler la surface de Soffré, ce qui nous est refusé par les Lois de la Tradition ! Nous appartenons à la majorité silencieuse, réprimée comme toutes autres formes de liberté. Nous ne demandons qu’une chose : pouvoir vivre à la surface de Soffré, loin du rigorisme des Anciens.
– Vos buts semblent louables, en effet. Mais si vous le permettez, j’aimerais m’entretenir seul à seule avec T’Savhek.
– Faites, je vous en prie, dit le Soffré avant de s’éloigner avec son compagnon.
– Vous en pensez quoi, T’Savhek ?
– La Prime Directive nous interdit de polluer une civilisation moins avancée que la nôtre avec notre technologie. Je pense donc que nous ne pouvons pas intervenir dans ce conflit.
– Moins avancée ? s’insurgea Harlington. C’est une plaisanterie ? Ils savent qu’ils ne sont pas seuls dans l’univers et seraient déjà dans l’espace s’ils ne subissaient pas le carcan de leurs croyances religieuses. Et je ne parle même pas de leur technologie de téléportation, plus avancée que la nôtre !
– Ce que je veux dire, c’est que la technologie de Starfleet est de manière générale bien plus avancée et bien plus complète que la leur. C’est ce que nous allons apporter en balance si vous décidez de les aider.
– Nous pouvons toujours couper la poire en deux : ils nous aident à libérer nos compagnons, y compris les membres de l‘équipe scientifique de l’avant-poste, en échange de l’envoi d’une délégation de la Fédération pour aider les deux factions à trouver un terrain d’entente.
– Vous croyez réellement que les rigoristes qui tiennent la planète sous leur joug voudront entendre quoi que ce soit, surtout de la bouche d’étrangers à leur monde ?
– Hum… vous n’avez pas tort, concéda Harlington. Mais d’un autre côté, si nous voulons libérer les nôtres, je crains que nous n’ayons guère le choix : nous allons devoir faire confiance à ces révolutionnaires. En échange de leur aide, nous pourrions leur trouver un endroit un tant soit peu hospitalier à la surface. Tout le monde y gagnerait. Les rigoristes de ce monde resteraient vivre en bas et les, euh… appelons-les les libéraux, pourraient vivre à la surface et, à partir de là, grossir progressivement leurs rangs.
– Nous sommes dans une situation précaire, commandant. Nous ne savons pas si ces gens sont des pacifistes ou si à leurs yeux la fin justifie les moyens.
– C’est un risque que je suis prêt à courir, T’Savhek. Mon devoir va clairement à la protection de mes hommes, ainsi qu’à celle des scientifiques de l’avant-poste. Et je vous rappelle que votre fiancé est parmi eux.
– Voilà une remarque qui manque de pertinence, commandant. Je ne réfléchis à la situation que de manière globale. Je suis Vulcaine, je ne peux pas me permettre d’appréhender la situation en tenant compte de mes sentiments personnels. Mon jugement en serait affecté.
– Je vois, mentit Harlington. J’estime que nous n’aurons pas de meilleur moyen de sauver tous nos hommes, donc nous allons aider ces Soffrés rebelles.
– À vos ordres, commandant.
Était-ce du soulagement que Harlington sentit dans le ton de T’Savhek ? Il ne l’aurait pas juré. Il appela les deux Soffrés et leur fit sa proposition : la libération de tous les membres de la Fédération contre l’aide aux insurgés pour s’installer à la surface.
Emgpé – à moins que ce ne fut Jussé – répondit :
– Qu’il en soit ainsi. Nous acceptons votre aide.
– Parfait ! Vous avez un plan ?
– Oui. Nous allons détruire votre vaisseau !

Chapitre 9 : les hérétiques

Harry Harlington se réveilla en sursaut, les sens en alerte, et voulut se lever. Une douleur violente lui traversa le crâne et il se rendit compte qu’il était solidement attaché à ce qui ressemblait à un lit médical. À moins qu’il ne s’agisse d’une table de torture ? Il se souvint avoir été matérialisé dans un endroit si sombre qu’il s’était brièvement inquiété d’être devenu aveugle, avant de perdre connaissance suite à un coup porté à l’arrière de la tête.
Ses pensées revinrent vite aux événements qui avaient précédés sa téléportation. Car c’en était une, il le savait désormais grâce aux informations qu’il avait lues sur l’écran utilisé par T’Savhek juste avant son enlèvement.
Si Harlington n’était pas passé par l’Académie de Starfleet, il s’était toujours passionné pour la technologie de la téléportation et connaissait son mode de fonctionnement sur le bout des doigts. Il avait toujours trouvé fascinant – et un peu effrayant – le concept même de cette technologie de transport instantané qui jouait avec les molécules de la vie. Ses connaissances en la matière s’étendaient aux technologies de plusieurs dizaines de peuples, et incluaient les dernières améliorations et les travaux en cours.
Harlington n’était pas un scientifique et ne serait jamais un chercheur. Mais il était un dilettante de haut vol, capable de comprendre certaines choses de manière intuitive. Quand il avait lu le mot erdebium, il avait aussitôt fait le rapprochement avec un rapport scientifique lu quelques mois auparavant.
Un téléporteur transformait la matière en énergie, convoyée par un faisceau d’ondes jusqu’au point d’arrivée, où l’énergie était à nouveau transformée en matière, dans le même ordre moléculaire et atomique qu’au départ. Des chercheurs de la Fédération avait affirmé, d’après leurs modélisations informatiques, que l’erdebium était capable de renforcer le faisceau d’ondes au point de pouvoir traverser des boucliers voire tout obstacle normalement infranchissable. Ces recherches étaient prometteuses mais, de l’aveu même des scientifiques, des années voire des décennies d’études et de tests seraient nécessaires pour une application concrète.
Un peuple dans la galaxie maîtrisait cette technologie, et les scientifiques de l’avant-poste comme l’équipage du Baltimore venaient d’en subir les conséquences. Harlington en était persuadé.

Harry revint au présent. La pièce dans laquelle il était détenu était austère et ressemblait à une chambre d’hôpital, jusqu’aux murs blancs.
La porte qui faisait face à son lit s’ouvrit en chuintant et un humanoïde fit son apparition. Trapu, l’être semblait être fait de la même pierre rouge que l’on retrouvait partout sur la planète. Harlington se crut face à La Chose en plus petit, un super-héros imaginaire datant du XXème siècle mais régulièrement remis au goût du jour depuis lors.
– Je suis le lieutenant Harry Harlington, commandant le…
– Tu n’es surtout qu’un envahisseur, répondit l’autochtone d’une voix aussi rocailleuse que son apparence.
– Pas du tout ! Mes hommes et moi sommes des explorateurs, et…
– Vous êtes des pilleurs, vous en voulez à nos ressources ! Vous allez le payer de votre vie !
– Je vous assure qu’il y a un malentendu. Les membres de l’avant-poste sont des scientifiques et sont là pour mener des recherches. Quant à mon équipage et moi, nous venions juste nous assurer que tout se déroulait bien pour eux. Nous ignorions qu’il y avait de la vie intelligente sur la planète, sans quoi nous ne nous serions jamais permis de nous installer sans vous en demander l’autorisation.
– Vous avez exploité la terre, énonça l’homme rouge sur un ton solennel.
– Et bien… les scientifiques ont en effet procédé à un peu d’extraction minérale en vue de…
– Saint Larka créa Soffré, reprit l’autochtone, dogmatique, et il dit : « La surface sera sacrée, nul autre qu’un dieu ne sera digne de la fouler ». Et il offrit les profondeurs au peuple de Soffré, qu’il avait créé.
– Je vous le répète, c’est une épouvantable erreur. Nous avons commis un crime à vos yeux mais nous ne l’avons fait que par ignorance et…
– La loi est la loi, et nul ne s’y soustrait.
– Je comprends bien mais je…
– Le sacrilège mérite la mort. Tous les envahisseurs infidèles seront sacrifiés à Saint Larka au prochain krevaï.
– Au prochain quoi ?
Mais l’être faisait déjà demi-tour et quitta la pièce sans ajouter un mot.
Bon sang, et moi qui trouvais que tout allait déjà mal avant de me retrouver ici…


Le Grand Prêtre Sender était outré, choqué au-delà de toute mesure. L’être à la peau blanche était bien comme ses prédécesseurs. Il se moquait éperdument des croyances de Soffré et avait osé s’excuser pour le sacrilège commis. Comment pouvait-il espérer que cela suffise ? Rien ne le pouvait. Le sacrilège mérite la mort. Il n’y avait rien à rajouter.
Il rejoignit Jingkler, le Gardien de la Loi, avec qui il partageait le pouvoir sur le peuple des Soffrés.
– Il dit la même chose que les autres, fit Sender. Ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Comme si cette explication était suffisante pour les soustraire à leur destin. Le sacrilège mérite la mort.
– Bien sûr qu’ils méritent la mort, approuva Jingkler. Heureusement, krevaï est proche. Nous devons nous débarrasser de ces démons blasphémateurs le plus vite possible. Saint Larka nous met à l’épreuve. Il ne sera pas déçu.
– Oui. Krevaï est dans deux jours. Tout est-il prêt pour la cérémonie ?
– Tout est prêt, Grand Prêtre.
– Bien. Allons nous purifier, nous avons été salis par la présence de ces créatures.
– Attendez, Grand Prêtre. Il est un point important à soulever.
– Lequel ?
– Lorsque nous avons capturé les premiers infidèles, nous avons décidé à juste raison de les sacrifier. L’un d’eux a affirmé que d’autres viendraient à leur secours. Nous constatons aujourd’hui que c’est le cas.
– Maintenant que nous les avons tous pris, il n’y a plus de problème.
– Et si d’autres venaient encore ? Pour notre propre sécurité, nous devons savoir ce que sont ces êtres et combien ils sont. Connaître l’étendue de la puissance de nos ennemis nous permettra de mieux nous défendre contre eux.
– Vous estimez que nous devons continuer à nous souiller en leur soutirant des informations ?
– Ce qui semble être une abomination – se laisser volontairement souiller par ces créatures – nous sera pardonné par Saint Larka. Nous faisons ce que nous avons à faire pour protéger son peuple. Il jugera nos mérites et nos sacrifices.

Quand les deux êtres rouges entrèrent dans la pièce où Harlington était détenu, celui-ci crut que sa situation allait s’améliorer. Il déchanta en comprenant que les deux Soffrés ne voulaient que lui soutirer des informations.
Il leur apprit avec une certaine satisfaction qu’il appartenait à la Fédération des Planètes Unies, puissante entité riche de plusieurs centaines de mondes et de milliards d’habitants. L’apprendre ne sembla pas ébranler ses interlocuteurs.
Il plaida sa cause du mieux qu’il put mais dut se rendre à l’évidence : les Soffrés ne changeraient pas d’avis quant au destin mortel qu’ils promettaient aux membres de la Fédération qu’ils avaient capturés. Même la menace d’un ou de plusieurs vaisseaux de secours lourdement armés ne les fit pas ciller.
Quand Harlington voulut expliquer une énième fois que « l’invasion » de Narnaya Prime – ou Soffré, comme l’appelait les autochtones – n’en était pas une et que toute cette histoire reposait sur un malentendu, le Gardien de la Loi Jingkler rétorqua :
– Vous êtes un menteur, il n’y a pas de malentendu. Nous ne sommes pas des imbéciles et bénéficions d’une technologie avancée. Nous savons pertinemment qu’il existe d’autres êtres vivants en-dehors de notre monde, mais nos croyances nous ordonnent de nous tenir à l’écart. Nous refusons d’être contaminés par la souillure de l’univers.
– Comment aurions-nous pu le savoir ? demanda Harlington.
– Vous le saviez, menteur hérétique. Un signal part des profondeurs de Soffré en direction de l’espace et indique à tout voyageur galactique que nul ne doit approcher de notre planète sous peine de mort.
– Je… je ne comprends pas, personne n’a jamais détecté un tel message. Ni nos prédécesseurs ni nous-mêmes. Si cela avait été le cas, nous nous serions bien sûr abstenus de venir vous… euh… envahir, comme vous le pensez. Vous devriez vérifier que votre signal fonctionne.
Cet échange marqua la fin de l’interrogatoire. Les Soffrés s’en furent sans même prendre la peine de lui répondre.
Harlington était dans tous ses états. Allaient-ils donc tous mourir à cause du dysfonctionnement d’une communication subspatiale ? Il eut beau retourner la situation dans tous les sens, il ne vit aucune lueur d’espoir pour lui et les siens.
On est foutus…

Chapitre 8 : disparitions

– Bon sang, c’est pas vrai ! hurla Harry Harlington dans son communicateur. Qui se trouvait avec Lupescu ?
– Moi, commandant, répondit Kimiko Heitashi, au bord de la panique. Je ne comprends pas, je lui ai juste tourné le dos pour jeter un œil par une porte. Je n’ai entendu aucun bruit, rien de rien !
– Ne bougez pas, aspirant, on arrive.

L’officier ingénieur O’Connor sur les talons, Harlington sprinta à travers les couloirs de la base. Alors qu’il ne restait plus qu’un coude à franchir pour atteindre Heitashi, la voix de Inriek retentit :
– Commandant, Kimiko a disparu à son tour !
Harlington atteignit la dernière position enregistrée de Kimiko Heitashi, phaseur à la main. Comme l’avait annoncé Inriek, il n’y avait rien à voir. L’aspirante s’était volatilisée.
– Au rapport, fit-il sèchement.
– Même chose que pour Gotram et Lupescu, commandant, répondit Inriek. Ils étaient là et l’instant d’après, ils avaient disparu. Nos senseurs n’ont rien enregistré de particulier, ils les ont juste… perdus.
– Ça ne me suffit pas, enseigne, je veux des réponses !
– À vos ordres, commandant.
– T’Savhek, vous m’entendez ? fit Harlington dans son communicateur.
Il échangea un regard avec Mary O’Connor, et espéra que la terreur qu’il lut dans ses yeux ne se reflétait pas dans les siens. C’est alors que sous ses yeux, Mary O’Connor devint transparente avant de disparaître. Sans un bruit, sans aucun effet d’annonce. En deux secondes à peine.
– C’est un piège, cria Harlington dans son communicateur. Que tout le monde quitte l’avant-poste et rejoigne le Baltimore ! Inriek, gardez un œil sur les positions de chacun et tenez-moi au courant de nouvelles disparitions. Inriek ? Inriek, bon sang, répondez-moi !
– Ici Garcia, monsieur. Je ne comprends pas… Inriek s’est volatilisé à son tour.
Harlington sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il avait imaginé que ses hommes et lui seraient en sécurité sur le Baltimore. L’annonce de Garcia le convainquit que rien ne les sauverait à part fuir la planète. La mort dans l’âme, il donna ce qui pourrait très bien être ses derniers ordres :
– Monsieur Garcia, levez les boucliers. Préparez un résumé de nos investigations et joignez-y un rapport des derniers événements. Envoyez le tout vers la Terre sous la forme d’une communication subspatiale. Au moins, Starfleet sera prévenu.
– Oui, monsieur !

Alors c’était cela, la constatation de son échec le plus cuisant ? Un ennemi invisible qui s’en prenait en toute impunité à ses hommes sans qu’il puisse y faire quoi que ce soit ? Harlington se demanda ce que le commodore Jericho aurait fait à sa place mais aucune idée ne lui vint. Il se mit à marcher lentement, sonné au possible. À quoi servait-il de courir s’il pouvait à son tour être capturé à n’importe quel instant ? Il chercha à rejoindre la dernière position connue de T’Savhek, sans trop croire qu’on lui laisserait le temps de l’atteindre.
La Vulcaine n’était pas à son poste. Hébété, Harlington se rapprocha de la console et ses yeux se posèrent sur les données qui défilaient à l’écran. Un rapport d’analyse apparut et il le lut machinalement. L’ordinateur afficha ses conclusions, dénuées de la moindre logique pour Harlington. Son attention fut attirée par le mot erdebium, une molécule synthétique dont le nom lui était familier. Il fut abasourdi quand les pièces du puzzle s’assemblèrent enfin dans son esprit. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il aurait dû comprendre depuis longtemps !
– Baltimore, ici Harlington, répondez. Garcia ? Quelqu’un ? J’ai tout compris ! Il faut reconfigurer sur-le-champ…
Le commandant du Baltimore se tut quand son environnement disparut brutalement et qu’il se retrouva dans le noir le plus total.

– Pourtant, docteur Sulok, tous les manuels préconisent que la solution doit être affinée à 0,3%. Pourquoi voulez-vous un dosage à 0,5% ?
– Parce que les données dont vous vous servez, monsieur Thif, ne sont que des moyennes génériques tenant compte de l’espèce à laquelle appartient le patient, ainsi que le sexe et l’âge. Chaque patient est différent d’un autre et seules des analyses précises menées au cas par cas garantissent un effet optimal dans les processus de guérison. Je connais parfaitement tous les paramètres à prendre en compte concernant ma propre santé. La solution d’antétropine doit donc être affinée à 0,5% pour être la plus efficace sur moi.
– Vous avez dressé un profil personnalisé pour chaque membre de l’équipage ? C’est un travail de titan !
– Je n’ai malheureusement pas eu le temps de m’y atteler, mais je vais y remédier dès que possible. Ce n’est effectivement pas un travail simple, qui nécessite des centaines d’analyses poussées. J’estime néanmoins qu’il faudra mener ces recherches à bien afin d’optimiser les profils médicaux des membres de l’équipage.
Thif se tut. Décidément, Sulok avait changé. Il mettait la barre très haute concernant la santé de l’équipage, si haute que Thif avait presque le vertige à l’idée des heures qu’ils allaient devoir passer sur des échantillons dans le laboratoire. Lors de ses études à l’Académie, l’un des devoirs les plus importants pour les examens finaux avait été une étude de cas personnalisée et très poussée. Il avait passé une grande partie de l’année scolaire à cette étude. Que Sulok en fasse une procédure standard à bord montrait à Thif à quel point le médecin vulcain n’avait plus l’intention de laisser quoi que ce soit au hasard. Il serait irréprochable, et Thif allait devoir suivre le rythme.
Penché au-dessus d’un plan de travail, l’Andorien injecta la solution dans une seringue hypodermique. Quand il se retourna vers Sulok, le lit médical de celui-ci était vide.
– Docteur ? DOCTEUR ?
Thif se jeta sur l’intercom.
– Passerelle, ici l’infirmerie, le docteur Sulok a disparu ! Passerelle, vous m’entendez ? Répondez, s’il vous plaît ! Salle des machines ? Mess ? Allô, quelqu’un ?
Au bord de la panique, Thif se colla au mur. Où étaient-ils tous passés ? Qu’allait-il lui arriver ?
Il vit sa peur reflétée dans un miroir sur le mur d’en face. L’incrédulité remplaça la peur quand son reflet devint transparent et que sa vue se brouilla.
Le Baltimore était désormais un vaisseau fantôme. Aussi mort que l’était l’avant-poste de la Fédération.

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